| Le Dr Jean Cusson |
Parution: mars 1998
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| Une carrière aux aspects variés | |
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Aurions-nous tendance à prescrire presque machinalement certains médicaments à nos patients? Voilà qui ne risque pas d'arriver à un de nos membres, le Dr Jean Cusson, chef du service de médecine interne et de gériatrie et codirecteur du laboratoire de recherche cardiovasculaire de l'Hôtel-Dieu de Montréal et chercheur agrégé au département de pharmacologie de l'Université de Montréal. Le Dr Cusson a commencé à s'intéresser davantage aux médicaments alors qu'il complétait sa résidence en médecine interne à l'hôpital du Sacré-Coeur de Montréal. "En tant que chef résident, je me faisais poser beaucoup de questions par d'autres résidents. Je me suis aperçu que je ne connaissais pas les réponses et qu'il était aberrant que je n'en sache pas plus sur les médicaments. Des patrons nous disaient : "On donne ceci dans tel cas, cela dans telle autre situation", mais eux-mêmes ne pouvaient pas vraiment nous dire pourquoi! Cela a piqué ma curiosité; je voulais comprendre ce qui nous faisait opter pour un médicament plutôt que pour un autre", raconte-t-il. |
![]() Le Dr Jean Cusson |
En même temps que son intérêt pour la pharmacologie s'éveillait, le Dr Cusson commençait aussi à être attiré par la recherche. "Je n'avais aucune idée de ce que représentait la recherche et c'est à peine si je savais qu'on en faisait en pharmacologie", se souvient-il. Ce qui ne l'a pas empêché de s'orienter vers le service de pharmacologie clinique de l'Hôpital général de Montréal où il a fait sa résidence IV, puis de compléter un Ph.D. au département de pharmacologie de l'Université de Montréal et à l'Institut de recherches cliniques de Montréal sous la direction du Dr Pierre Larochelle.
On a suggéré à plus d'une reprise au Dr Cusson de faire aussi de la recherche fondamentale. Mais il est clair que son coeur va à la recherche clinique. "J'aime bien trop le côté humain de la médecine! proteste-t-il. Jamais je ne pourrais sacrifier les rencontres avec mes patients pour me consacrer davantage au travail en laboratoire. Pour ma part, je me sens plus utile à la société de cette façon. La recherche fondamentale est certes tout aussi utile, mais ma voie personnelle passe par le contact avec les gens."
Une fois sa formation terminée, le Dr Cusson était bien déterminé à mener de front recherche, enseignement et clinique. "Je savais très bien que la recherche ne serait pas la façon idéale de gagner beaucoup d'argent. Mais ce n'était pas ça qui m'intéressait, de toutes façons. Ce qui comptait et compte encore, c'est d'en savoir plus, de me nourrir intellectuellement et c'est cela que la recherche m'apporte. J'adore la clinique, mais je ne pourrais pas faire que cela; j'ai besoin d'une carrière aux aspects variés."
La recherche, c'est aussi l'incertitude : la prochaine demande de subvention sera-t-elle acceptée? "J'ai préparé une foule de demandes qui ont été refusées. Je persévère quand même. C'est bien sûr très frustrant de ne pas obtenir ce que l'on veut et d'avoir à lire des critiques sur son projet. Mais on s'y fait, on s'habitue à l'insécurité et on continue. Et on se console en se disant qu'on rédige de mieux en mieux ses demandes de fonds!" lance-t-il en souriant.
Par contre, ce à quoi le Dr Cusson n'arrive pas à s'habituer, c'est que du personnel dépende de ses succès, que leur emploi soit maintenu ou non selon qu'il pourra entreprendre ses recherches ou pas. "C'est un stress, admet-il. Quand je pense aux infirmières qui travaillent avec nous, j'ai encore plus envie que nos demandes soient acceptées."
Dès la fin de sa formation, le Dr Cusson s'est joint à l'équipe de l'Hôtel-Dieu en tant qu'interniste. Son horaire se partage également entre la clinique, la recherche et l'enseignement en plus de l'aspect administratif de ses fonctions. "Toutes ces activités me comblent, affirme-t-il. J'ai développé mes connaissances en pharmacologie; la recherche m'a donné la rigueur, le contact avec les patients, la connaissance de leurs problèmes et je suis maintenant au courant des faiblesses de l'enseignement en ce qui concerne les médicaments. Je crois donc avoir une vision assez globale du problème de la prescription. J'aimerais maintenant travailler sur des projets visant à améliorer la prescription et l'utilisation des médicaments par les patients."
D'ailleurs, depuis quelques années, le Dr Cusson est fort actif dans ce domaine. À l'Hôtel-Dieu, il fait partie de plusieurs comités liés à la pharmacologie, est membre du programme de pharmacovigilance du Collège des médecins du Québec et préside la Société canadienne de pharmacologie clinique ainsi que le Conseil consultatif de pharmacologie du Québec. Il a également apporté sa contribution à la Coalition canadienne sur l'usage des médicaments chez les aînés, à la Direction générale de la protection de la santé, au Conseil d'examen du prix des médicaments brevetés, au Réseau des revues d'utilisation de médicaments, au Conseil de recherches médicales et au Fonds de la recherche en santé du Québec.
"Je rêve d'introduire plus de nationalité dans les décisions qui président à l'approbation de médicaments, dit-il. J'aimerais aussi que l'on trouve des moyens pour que les médicaments soient mieux prescrits et utilisés. Je suis vraiment convaincu que l'on peut donner une meilleure formation à tous pour qu'au bout du compte les patients soient mieux soignés. Des patients me confient leurs insatisfactions; ils ont parfois été rencontrés trop brièvement par leur médecin, parfois aussi on ne les a pas écoutés, ils ont reçu des instructions plus ou moins claires à propos de la prise de médicaments. Je ne manque pas de rapporter ces commentaires aux étudiants à qui j'enseigne; les patients peuvent nous en apprendre beaucoup sur notre système de santé."
Quand il se penche sur la situation de la prescription et de l'utilisation de médicaments, le Dr Cusson est somme toute optimiste. Pour lui, il n'y a pas de très graves lacunes très dangereuses pour la santé de nos patients, mais plutôt des améliorations et des correctifs à apporter. "Les médecins ne sont pas assez autocritiques, déplore-t-il. Beaucoup persistent à croire que leurs prescriptions sont claires et leurs dossiers bien documentés à ce sujet, alors que les données prouvent plutôt le contraire. Bien sûr, la plupart des médecins font des prescriptions correctes, mais le nombre de problèmes est tout de même significatif. Trop de patients manquent d'information. Ils ne développent pas un problème de santé pour autant, mais combien de coups de téléphone angoissés à leur pharmacien pourraient être évités! Et c'est dommage; nous disposons de bons médecins, de bons outils de traitement, mais le résultat peut être sous-optimal pour le patient à cause d'une mauvaise coordination."
Devant cette situation déplorable, le Dr Cusson pointe du doigt la formation et l'évaluation des médecins. "Par exemple, à l'Université McGill, on a voulu étudier le lien entre les problèmes de prescription et la réussite aux examens sur les questions portant sur les médicaments. Mais on n'a pas pu faire cette étude pour la simple et bonne raison. . qu'il n'y avait pas assez de questions sur les médicaments dans les examens!" Il regrette aussi que de moins en moins de temps soit consacré à l'enseignement et à l'évaluation en ce qui concerne les connaissances sur les médicaments. "Les résidents sont frustrés, ajoute-t-il, ils voudraient en savoir plus. Ou alors, c'est le contraire. Une résidente m'a déjà candidement confié qu'elle était bien heureuse de ne pas avoir choisi la pharmacie parce qu'il existait bien trop de médicaments! Un commentaire comme cela, c'est révélateur."
Pour le Dr Cusson, il n'a jamais été question d'envisager une autre carrière que celle de médecin. "À l'adolescence, je suppose que j'ai été influencé par l'exemple de mon père qui était lui-même médecin, dit-il. Il nous parlait peu de son travail, mais je le voyais tout de même partir à l'hôpital, je savais ce qu'il faisait et j'aimais cette idée de rendre service aux gens, comme lui, parce qu'il semblait très épanoui, très heureux dans son travail, qu'il accomplissait avec beaucoup de générosité. Au cégep, mon envie s'est confirmée même si je ne savais pas encore quel genre de pratique me plairait. En fait, c'était le contact avec les patients qui m'attirait; mon goût pour l'aspect plus scientifique de la médecine s'est développé plus tard. Quant à mon goût pour la recherche, je me demande s'il ne vient pas de ma mère en ce sens où elle a un grand esprit critique et qu'elle aime à évaluer les situations avant de porter un jugement."
Encore aujourd'hui, le milieu familial du Dr Cusson baigne littéralement dans la médecine. Sa sœur et son frère sont aussi devenus médecins et sa conjointe enseigne le nursing au niveau collégial. "Mais nous ne parlons pas beaucoup de médecine quand nous nous réunissons, observe-t-il. Par contre, j'aime bien échanger avec ma femme à propos de l'enseignement." Du reste, le Dr Cusson tient à réserver du temps pour ses deux enfants. Ses fins de semaine sont sacrées; il est à la maison, en famille, et oublie le reste. "Avoir des enfants remet nos priorités en place, juge-t-il. Je sais maintenant que se faire remplacer dans un comité, ce n'est pas dramatique."
C'est en 1974 que Jean Cusson faisait son entrée à la faculté de médecine de l'Université de Montréal. Il croyait alors qu'il deviendrait médecin de famille et avait même déjà prévu d'ouvrir un bureau avec des compagnons d'études. Mais, pendant son internat multidisciplinaire à l'hôpital du Sacré-Coeur de Montréal, des stages lui font changer d'idée. La neurologie le séduit d'abord... "En me faisant comprendre comment on peut approfondir notre compréhension des choses", souligne-t-il. Toutefois, c'est finalement la médecine interne qui fera l'objet de sa résidence, toujours à l'hôpital du Sacré-Coeur. "Pourtant je ne savais pas trop ce que faisait un interniste à part l'enseignement", lance-t-il en riant.
Mais l'enseignement, le jeune résident pressent déjà qu'il en fera et qu'il aimera beaucoup cela. Intuition qui s'est confirmée par la suite. Déjà, alors qu'il se formait en pharmacologie à l'Université McGill, il appréciait les présentations qui lui donnaient l'occasion de faire le point sur un thème et de transmettre ses connaissances. "On ne peut pas être bon dans tout, mais je crois que je ne suis pas un mauvais professeur."
Et on le croit sur parole. Quand on a une telle envie d'aider ses patients, une telle soif de mieux comprendre sa pratique et une telle envie de faire de la recherche, on peut aussi dire qu'on est un bon médecin.]