| Mot du président |
Parution: février 2001
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En médecine, l'Internet est beaucoup plus que la pêche à l'information. Les richesses de l'intelligence humaine s'accumulent dans ce coffre aux trésors. La force de l'esprit s'y démultiplie.Tout cela n'est pas inerte. L'enfant stellaire est jeune, mais il promet. Nous faisons face à un système de diffusion de la connaissance, d'échanges, de discussion, de transfert et de croisement des données, de recherche et d'édition qui deviendra assez rapidement un accélérateur du cheminement humain. Selon les spécialistes, dans le monde, au moins 200 millions d'internautes naviguent sur plusieurs millions de sites... Synergie puissante à laquelle le médecin est convié. Il est invité à occuper une place enviable dans ce cyberespace où les frontières disparaissent. D'un clic de souris, le médecin peut passer des bibliothèques médicales de Harvard à celles de la Salpêtrière ; il peut avoir accès en un instant aux meilleures écoles du monde. Ici même, au Québec, on discute d'ores et déjà de la possibilité de concevoir des systèmes globaux de transmission d'information médicale à travers la province, le Canada et à l'extérieur du pays. |
L'Internet, c'est également le courrier électronique, qui offre des perspectives immenses. C'est le service le plus utilisé sur Internet. On expédie son message et, en quelques dixièmes de secondes, notre correspondant reçoit notre missive, où qu'il soit. L'instantanéité du courriel en fait un moyen de communication révolutionnaire. Le courrier électronique permet de transmettre des fichiers audio, vidéo ou des clichés exceptionnels. Il présente un grand intérêt pour la médecine, où le facteur temps compte de plus en plus et où l'imagerie nouvelle gagne en importance. Depuis près de 100 ans, l'AMLFC a toujours été aux premières loges du changement et de l'innovation technologique. Elle se veut un acteur dynamique de cette technologie afin que les médecins puissent entrer de plain-pied dans la modernité.
Mais, pour apprivoiser ces nouvelles technologies et en bénéficier, la majorité des médecins doivent pouvoir être rejoints, ce qui n'est pas encore une réalité au Québec. À cet égard, le Québec accuse un retard. La France a comblé ce retard lorsque les autorités gouvernementales ont décidé d'accorder d'importantes subventions de soutien à l'informatisation médicale. Au Québec, de petites et moyennes entreprises reçoivent des crédits d'impôt pour s'informatiser. En médecine, aucune mesure incitative particulière n'existe pour le moment. Il faudra aussi que les hôpitaux rattrapent le grand retard qu'ils accusent dans ce processus d'informatisation de l'information. Il faudrait que les développements soient planifiés et hiérarchisés en raison des sommes et des efforts importants qu'ils impliquent.
Les nouvelles technologies exigent que l'information soit préservée sur des supports électroniques avant de pouvoir la faire circuler. Ces banques de données suscitent de grandes craintes, qui constituent également un frein à l'avènement de l'informatisation médicale. Les médecins craignent pour la confidentialité des données contenues dans les dossiers informatisés et redoutent les mégacontrôles (Big Brother !). Ils demandent à être convaincus et assurés des bénéfices qu'ils pourront tirer des nouvelles technologies qui seront mises à leur disposition. Les médecins redoutent ces grands regroupements de données centrales dont on pourrait se servir abusivement. Ils craignent qu'on utilise à leur insu cette information pour un contrôle externe d'évaluation de la pratique. Les patients aussi sont inquiets de voir les informations contenues dans leur dossier transmises on ne sait trop où et à on ne sait trop qui.
Il ne faut pas craindre le changement, mais encore faut-il être conscient des enjeux qui entourent le dossier médical informatisé pour le protéger adéquatement des tentatives d'appropriation illicite. Le danger est d'autant plus réel que les niveaux de diffusion s'étendent maintenant à l'échelle planétaire. Il faut dire que la confidentialité du contenu des dossiers médicaux, qu'ils soient informatisés ou non, relève en tout premier lieu d'une dimension culturelle. C'est de l'humain caché derrière la technologie dont il faut avant tout se méfier. Cet aspect est vieux comme le monde, mais son impact s'accroît avec la progression des moyens d'entreposage et de diffusion. L'ampleur des risques doit être encore mieux mesurée et les médecins ont un rôle de premier plan à jouer à cet égard.
Il faudra trouver les moyens de mieux circonscrire l'accès au dossier médical et il faudra s'assurer qu'en recherche, entre autres, tous les paramètres de la confidentialité seront respectés scrupuleusement. Nous sommes à l'orée d'évaluations épidémiologiques tout à fait extraordinaires avec l'avènement des possibilités de l'Internet et de l'informatisation. Il faut donc faire appel à la plus grande prudence. ll ne faudrait pas que George Orwell, auteur du célèbre best-seller 1984, se soit simplement trompé de décennie.
Je suis certain que les médecins seront aux aguets et qu'ils verront à ce que la première finalité du dossier-patient soit respectée, à savoir compiler de l'information pour donner de meilleurs soins au patient. Il faut répondre adéquatement à l'espoir de mieux-être des individus et des populations, et non pas détruire la relation privilégiée médecin-patient, ce qui représenterait une terrible conséquence pour la médecine et les sciences de la santé. Ce principe touche directement à la notion de secret professionnel, à celle de la liberté des personnes, à la sphère des libertés individuelles et au droit à la vie privée.]
Jean Léveillé, MD
Président de l'AMLFC