Mot du président
Parution: octobre 2001

La naissance, la santé, la maladie et la mort sont des phases de l'existence sur lesquelles nous avons peu ou pas d'emprise et qui peuvent être vécues fort différemment selon les circonstances, les individus et les collectivités. Depuis les années 1950, notre société offre le choix du don d'organes, un symbole par excellence de la solidarité des membres envers leur communauté. Il s'agit d'un acte altruiste, d'une offrande qu'aucun autre geste ne parvient à égaler, qui permet de repousser l'inéluctable. Permettre le prolongement de la vie de quelqu'un au moment de sa propre fin, voilà une décision qui devrait susciter notre enthousiasme.

Nos trois invités tracent un bref historique de cette extraordinaire et récente conquête de la vie sur la souffrance et la mort, mais qui demeure tout de même une importante problématique. Ainsi, en 2000, au Québec, il n'y avait que 454 donneurs pour 815 receveurs. C'est d'autant plus désolant qu'en général les résultats sont spectaculaires ; les bienfaits pour les receveurs sont immenses et souvent inespérés. En ce qui concerne les greffes rénales, le taux de rejet est inférieur à 5 %, alors qu'avec la seule dialyse le taux de mortalité atteint de 20 % à 30 % chaque année.

Évidemment, le don d'organes doit être accompli dans le plus grand respect du donneur, du receveur et de leurs familles respectives. Chaque personne conserve le privilège de déterminer le devenir de son corps. Au Québec, ce don demeure anonyme. Il est gratuit et des mesures sont prévues afin d'assurer l'égalité entre les receveurs. Toute personne, qu'elle soit nantie ou démunie, a droit à l'espoir de retrouver la santé grâce à ce geste généreux : le corps humain ne doit jamais être soumis aux enchères de la cupidité. Les médecins-greffeurs accordent la même attention éthique au donneur qu'au receveur. Ils insistent pour souligner l'importance de cette notion dans leur démarche.

Nombreuses sont les pathologies pour le traitement desquelles on a recours aux transplantations : cardiopathie, insuffisance rénale chronique, fibrose kystique, fibrose pulmonaire, emphysème, hypertension pulmonaire, cirrhose, diabète insulinodépendant, etc. En outre, l'importance croissante des greffes d'os, de ligaments, des osselets de l'oreille, d'artères et de veines, de nerfs périphériques, de valves cardiaques, de cellules sanguines ou médullaires élargit d'autant l'éventail de ces interventions.

Avec les progrès en réanimation et l'extrême rapidité des secours, on parvient aujourd'hui à assurer pendant quelques heures la viabilité d'organes transplantables chez des personnes en état de mort cérébrale. Le prélèvement d'organes dans ces circonstances fait maintenant partie de l'arsenal thérapeutique, mais chaque geste devient plus critique, chaque instant, plus précieux.

Nos trois invités insistent sur l'importance de sensibiliser et de mieux renseigner les médecins, les étudiants en médecine et tous les intervenants en santé en vue d'identifier tous les donneurs potentiels. Une enquête du Collège des médecins du Québec, conduite dans neuf hôpitaux, a permis de déterminer qu'environ 40 % des donneurs potentiels n'avaient pas été identifiés adéquatement.

Il faut féliciter Québec-Transplant pour ses initiatives visant à favoriser l'identification des donneurs. Il importe de souligner les efforts inestimables de cet organisme. Entre autres, Québec-Transplant a écrit le Guide pour l'identification et la surveillance des donneurs d'organes cadavériques. Ce document, publié en 1993, a été tiré à 2000 exemplaires et distribué aux DSP et aux unités cibles des centres hospitaliers (urgence et soins intensifs) ainsi qu'aux comités hospitaliers de dons d'organes. Or, serions-nous en mesure - chacun et chacune d'entre nous - d'en résumer les grandes lignes ? En 2000, 25 personnes en attente de greffe sont décédées alors qu'elles auraient pu être sauvées si nous avions été plus vigilants. L'acceptation des familles quant au don d'organes d'un proche qui vient de décéder dépend souvent des réponses du corps médical aux questions humanistes qui les préoccupent. Est-on certain qu'il y a mort cérébrale ? En quoi consiste le prélèvement ? Quel sera le devenir des organes prélevés ? Dans quel état leur rendra-t-on le corps de leur proche ?

Les retombées des efforts actuels promettent d'être immenses. De plus en plus fréquemment, ce seront des vies d'enfants qui seront sauvées. La première greffe cardiaque pédiatrique au Canada a eu lieu sur un jeune garçon, à l'Hôpital Sainte-Justine, en 1984. Il est aujourd'hui bachelier en histoire et en pédagogie. Depuis lors, plus d'une trentaine d'enfants ont pu bénéficier d'un nouveau coeur. Leur taux de survie à cinq ans dépasse les 85 %. La mortalité des jeunes patients à la suite d'une greffe rénale est inférieure à 3 %. Le taux de survie du greffon frôle maintenant les 90 % à 1 an pour atteindre de 68 % à 70 % à 5 ans. La greffe du foie chez l'enfant connaît un taux de réussite à long terme supérieur à 80 %. L'Hôpital Sainte-Justine demeure le plus important centre de transplantation pédiatrique du Canada.

En terminant, permettez-moi une pensée toute personnelle de gratitude envers ce pionnier de renom qu'a été le regretté ophtalmologiste Michel Mathieu, mais aussi et surtout envers cet inconnu (ainsi que les membres de sa famille) qui m'a permis de retrouver la vue grâce à son inestimable don de cornée.

L'Association des médecins de langue française du Canada invite les lecteurs à porter une grande attention à ce geste qui peut sembler anodin, mais qui est capital : la signature au bas d'un document porteur d'espoir. Qui sait ? Peut-être que cette signature-là sera la plus importante, la plus gratifiante...]

Jean Léveillé, MD
Président de l'AMLFC