| Le Dr Georges Pelletier |
Parution: novembre 2000
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Un géant de la recherche fondamentale au Québec |
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Le Dr Georges Pelletier est mondialement reconnu comme l'un des chefs de file de la neuroendocrinologie et aussi du domaine général de la neurobiologie des peptides. Sa détermination et son talent ont permis que son travail et celui de son équipe soit reconnu mondialement. La majorité de ses publications se retrouvent dans des journaux scientifiques spécialisés en endocrinologie ou en neurobiologie. Georges Pelletier est un homme de science et un auteur très prolifique. Il compte à son actif plus de 500 monographies scientifiques publiées dans des journaux de premier plan et plus de 450 communications présentées lors de réunions nationales et internationales. La Société royale du Canada lui a attribué en 1999 la médaille McLaughlin en reconnaissance d'une importante activité de recherche et d'une constante excellence dans tout domaine des sciences médicales. |
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Le Dr Georges Pelletier
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Le Dr Pelletier est membre, entre autres, de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences, du Collège canadien de neuropsychopharmacologie et de la Société internationale de neuroendocrinologie. Il a reçu la Médaille du lieutenant-gouverneur du Canada en 1960, le prix Morin ainsi que la bourse du CRSQ comme candidat de mérite exceptionnel en 1970. Il est membre du groupe de recherche en endocrinologie moléculaire du Conseil de recherches médicales du Canada, de la Société royale du Canada, a été nommé professeur honoraire par la Norman Bethune University of Medical Sciences, à Changchun en Chine. Il a aussi reçu un doctorat honoris causa de l'Université de Haute-Normandie en France. De plus, il fait partie du Club de recherches cliniques du Québec, une tribune francophone d'échanges scientifiques dans le domaine biomédical et fondé par le Dr Jacques Genest.
Son fer de lance, l'hypophyse
Quelle a été la contribution la plus significative du Dr Pelletier à la recherche fondamentale en neuroendocrinologie? Ce chercheur s'intéresse depuis le tout début de sa carrière à l'hypophyse, une glande maîtresse qui conditionne le fonctionnement des autres glandes endocrines comme les surrénales, les testicules, les ovaires... On sait que l'hypophyse tout comme l'hypothalamus, la thyroïde, les parathyroïdes, le pancréas, les surrénales et les glandes sexuelles assurent l'équilibre de notre système. Ces glandes agissent sur l'humeur, la libido, la fécondité, le taux de cholestérol, la pression sanguine, etc. Elles sécrètent des hormones qui transportent des messages chimiques que le Dr Pelletier s'attache à décrypter avec une patience soutenue.
L'activité de l'hypophyse étant liée étroitement au système nerveux central, le champ de recherche du Dr Pelletier est vaste et passionnant. Il pénètre dans l'univers clos de la biochimie du cerveau. Dans la galaxie du cerveau, les neurones ne sont plus considérés comme un milliard de solitudes, mais plutôt comme des populations en perpétuelle communication grâce à un langage chimique par lequel elles entrent en interaction.
Dans le domaine de la neuroendocrinologie, nous avons assisté à une explosion des connaissances depuis quelques années. Le Dr Pelletier a été le premier à dresser une véritable cartographie de plusieurs neuropeptides. Il s'est intéressé plus particulièrement aux effets des neuropeptides impliqués dans la régulation des fonctions endocrines et a été le premier à démontrer la localisation fine des peptides dans le système nerveux central par la microscopie électronique en plus d'identifier les cellules nerveuses qui les produisent.
Le but ultime des recherches menées par le Dr Pelletier est d'améliorer les connaissances dans le domaine de la reproduction chez l'homme. "Si on connaît bien tous les facteurs qui contrôlent les fonctions de reproduction au niveau du système nerveux central, dit-il, on est alors à même de mieux comprendre la cause de certains problèmes d'infertilité ou de reproduction chez l'homme et chez la femme. Les résultats ne sont toutefois pas immédiats en recherche fondamentale. Cependant, plus on en sait, plus il devient facile de mettre au point des outils pharmacologiques pour améliorer la fertilisation ou contrôler la fertilité."
La passion d'une vie
Le Dr Georges Pelletier est natif de Rivière-du-Loup. Il est entré à la faculté de médecine de l'Université Laval en 1960 et a obtenu son diplôme en 1965. Il a poursuivi sa formation en sciences fondamentales pour compléter un doctorat en endocrinologie sous la supervision du Dr Claude Fortier, l'un des compagnons de route de la première heure du grand scientifique qu'était Hans Selye et considéré comme le père de l'endocrinologie à l'Université Laval. Le Dr Pelletier est issu de cette pépinière très féconde.
Pendant ses trois années d'études postdoctorales à l'Université McGill, à l'Université de Paris et au Albert Einstein College of Medicine, à New York, le Dr Pelletier a fréquenté des milieux universitaires stimulants, s'est initié à des cultures médicales variées. "En France, précise-t-il, le chercheur en formation gravite autour du grand patron qui dirige de prestigieux laboratoires avec des assistants de renom; tandis qu'aux États-Unis, chaque chercheur a son laboratoire et dirige sa propre équipe. Aux États-Unis, la formation médicale est plus conviviale, les gens se tutoient. En France, les milieux de formation demeurent encore très hiérarchisés. Mais dans tous les cas, sur le plan scientifique, ces stages furent extrêmement enrichissants", précise le Dr Pelletier.
Pour un médecin qui se dirige en recherche fondamentale, ce qui fait la différence, c'est la qualité des laboratoires dans lesquels il est formé. Le Dr Pelletier se considère privilégié à cet égard. En France, il faisait partie du laboratoire du Pr Racado, à l'hôpital Pitié-Salpêtrière. Il a également étudié au département de pathologie du Albert Einstein College of Medicine avec le Pr Novikoff. En France, déjà, il concentrait ses efforts de recherche sur l'hypophyse. À New York, il s'est surtout intéressé aux techniques de pointe en immunohistochimie.
En 1971, le Dr Pelletier débutait sa carrière au CHUL. Le groupe de recherche du CRM en endocrinologie moléculaire a été formé en 1973. Il comptait alors trois personnes, dont - outre lui-même - le Dr Fernand Labrie, avec lequel il a toujours travaillé en étroite collaboration. D'autres personnes se sont ajoutées au fil des ans, le plus souvent d'anciens étudiants ayant complété des stages à l'étranger et qui revenaient au Québec. Une équipe de recherche importante s'est formée progressivement en endocrinologie moléculaire, équipe aujourd'hui reconnue mondialement.
Les organismes subventionnaires
Parmi les organismes qui assurent le financement de la recherche, il y a le Fonds de la recherche en santé du Québec et le Conseil de recherches médicales du Canada, lequel subventionne les travaux du Dr Pelletier. "Il y a eu des coupures budgétaires, mais là, c'est reparti. Le gouvernement fédéral investit de plus en plus dans la recherche médicale. Je pense que ça va bien actuellement, après une période de vache maigre. Depuis trois ou quatre ans, on peut dire que la situation s'est grandement améliorée", constate le Dr Pelletier.
Parfois, on reproche aux chercheurs fondamentalistes de n'être pas assez près de la réalité. Le Dr Pelletier admet que l'approche en recherche fondamentale peut parfois causer des problèmes en ce sens. "Mais, dit-il, il ne peut exister de recherche appliquée sans recherche fondamentale. C'est la base de tout le processus. Et, découlant de tout cela, les retombées économiques sont nombreuses."
De plus en plus, les scientifiques en recherche fondamentale mènent leurs travaux en collaboration avec les spécialistes en recherche appliquée. Finalement, la recherche fondamentale connaît toujours des applications pratiques qui la justifient amplement. On sait que l'argent investi en recherche fondamentale rapporte énormément au bout de quelques années en économies de toutes sortes, comme le souligne le Dr Pelletier.
L'utilité de la recherche québécoise
Une autre interrogation au sujet de la recherche fondamentale concerne l'utilité de la recherche québécoise comparativement à celle qui a cours aux États-Unis. Les recherches de nos chercheurs recoupent-elles celle qui sont menées aux États-Unis? "Il ne s'agit pas de recoupement, mais plutôt de mise en commun, dit le Dr Pelletier. Les chercheurs ne sont plus isolés, comme c'était le cas auparavant. Chacun apporte sa contribution et les travaux débouchent sur des résultats probants. On publie beaucoup. Souvent, les Américains nous demandent conseil et vice versa. Ils utilisent certains de nos produits et nous faisons de même. Il y a beaucoup d'échanges à ce point de vue-là!"
Les travaux menés par le Dr Pelletier et son équipe sont cités par beaucoup d'auteurs. Ils soutiennent la compétition américaine avec le plus grand succès. Le Dr Pelletier est le deuxième chercheur de l'Université Laval le plus cité après le Dr Labrie. Ses travaux servent de référence aux chercheurs d'autres universités, tant sur la scène nationale qu'internationale. Pour le Dr Pelletier, les travaux de recherche qu'il mène sont une véritable passion. Il en traite avec le plus grand enthousiasme, malgré tout ce que ce genre de recherche peut représenter en terme d'heures de travail, de persévérance, de ténacité, de voyages à l'étranger, de conférences... On parle ici d'un investissement personnel considérable.
Pourtant, le Dr Pelletier n'a jamais songé à abandonner ni à choisir une autre option. "Je suis très satisfait, dit-il. Nous sommes pris dans l'engrenage maintenant. Tout va bien, alors cela ne nous remet pas en question. C'est lorsque les problèmes surgissent que l'on peut en venir à penser à se réorienter et à choisir un autre champ de recherche. Mais ce n'est pas le cas." A-t-il été tenté par le projet de recherche sur le génome humain? "Cela aurait pu, dit-il. Tout comme j'aurais pu m'intéresser davantage à la recherche sur le cancer, par exemple. Mais là encore, j'aime ce que je fais et je ne songe pas à faire autre chose."
La transgenèse
À l'heure actuelle, la science évolue à toute vitesse. Avec toutes les nouvelles technologies utilisées en biologie moléculaire, on découvre de nombreux gènes, de nouvelles protéines. Il est impossible de se tenir au courant de tout ce qui se fait. Pour ce qui est du grand sujet à la mode - la transgenèse -, le Dr Pelletier considère qu'il s'agit d'un excellent outil de recherche. "En endocrinologie, dit-il, les animaux transgéniques sont couramment utilisés. Par exemple, si on élimine une hormone ou si on la fait sécréter en très grande quantité chez un animal, on peut étudier son effet, son importance dans l'organisme. La transgenèse est précieuse pour étudier les effets précis des hormones et ceux des peptides. L'utilisation des animaux transgéniques en recherche fondamentale, c'est très important."
On peut ainsi faire avancer la recherche en ce qui concerne la maladie de Parkinson, la maladie d'Alzheimer et autres maladies de même acabit. On suspecte en effet que certains peptides sont reliés à ces maladies et les connaissances acquises grâce à la transgenèse permettent d'espérer d'éventuels traitements. "Il y a de l'espoir, dit le Dr Pelletier. Pour l'Alzheimer, de plus en plus, on se rapproche peut-être d'un traitement final." En ce qui concerne la maladie de Parkinson, on peut effectuer des greffes de cellules qui produisent de la dopamine dans le cerveau des gens atteints de cette maladie. Ces recherches peuvent également apporter beaucoup en ce qui concerne le traitement des maladies du vieillissement. On sait que les hormones sexuelles, en particulier les oestrogènes, peuvent contribuer à prévenir la diminution de la mémoire qui survient chez les gens âgés. "Mon équipe et moi travaillons sur les récepteurs des oestrogènes dans le cerveau. Les résultats de nos recherches contribuent à mieux comprendre ce qui se passe et à développer de meilleurs outils pour contrer les effets du vieillissement."
La retraite, il ne connaît pas
Ce dont le Dr Pelletier est le plus fier, c'est d'avoir persévéré tout au cours de ces années en recherche fondamentale et d'avoir réussi à obtenir des subventions pendant tout ce temps. Ce qui est le plus satisfaisant pour lui, c'est que cette réussite se soit perpétuée dans le temps. "Je continue encore, dit-il, même si j'ai 60 ans et qu'il me faut compétitionner avec les jeunes pour obtenir des fonds." La retraite, le Dr Pelletier n'y pense même pas. Il entend poursuivre ses activités de recherche, continuer à être reconnu sur la scène internationale et publier dans les plus prestigieuses revues. "Les États-Unis, dit-il, consacrent beaucoup plus d'argent que nous à la recherche. Mais dans des domaines très pointus, si on fait du bon boulot, nous sommes très compétitifs." Le Dr Pelletier a eu des offres pour travailler aux États-Unis. Il connaît bien le milieu puisqu'il y a oeuvré au moment de sa formation. "Je n'ai jamais été réellement tenté d'accepter", dit-il. Il n'a jamais été intéressé non plus à changer d'équipe de recherche. "Je suis bien entouré ici. J'ai d'excellents collègues. Évidemment, il arrive parfois que l'on y songe... quand la situation se détériore ou qu'on veut améliorer ses conditions, mais quand ça va bien, on n'est pas tenté de sauter la clôture." Pour le Dr Pelletier, l'équipe qui l'entoure, c'est ce qui est le plus important, c'est ce qui compte le plus pour lui.
Le constat du Dr Pelletier quant à la recherche fondamentale au Québec est le suivant. Il pense que le principal problème, c'est le manque de reconnaissance du milieu universitaire pour les jeunes chercheurs qui veulent poursuivre leur carrière au niveau académique. "Les jeunes peuvent obtenir des bourses de recherche pour plusieurs années, mais ensuite leur intégration dans le milieu universitaire en tant que professeurs est très difficile. Il y a actuellement des débats dans toutes les universités à ce sujet. On n'y retrouve pas suffisamment de postes. C'est un problème majeur. S'il y avait une amélioration à apporter au système, poursuit le Dr Pelletier, ce serait d'augmenter le nombre de postes de professeurs-chercheurs dans nos universités québécoises. Il faudrait que le ministère de l'Éducation, en concertation avec le ministère de la Santé et des Services sociaux, alloue les sommes nécessaires pour que l'on puisse garder ici ces chercheurs. Parmi ceux qui ne sont pas intégrés rapidement, certains, malheureusement, quittent le Québec pour d'autres provinces canadiennes ou pour les États-Unis." Il est donc très important de trouver une solution à ce problème si l'on veut s'assurer d'une relève en recherche au Québec, estime le chercheur.]