Mot du président
Parution: janvier 2001

Nos trois invités dressent un bilan des immenses progrès qui ont été réalisés au Québec et au Canada au cours des dernières décennies tant dans le domaine de la recherche clinique que dans celui de la recherche fondamentale. Ils décrivent avec fierté les efforts considérables qui ont été déployés par les gouvernements, ayant accru leur implication non seulement par la voie des organismes subventionnaires, mais principalement par la création de nouveaux organismes tels que le Fonds de la recherche en santé du Québec, dont l'impact a été et est toujours considérable. Ils insistent sur les modifications des concepts mêmes des équipes de recherche, dont les approches doivent être multidisciplinaires tandis que le comportement individuel ne cesse de s'estomper.

La recherche médicale et scientifique s'est également transformée de façon prodigieuse au cours des dernières années sur le plan de la gestion, de la définition des priorités, des lieux de recherche et de leur mode de financement. L'accès à une information presque instantanée à l'échelle de la planète a entraîné un élargissement considérable des échanges et, par le fait même, des bases de la recherche. Alors qu'il y a à peine une décennie la liberté scientifique du chercheur était au centre des débats, aujourd'hui, les préoccupations se sont déplacées. Reddition de comptes et obligation de résultats font partie du vocabulaire nouveau. La recherche, comme d'ailleurs la plupart des secteurs de l'activité humaine, a dû se structurer, s'organiser, se discipliner.

Nos trois invités nous sensibilisent aux dangers qui guettent une collectivité qui néglige de porter attention au maintien de la compétitivité. Ils insistent sur les risques que nous encourons de perdre nos plus jeunes chercheurs, attirés par un environnement plus favorable à l'étranger, dans des pays où la réalisation d'une carrière de chercheur est encouragée de multiples façons, alors que nous avons tendance à mettre l'accent sur les pratiques cliniques plus rémunératrices et plus valorisées. Tenter de compenser les faibles revenus en recherche par des activités cliniques de plus en plus accaparantes ne peut nous assurer une compétitivité sérieuse. Il importe d'instaurer un climat de motivation et de gratification pour ces avenues, certes stimulantes, mais ô combien exigeantes, et de contrebalancer la tendance d'une époque privilégiant un peu trop souvent la facilité et succombant à l'attrait du pain et des jeux.

Ils insistent pour nous rappeler l'importance des budgets de fonctionnement, alors que nous avons bien souvent l'impression d'avoir tout réglé en établissant de belles et récentes infrastructures. Pour demeurer crédibles sur le plan international, nous devons favoriser la création de masses critiques capables d'assurer au chercheur un environnement lui permettant de regrouper les compétences multidisciplinaires dont son domaine d'activité ne peut se dispenser. Par la compréhension de ces enjeux, nous pourrons espérer ramener des jeunes talents formés chez nous, mais qui nous ont délaissés faute d'encouragements de notre part.

Au moment où la question économique demeure problématique, il convient de bien établir les règles de collaboration avec l'industrie, dont les objectifs sont conditionnés par des considérations de rentabilité. Nos invités nous rappellent, à juste titre, l'importance pour chaque partenaire de bien définir son rôle et de respecter ses engagements.

L'Association des médecins de langue française du Canada privilégie depuis longtemps une autre importante facette de la recherche en favorisant le dialogue avec l'ultime bailleur de fonds : le public. Depuis près de 20 ans, l'AMLFC convie l'industrie et les organismes subventionnaires à prendre le temps d'exposer sur la place publique les enjeux actuels et futurs d'investissements, qui, à première vue, ne présentent pas toujours des retombées concrètes, mais qui assurent dynamisme et épanouissement aux nouvelles générations. En outre, ce secteur permet de sensibiliser des gens intéressés, mais auxquels le travail de laboratoire est peu familier, à l'importance de s'assurer une place de choix dans le peloton de tête des pays avant-gardistes en participant aux défis visant à faire reculer les frontières du savoir.

L'Association est toujours heureuse, au cours de son volet exposition, d'observer l'enthousiasme des uns et des autres lors de ces échanges, dont on sous-estime trop souvent l'impact. Elle espère répéter ces expériences et remercie ses trois invités pour leur judicieuse analyse.]

Jean Léveillé, MD
Président de l'AMLFC