Mme Marie-Hélène Loriot
Parution: avril 2000

Il y a du Lucille Teasdale là-dessous!
Par Sylvie Poulin


À 21 ans, Marie-Hélène Loriot a déjà goûté, selon ses propres termes, à un certain nombre de pays du vieux continent. Au moment de l'entrevue, elle revenait tout juste d'un voyage de six semaines en France et en Espagne, avec sa soeur. Plus jeune, avant d'entreprendre des excursions et des visites de style sac à dos, elle a aussi parcouru pas mal de territoire au pays et aux États-Unis en compagnie de ses parents - il enseigne la science politique au niveau collégial, elle travaille comme secrétaire à la municipalité de Châteauguay, et tous deux sont de fervents voyageurs.

Étudiante de deuxième année à la faculté de médecine de l'Université de Montréal, Marie-Hélène dit avoir choisi cette profession dès l'enfance. "Ça a toujours été évident pour moi. Je voulais savoir comment fonctionne le corps humain. C'était donc une curiosité scientifique d'abord. Plus tard, c'est le fait que la médecine est une profession complète qui m'a le plus attirée. Parce qu'en plus de son côté scientifique, rigoureux, elle comporte un important aspect humain, et cette combinaison-là offre une foule de possibilités."

Mme Marie-Hélène Loriot

En d'autres mots, une foule de spécialités possibles, parmi lesquelles Marie-Hélène n'a pas encore fait de sélection définitive. Elle veut prendre le temps de tâter de tout durant les stages d'externat, mais elle penche déjà pour un volet très interventionniste. "J'adore travailler de mes mains. Je ne pourrais pas me contenter de réfléchir ou de conseiller... C'est pourquoi la chirurgie m'intéresse beaucoup - c'est actif. Et depuis la semaine d'immersion en milieu hospitalier de l'année dernière, je ne crois plus à l'image stéréotypée du chirurgien froid : j'ai vu que les rapports humains avec les patients pouvaient y occuper une grande place." Chirurgie générale ou pas, Marie-Hélène ne ferme aucune porte, expliquant qu'elle a d'ailleurs encore le temps de changer d'idée et qu'elle a aimé tous les blocs de matière abordés jusqu'ici.

Apparemment, ses capacités et ses goûts la prédisposent effectivement à une discipline chirurgicale. On la dit réfléchie, perfectionniste [lire têtue] et du genre à s'investir à fond dans ce qu'elle entreprend, qu'il s'agisse de travail, d'études ou de relations avec les autres. "Je n'aime pas que les choses restent à moitié accomplies." Elle se dit grande bricoleuse devant l'Éternel, en couture, en décoration intérieure et autres travaux manuels. "C'est mon passe-temps favori. Malheureusement, je ne peux pas en faire autant que je le voudrais, parce que mes études sont très prenantes - c'est un travail à temps plein!"

Justement, après deux années presque exclusivement consacrées à ses études, celle qui s'était engagée dans des activités parascolaires depuis le niveau secondaire avoue avoir senti l'envie de faire autre chose. L'occasion s'est présentée sous les habits de l'AMLFC. Man Hoa Lam, la représentante de l'Association à l'Université de Montréal à ce moment-là, devait être remplacée pour cause d'externat. "C'est arrivé à point pour moi. Faire le lien entre les étudiants et l'AMLFC, organiser la présentation de ses services, participer à la sélection des candidats au Prix d'implication sociale, tout ça me convient et donne une bonne visibilité à l'AMLFC. Je sais que les conférenciers qui viennent à un midi-conférence sont très appréciés des étudiants." Le peu de temps qu'il lui reste, Marie-Hélène le répartit entre ses amis, un peu de sport, la lecture - où elle montre des goûts éclectiques -, le cinéma et un travail "sur appel" à la bibliothèque de Châteauguay.

Marie-Hélène juge stimulant le système d'approche par problèmes, malgré son côté théorique en solitaire moins intéressant. "J'ai hâte qu'arrive l'externat, avec beaucoup de monde autour, beaucoup de choses à apprendre et à faire, beaucoup de concret." D'après elle, il en va de même pour la majorité des étudiants qui, faute d'avoir l'expérience des réalités professionnelles, sociales et politiques entourant la profession médicale, se tiennent à l'écart des débats sur le système de santé. "Il est certain que le système englobe toutes sortes d'intervenants et beaucoup de bureaucratie, comment Marie-Hélène. Je crois d'ailleurs qu'il en faut une certaine dose - ça vient avec! Mais nous sommes sensibles à ces questions-là et, sans savoir vraiment ce que réserve l'avenir, nous sommes prêts à nous retrousser les manches quelles que soient les conditions qui nous attendent, parce que c'est la médecine qui nous passionne avant tout. Je ne vois pas de découragement ni d'inquiétude dans mon entourage."

Pour l'instant, elle ne manifeste pas de préférence pour une pratique en milieu urbain ou en région éloignée. Elle aimerait expérimenter un peu de tout et un peu partout, voir ce qui se passe ailleurs, "là où on voudra bien de moi et où il y a des besoins". Ce qui ne devrait pas poser problème... L'enseignement lui plairait bien aussi. Bref, toutes les portes sont encore une fois ouvertes. "Je serais assez intéressée à remplir des mandats avec Médecins sans frontières. D'une part, ça répondrait à mon goût des voyages et de l'aventure, et à mon petit côté missionnaire. C'est un rêve que je voudrais réaliser sans attendre trop longtemps dans ma carrière." Si la décision de Marie-Hélène de devenir médecin ne résulte pas de l'influence de son milieu, on voit qu'elle a tout de même eu un certain modèle en la personne d'une tante infirmière, passionnée par son travail, qui aurait bien aimé être médecin et qui parlait parfois boulot avec sa nièce. Cette professionnelle maintenant à la retraite a fait beaucoup de bénévolat et envisage de prêter ses services à un organisme du même genre. "Par générosité, dit Marie-Hélène, et pour faire profiter les autres de son expérience. On ne parle pas de voyage-tourisme ici, mais bien de relation d'aide et de rencontre de cultures différentes. Je suis persuadée qu'en soignant les gens, on entre en contact avec leur mode vie et leurs coutumes. C'est bien bon de visiter des pays, mais ce doit être encore plus enrichissant d'y accomplir quelque chose."

Marie-Hélène n'a pas peur de ce qu'elle appelle les situations extrêmes. "Ce pourrait aussi être un organisme d'aide en milieu défavorisé, dans le Grand Nord québécois ou à l'étranger, pour apporter du soutien d'urgence en temps de crise, guerre ou catastrophe naturelle - là, les besoins sont évidents." Sans attaches pour le moment, elle peut d'ailleurs s'imaginer en pleine action dans un autre pays et reporter à plus tard les projets amour-famille. Et si la vie se présente autrement que prévu, Marie-Hélène entend "faire des concessions, mais garder tout de même le rêve en tête. D'autres l'ont fait avant moi, et quand on veut, on trouve le moyen de faire ce qu'on aime."]