| Le Dr Olivier-Marie Gendron |
Parution: mai 1999
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Quarante ans d'une riche expérience de médecin de famille |
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Derrière lui, le Dr Olivier-Marie Gendron a plus de quarante ans d'une riche expérience de médecin de famille. Et il n'est pas encore question de retraite pour ce médecin établi à Berthierville, la localité où il est né et a pratiqué toute sa vie. Quand on est fils et frère de médecins, quoi de plus naturel que de choisir la même voie pour soi-même? "En fait, je ne devais pas devenir médecin de famille, explique le Dr Gendron. Au cours de mes études, j'avais appris à aimer beaucoup la chirurgie et c'est ce que je voulais étudier. J'avais entamé mon internat senior depuis quelques semaines (la résidence d'aujourd'hui), quand mon père, le Dr Wilfrid Gendron, est devenu malade. Je suis immédiatement retourné à Berthierville pour m'occuper de sa clientèle." Ce devait être un remplacement temporaire, c'est devenu l'histoire d'une vie. Le Dr Gendron a tout de même assisté de nombreux chirurgiens en bloc opératoire au centre hospitalier Comtois de Louiseville. |
![]() Le Dr Olivier-Marie Gendron |
En cette année 1956, combien les choses étaient différentes! C'était avant l'assurance-maladie, à une époque où on ne visitait pas son médecin sans avoir d'abord réfléchi à la dépense que représentait la consultation. Une époque où certaines dames, patientes du Dr Gendron père, étaient gênées à l'idée de se laisser examiner par son jeune fils célibataire, surtout quand il était question d'obstétrique et de gynécologie. "Mais c'était aussi une époque où il y avait un lien réel entre le patient et son médecin, affirme le Dr Gendron. Aujourd'hui, il me semble que beaucoup de gens sont plutôt indifférents par rapport au choix de leur médecin traitant. L'un ou l'autre, c'est du pareil au même, malheureusement." Pour sa part, le Dr Gendron a cependant la satisfaction de compter parmi sa clientèle des patients qui le consultent depuis bon nombre d'années et même leurs enfants devenus adultes.
En 1956, moyens diagnostiques, médication, traitements et techniques étaient certes bien rudimentaires si on les compare avec ceux dont nous disposons maintenant. Le Dr Gendron reconnaît volontiers que les progrès scientifiques qu'il a vus ont complètement changé sa pratique au cours des années et lui ont permis d'accomplir des choses dont il n'aurait même pas rêvé alors qu'il était sur les bancs de la Faculté de l'Université de Montréal. "Par contre, avant l'avènement de tous les examens de laboratoire, il y avait une satisfaction incroyable à trouver la source d'un problème, seul, uniquement avec un examen clinique. C'était tellement gratifiant!" déclare-t-il.
Pendant les trois premières années de sa carrière, le Dr Gendron a travaillé de concert avec son père. Ils ont même partagé leur cabinet pendant cette première année. "Il m'a beaucoup aidé et beaucoup appris; il avait une telle expérience! De mon côté, je sortais tout juste de l'université, j'avais des connaissances fraîches et nous partagions tout cela, lui et moi", dit-il. Encore aujourd'hui, le bureau du Dr Gendron est situé dans la maison familiale, là où il a vécu et travaillé toute sa vie. En fait, la carrière du Dr Gendron a toujours été une histoire de famille puisque sa femme, Thérèse Fortier, épousée en 1957, est à ses côtés depuis ses débuts. L'agréable voix féminine qui répond à son cabinet de Berthierville, c'est la sienne, celle d'une collaboratrice dévouée et précieuse depuis plus de quarante ans. Notons que Mme Gendron a aussi une formation de diététiste.
Quand il s'est installé à Berthierville, il y avait trois médecins pour une population locale de 5 000 habitants, alors que présentement, cinq autres médecins sont présents en plus du Dr Gendron. C'est dire que le travail n'a pas manqué pour lui. Fêtes écourtées, nuits abrégées par un appel de détresse, le Dr Gendron a connu tout cela. Et il ne s'en plaignait pas; c'était le lot du médecin de campagne. "Les médecins, de nos jours, ne répondent plus après l'heure de fermeture de leur bureau, constate-t-il. Nous, c'était différent; les patients passaient avant notre vie personnelle. C'était ainsi que nous avions été formés et il ne serait venu à l'esprit de personne de remettre la chose en question. Peut-être que nous accordions trop d'importance au travail au détriment de notre vie à nous. Mais peut-être aussi que la jeune génération n'a pas réussi à trouver un meilleur équilibre en allant dans l'autre sens."
Mais peu importait cette lourde charge de travail, le Dr Gendron n'a jamais manqué de veiller au maintien de ses compétences. Membre fidèle de l'AMLFC, il s'est toujours fait un devoir d'assister à notre congrès annuel. Il a également souvent été présent lors de cours, journées d'étude ou congrès offerts par la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, et ce, quatre ou cinq fois par année.
C'est au centre hospitalier Comtois de Louiseville que le Dr Gendron a débuté. Il a été très actif au sein du CMDP, qu'il a présidé en 1974 et 1975, et de 1985 à 1987. En 1976 et en 1982, le Dr Gendron a également assumé la tâche de chef du département de médecine.
Une des activités qui lui a tenu le plus à coeur a certainement été l'obstétrique. Pendant trente-deux ans, le Dr Gendron a vu naître plus d'enfants qu'il ne saurait en compter, avec environ une centaine d'accouchements chaque année. L'obstétrique, manifestement, lui plaisait énormément. Il a d'ailleurs une foule d'anecdotes à ce sujet. Ainsi, une patiente a déjà accouché dans son automobile à peine stationnée devant les portes de l'hôpital, alors qu'il la conduisait vers le centre hospitalier Comtois. Une autre, venue le voir à son bureau pour un examen avant de partir pour l'hôpital, a tout bonnement donné naissance à son bébé sur sa table d'examen. "J'ai à peine eu le temps de dire à ma femme de nous apporter des serviettes que le bébé était là. Quand tout a été terminé, le mari de cette dame s'est plaint qu'il faisait bien chaud dans mon bureau; il avait oublié d'enlever son manteau dans le feu de l'action!" se rappelle-t-il. Et cette autre encore, une dame de passage dans la région, qui est devenue maman dans sa chambre d'hôtel, avec une présentation du siège, surprise par les contractions alors qu'elle était loin de chez elle. Décidément, les patientes du Dr Gendron étaient pressées! "Il y avait une providence pour moi, déclare celui-ci. Jamais je n'ai eu de cas de mortalité maternelle pendant tous ces accouchements."
Les circonstances n'étaient pourtant pas toujours les meilleures. Combien de fois le Dr Gendron a-t-il fait des accouchements au domicile de ses patientes, avec pour seule aide le mari de la future maman, sa mère ou sa tante? "L'accouchement est certainement plus médicalisé maintenant qu'alors, juge-t-il. Accoucher une primipare chez elle avec une présentation par le siège, cela ne se ferait plus aujourd'hui. Ce qui me protégeait contre la peur, c'est que je n'avais tout simplement pas le temps de réfléchir beaucoup. Il fallait agir vite, trouver rapidement des solutions par soi-même si un problème se présentait et faire de son mieux."
Son premier accouchement, le Dr Gendron s'en souvient comme si c'était hier. Il était alors interne, par un beau samedi soir où ni le grand patron ni le résident n'étaient disponibles pour l'aider. "Heureusement que l'infirmière qui était avec moi avait de l'expérience, se souvient-il, parce que la patiente était enceinte de jumeaux et que le deuxième bébé s'est présenté par le siège."
Aujourd'hui, il n'y a plus d'obstétrique au programme des journées du Dr Gendron. Non pas qu'il en ait perdu le goût, mais le département d'obstétrique de Louiseville a fermé ses portes. Il en a été très déçu sur le coup, puis s'est résigné en se disant qu'il valait peut-être mieux pour lui de réduire un peu la somme de ses activités professionnelles. "J'ai de meilleures nuits depuis", lance-t-il en souriant.
Mais le travail de médecin ne représente pas que la joie d'assister à la venue au monde d'un nouveau petit être. Trop souvent, c'est une occasion de voir de près souffrance, détresse physique et psychologique. Quant à lui, le Dr Gendron a toujours été aidé en cela par une foi solide. "La mort est difficile à admettre, surtout quand elle touche des jeunes. Mais la foi est une alliée, autant pour un médecin comme moi que pour mes patients", croit-il. L'Église ne s'y est pas trompée et a fait de lui en septembre 1998 un Chevalier Grand-Croix de l'Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem. "C'est la plus grande distinction que le Vatican accorde à des laïcs, explique-t-il. L'Ordre remonte à aussi loin que les croisades. Ses buts sont non seulement la sanctification de ses membres, mais aussi l'aide aux chrétiens de la Terre sainte par la construction d'écoles, de dispensaires ou d'un centre communautaire comme c'est le cas à l'heure actuelle." Signalons que le Dr Gendron n'a pas été le seul à être honoré; son épouse a obtenu la même reconnaissance en devenant Dame Grand-Croix. En effet, Mme Gendron a aussi toujours été fort active dans sa paroisse et sa communauté, et est une bénévole appréciée sur qui on a pu compter à plus d'une reprise.
Outre l'Église, Berthierville a aussi tenu à mettre en lumière les réalisations du Dr Gendron et de son épouse en les désignant comme le couple modèle de la ville par leur sens de l'engagement lors des festivités du 325e anniversaire de Berthierville, en 1977. Plus encore, une rue porte maintenant le nom du Dr Gendron à Berthierville. Toutes ces attentions ont profondément ému le Dr Gendron.
La retraite? Le Dr Gendron n'y songe pas. "Il faudrait que je parte de Berthierville pour que mes patients cessent de venir me voir", plaisante-t-il, mais avec un fond de sérieux. Et puis, pourquoi cesser de travailler quand on a encore bon pied bon oeil? Une journée type du Dr Gendron pourrait encore en essouffler quelques-uns qui n'ont pas son âge! Il continue à faire des visites à domicile, une activité qu'il n'a jamais abandonnée au cours des années et qu'apprécient particulièrement les gens âgés parmi ses patients. Par exemple, la veille du jour où nous l'avons rencontré, le Dr Gendron s'était rendu dans un foyer de St-Barthélémy pour y rencontrer quinze résidents avant de visiter deux autres foyers dans l'après-midi et de faire sept visites à domicile dans la soirée. Son cabinet continue à être ouvert à tous et manifestement, le Dr Gendron n'est jamais effleuré par l'idée de le fermer.
Mais après cette vie consacrée au bien-être de ses concitoyens, le Dr Gendron garde en réserve quelques penchants qui ne manqueront pas de l'occuper quand l'heure de la retraite viendra. Dans ses moments de détente, musique et lecture figurent en bonne place. La sculpture sur bois est aussi un passe-temps qu'il aime. Découverte au hasard d'une convalescence alors qu'il cherchait à tromper l'ennui, il y a quelques années, la sculpture est devenue une activité qu'il apprécie beaucoup, même s'il n'a pas le temps d'en faire très souvent. "Il n'y a pas de quoi faire une exposition avec mes oeuvres, se défend-il. Je fais des choses simples, des oiseaux, des canards, que j'espère ressemblants. Mais j'aime bien cela, c'est très relaxant."
Mais non, l'heure de la retraite n'a pas sonné et il y a fort à parier que le Dr Gendron entamera le nouveau siècle bien en poste à son cabinet, disponible comme il l'a toujours été depuis quarante-trois ans.]