| Le Dr Michel Carmel |
Parution: mai 1998
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| À six ans, il savait déjà qu'il allait devenir médecin | |
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Depuis quinze ans, le directeur du service d'urologie du département de chirurgie de la faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke a pour nom le Dr Michel Carmel. Et, comme on le verra, sa vocation pour la médecine ne date pas d'hier. Les petits enfants ont la réputation de ne guère aimer médecins et hôpitaux. Le jeune Michel Carmel aurait-il été une exception? Alors qu'il était un petit bonhomme de six ans, il devait souvent accompagner sa mère, traitée à cette époque à l'hôpital Notre-Dame de Montréal. Pas de pleurs et pas de grincements de dents à l'idée de ces visites pour le bambin. Au contraire, il garde les meilleurs souvenirs des couloirs de l'hôpital où on croisait encore des religieuses en costume. "J'aimais vraiment cela, se souvient-il. Les infirmières étaient gentilles et je me rappelle que l'une d'elles m'avait montré une radiographie, ce qui m'avait beaucoup impressionné. J'adorais l'ambiance de l'hôpital et son atmosphère active; il y avait plein de gens qui avaient l'air de faire des choses intéressantes, des appareils qui me semblaient fascinants. Alors moi, à six ans, j'ai fait mon choix : j'allais devenir médecin." |
![]() Le Dr Michel Carmel |
L'enfant avait de la suite dans les idées, c'est le moins qu'on puisse dire. Au milieu des années 70, Michel Carmel réalisait son rêve en faisant son entrée à la faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke. "Sherbrooke offrait déjà un apprentissage différent, se souvient-il, et j'étais très attiré par son curriculum plus moderne, moins traditionnel que ce qui était la norme ailleurs. Et puis, Sherbrooke avait aussi l'avantage à cette époque d'offrir une formation plus courte d'un an et en plus petits groupes. Tout cela me semblait tellement intéressant que j'ai quitté Montréal sans hésitation pour l'Estrie."
Il devait cependant revenir dans sa ville natale pour se former en urologie avec le programme conjoint des universités McGill et de Sherbrooke. Avant cela, au début de ses études médicales, il aurait pourtant juré qu'il se destinait à la médecine de famille. "Quand on est jeune et idéaliste, on se voit très bien dans le rôle du sauveur de l'humanité souffrante, lance-t-il en souriant. Mais au fil de mes études, j'ai découvert d'autres aspects de la médecine, dont la chirurgie, qui m'ont beaucoup intéressé. Et puis, j'ai fait un stage en urologie et le Dr Elhilali a été un véritable modèle qui m'a incité à opter pour cette spécialité. J'ai donc oublié mon projet de faire de la médecine de famille dans un CLSC et j'ai entamé ma résidence."
À la fin de sa résidence, en 1982, le Dr Carmel croyait qu'il irait aux États-Unis pour continuer à se former. Là aussi, ses projets ont changé de cap soudainement. On avait besoin d'urologues à Sherbrooke, il avait aimé son séjour là-bas, alors pourquoi ne pas retourner auprès de son alma mater? Les quelques années prévues se sont transformées en toute une carrière puisque le Dr Carmel n'a plus quitté Sherbrooke depuis.
À peine en poste depuis quelques mois, le Dr Carmel se retrouvait, en 1983, parachuté directeur du service d'urologie du département de chirurgie de la Faculté à la suite du départ du Dr Elhilali pour l'Université McGill. "Quand j'y repense, c'est vrai que j'étais bien jeune pour assumer cette fonction, dit-il. Mais heureusement, j'étais trop pris par tout ce qu'il y avait à faire pour avoir le temps de m'inquiéter. Aussi, malgré mon jeune âge, j'avais l'avantage d'être connu dans ce milieu tout en m'étant éloigné un peu pour aller me former à Montréal. Tout compte fait, je n'ai pas eu de problèmes de crédibilité auprès de mes collègues."
La carrière du Dr Carmel a pris très tôt une tangente vers l'administration, qu'il n'avait pas prévue, avec la direction du service d'urologie et la présidence du comité du plan de pratique en 1988-1994. Mais il ne le regrette pas. "Les tâches administratives, ce ne sont pas des corvées pour moi, explique-t-il. Au contraire, c'est une très belle occasion d'accéder à un certain contrôle sur sa pratique et c'est se donner la chance d'intervenir quand on le croit nécessaire. Moi, j'aime à être près de l'action. Quand on ne s'implique pas dans son milieu, on subit des décisions auxquelles on n'a pas participé et on doit se contenter des rumeurs plutôt que d'être bien au fait de ce qui se passe réellement."
Mais qui dit tâches administratives ne dit-il pas réunions, longues réunions, paperasse et maux de tête? "Eh oui, cela suppose quelques sacrifices et pas mal de temps consacré au travail, reconnaît le Dr Carmel. Mais la plupart des médecins travaillent beaucoup; je ne suis pas une exception. Bien sûr, ce n'est pas facile d'être père dans ces conditions, mais j'essaie d'être aussi présent que je le peux auprès de ma famille et de me réserver des moments pour mes loisirs personnels comme le tennis, le ski, le théâtre et la lecture."
Et puis, il y a aussi la clinique, une activité professionnelle que le Dr Carmel continue de trouver enrichissante et agréable. Le Dr Carmel n'a pourtant pas choisi le plus facile des domaines. Après s'être intéressé aux dysfonctions sexuelles et à l'infertilité, il se consacre maintenant surtout à l'oncologie. "Cela signifie forcément que les patients que je rencontre traversent une période de crise. Le cancer continue de faire très peur aux gens et ils sont très angoissés quand ils apprennent qu'ils en sont atteints. À moi de bien informer mes patients et de leur faire voir qu'il existe des traitements qui peuvent les aider. Les accompagner pendant ce moment difficile de leur vie, c'est aussi un défi qui me procure toujours autant de gratification", soutient-il.
Depuis 1990, le Dr Carmel est aussi le directeur du département de chirurgie de la faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke. Son agenda est sûrement chargé; au fil des années, les responsabilités n'ont pas manqué, que ce soit au Comité des pairs cliniciens et à la Société des médecins de l'Université de Sherbrooke (qu'il a présidée) ou à l'Assemblée des directeurs de départements et de services qu'il dirige actuellement. Fellow du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada et de l'American College of Surgeons, le Dr Carmel est également membre de nombreuses associations canadiennes, québécoises et américaines reliées à l'urologie et à l'infertilité et il a participé à des comités d'examen et d'éducation médicale continue.
S'il ne reste qu'un an à son mandat de directeur du département de chirurgie de la Faculté, le service d'urologie devrait l'occuper pendant encore trois ans puisqu'il a été reconduit à ce poste à la fin de 1996. "Je suis assez satisfait de ce début de mandat, confie-t-il à propos du service d'urologie. Nous visions l'unification des services d'urologie en un seul lieu et c'est fait maintenant que toutes les chirurgies sont pratiquées sur le site de Fleurimont depuis que la fusion a été réalisée à Sherbrooke. Les conditions sont bonnes et cela permet une meilleure exposition pour les résidents qui se forment chez nous. Quant au développement de la recherche, il est en bonne voie. Nous attendons actuellement une ancienne résidente qui termine sa formation aux États-Unis et qui se joindra à nous sous peu. Un projet de recherche conjoint en radiothérapie en est aussi à se développer. Nous avons acquis un appareil d'ondes de choc qui fait de Sherbrooke une région autonome à ce niveau. Enfin, en ce qui concerne le manque d'anesthésistes dont nous sommes affectés, je crois qu'il est en voie de se résorber", énumère-t-il.
Un homme heureux dans sa profession, le Dr Carmel? C'est en tout cas l'impression qu'il donne. "Notre système de santé a beau être en plein bouleversement, c'est intéressant de voir tous les changements qui surviennent, dit-il. Par contre, ce qui m'inquiète, c'est de constater que la population n'a pas la même définition de la santé et du système de santé que celle des décideurs. Où devraient aller les fonds? Les gens pensent automatiquement que ce devrait être dans les soins curatifs tertiaires. Mais combattre le chômage et la pauvreté, est-ce que ce n'est pas aussi important? C'est toute notre philosophie de la vie et de la mort qui va être redéfinie par les changements que nous abordons, et pour quelqu'un qui se réclame d'une culture humaniste comme moi, le débat est fascinant."]