| Mot du président |
Parution: mars 2001
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Communiquer, échanger, discuter, voilà des verbes dont l'apparition se confond avec les lointaines origines de la parole et de l'écriture. Les modalités de leur manifestation se sont multipliées au rythme des connaissances. Le 20e siècle a contribué de façon impressionnante à ce développement et, progressivement, il a réduit la planète à la notion actuelle de « village global ». Combien d'entre nous, de nos jours, peuvent se passer d'un service téléphonique ? Pourtant, au début du siècle, cela n'allait pas de soi et quelques décennies se sont écoulées avant que cet « indispensable » appareil ne trône bien à la vue de tous dans nos foyers ou au bureau, qu'il ne devienne même un fétiche, un objet-culte. Aujourd'hui, les communications par satellite et par Internet assurent la diffusion universelle des informations. Dans notre domaine d'activité, la télémédecine et la télésanté en sont la manifestation la plus récente. Elles sont le prolongement de cet ancêtre qu'est le téléphone et le prolongement de notre essentiel besoin de communiquer. Nos trois invités nous entretiennent du formidable renforcement de ce pouvoir de diffusion et d'échange. |
La télémédecine utilisera de plus en plus ces nouvelles approches pour des raisons de flexibilité, d'instantanéité, d'économies, d'ouverture sur le monde. L'âge de l'information facilitée et accessible à tous a fait son entrée dans nos foyers, dans nos bureaux et dans nos établissements. À la préoccupation initiale de se renseigner, de commercer sur Internet, s'ajoute désormais celle des soins de santé. À titre d'exemple, il existe maintenant un lien d'échange qui regroupe quelque 18 000 spécialistes en médecine cardiovasculaire de partout dans le monde et qui leur donne accès à de nombreuses cybersessions. Des systèmes de vidéoconférences relient maintenant entre eux de nombreux chirurgiens de la planète. On trouve, « en ligne », de la télé-éducation, du télé-entraînement, du télé-enseignement, du télémonitorage. Ces informations sont rapidement traduites en plusieurs langues.
Alors que nous devrions être aux premiers rangs de l'innovation, nos invités nous signalent un attentisme déconcertant. Alors que les pharmaciens se sont rapidement informatisés, alors que l'industrie privée, les grandes entreprises, peuvent investir jusqu'à 10 % de leurs profits dans l'informatisation et dans les nouvelles technologies de l'information, le réseau de la santé accuse un retard considérable. Le pourcentage de la richesse nationale consacré à l'implantation des nouvelles technologies de la communication dans le réseau demeure faible, faut-il le répéter. Il n'y a même pas suffisamment de budgets pour de l'équipement traditionnel, dit-on, alors... Au moment où, dans certains secteurs, il manque de médecins, que les listes d'attente s'allongent, il faut innover. La télémédecine peut-elle représenter une des solutions ? Là, comme ailleurs, l'argent et la détermination constituent le nerf de la guerre.
Il faudra très certainement une volonté politique et collective afin de favoriser l'émergence de ces nouvelles technologies, évitant ainsi que notre système de santé n'accumule un retard fort pénalisant au cours de la prochaine décennie. La médecine en constante effervescence se doit de demeurer à la fine pointe de l'évolution sociale. La population elle-même et, davantage encore, les jeunes génération sont en train de s'approprier le virage technologique. La médecine ne peut très certainement pas se contenter d'être attentiste dans un domaine qui touche à toutes les spécialités médicales et chirurgicales de façon aussi déterminante. Là, comme ailleurs, le leadership médical doit se manifester éminemment.
La télémédecine, c'est la télépédiatrie, la télégérontologie, la téléchirurgie, la téléorthopédie, la télémédecine interne, la télépsychiatrie, les télésoins palliatifs, etc. Elle permet l'examen, la consultation, l'évaluation du rythme respiratoire et du rythme cardiaque à distance. L'exemple cité en télépédiatrie, indiquant que 85 % des jeunes patients ayant bénéficié d'une consultation par télémédecine n'ont pas eu à se rendre à Montréal, est éloquent. En fait, la télémédecine met en réseau autant l'omnipraticien que le spécialiste, elle rejoint tous les professionnels qui travaillent dans le secteur de la santé, que ce soit l'infirmière, le technologue, l'ergothérapeute, le physiothérapeute, l'orthophoniste, etc.
Cette technologie permet d'améliorer la qualité de vie des gens. Elle doit dès lors être développée avec dynamisme dans une société en quête de cette valeur essentielle. Elle représente des économies substantielles de temps et d'argent pour les gens des diverses régions - et, surtout, des régions éloignées - en réduisant les admissions inutiles et la fréquentation des urgences, tout en améliorant l'efficacité de l'intervention médicale sous de nombreux aspects.
Il ne faut pas oublier, dans ce débat, le défi majeur lié à la confidentialité. Compiler des données sur ordinateur devient la façon de faire dans tous les secteurs de la vie, y compris celui de la santé. L'approche ambulatoire multiplie également les interactions entre les divers secteurs d'activité, ce qui suppose aussi une amplification du processus d'information, de collecte de données, d'analyse et d'évaluation. Les médecins ont un devoir de vigilance - on ne le soulignera jamais assez - parce qu'ils sont les premiers dépositaires de cette information, et qu'ils doivent en préserver la confidentialité et l'intégrité.
Un organisme comme l'Association des médecins de langue française du Canada a également le devoir de privilégier un français de qualité au sein de ces nouveaux modes de communication. Nous entendons non seulement y veiller, mais, surtout, en faciliter l'accès grâce à l'élaboration de rubriques qui seront bientôt disponibles sur notre site électronique.]
Jean Léveillé, MD
Président de l'AMLFC