| Mot du président |
Parution: octobre 2000
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On naît dans une langue que l'on appelle notre langue maternelle et qui, tout au long de la vie, nous permet d'exprimer notre pensée mieux que toute autre langue En Amérique du Nord, le Québec demeure le principal foyer d'une distinction historique, celle de vivre en français. Il nous faut admettre que, dans le domaine des sciences, cette langue est en perte de vitesse. La vitalité d'une langue dépend et dépendra toujours de la volonté et du dynamisme de ses utilisateurs. Son rôle principal consiste à exprimer et à véhiculer ce qu'ils sont. Diffuser auprès de sa communauté ses connaissances dans la langue maternelle demeure une question de collégialité et également de solidarité sociale. Notre réalité francophone exprime à la fois nos origines et le fait qu'elle s'est adaptée à la réalité nord-américaine dans laquelle nous vivons. |
Nous constituons une société francophone juxtaposée à une nation canadienne anglophone. Nous sommes voisins immédiats de la culture américaine, avec laquelle nous devons nous familiariser tout en prenant nos distances non seulement afin de préserver, mais surtout de développer notre culture francophone nord-américaine, si originale, unique, singulière. Le défi est de préserver sa spécificité sans s'isoler.
Le français scientifique baigne dans une mer anglophone, ce qui n'a pas empêché le milieu québécois francophone, et en particulier médical, de faire sa marque dans le monde par la qualité et le rayonnement de ses travaux. Les médecins francophones ont en général manifesté une forte volonté de demeurer une société différente et facilement identifiable. Depuis longtemps et sous de multiples formes, cette volonté s'est clairement exprimée, d'autant que le français demeure une langue importante dans le monde, qui a eu et a toujours une influence profonde sur la culture de nombreux pays.
Les autoroutes électroniques nous offrent maintenant des occasions sans pareilles de partager cette excellence. Elles nous permettent de communiquer avec la francophonie et - ne l'oublions pas - avec un très grand nombre de francophiles dans le monde.
Un phénomène nouveau et qui surprend se dessine sur Internet, celui de la résurgence des régionalismes et de la diversité culturelle. La question que l'on peut se poser est : quels sont les meilleurs moyens de diffuser de l'information scientifique en langue française et de la promouvoir ? Il est important que, dans le domaine scientifique, la langue française ait ses organes de communication si elle veut non seulement survivre, mais s'épanouir. Il nous faut absolument nous interroger sur les outils à mettre au point pour que, dans le domaine des sciences, la langue française puisse continuer à rayonner dans le monde pendant de nombreuses années. Quelle langue veut-on préserver pour les générations à venir ?
Il nous faut développer l'intérêt de promouvoir la langue française et de la diffuser. Il nous faut développer le réflexe de faire valoir l'usage de la langue française dans la république de la science. La question du français scientifique, comme celle du français en général, engage la personne avec ce qu'elle est, ses expériences personnelles et professionnelles, ses rapports avec les autres, son rôle de citoyen.
Le milieu scientifique francophone nord-américain offre une particularité des plus intéressantes : il est un trait d'union entre l'Europe et les Amériques. Cette position stratégique a permis d'entretenir une grande ouverture sur les deux continents. Elle s'ouvre maintenant, par la voie électronique, à un auditoire plus large sur le plan international. Voilà un atout important, mais pas suffisamment exploité. Plus que jamais, il nous faut insister pour produire des biens scientifiques et culturels concurrentiels de haute qualité, et nous assurer de leur diffusion par les revues et les médias francophones. Il faut créer des sites au sein des nouveaux moyens de communication pour permettre au français scientifique d'occuper une place et d'avoir un statut qui correspondent mieux au volume et à la valeur des travaux réalisés par des francophones.
En ce point tournant de l'histoire, l'AMLFC, riche de ses antécédents, est consciente de l'importance de bien relever ces défis. Elle s'y consacre depuis bientôt 100 ans et invite ceux et celles qui partagent cet enthousiasme à se manifester.]
Jean Léveillé, MD
Président de l'AMLFC