| Mot du président |
Parution: novembre 2001
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Explorer, découvrir, voyager, voilà des activités profondément inscrites en nous. Depuis ses plus lointaines origines, l'Homo sapiens n'a eu de cesse d'explorer de nouveaux horizons, de conquérir des terres inconnues. Inassouvi, son esprit aventurier l'incite depuis quelques décennies à apprivoiser une autre immensité infinie, ce mystérieux univers où, secrètement, il espère rencontrer d'autres formes d'expression de la vie. La diversité et l'exotisme rendent plus attrayante la recherche du nouveau, de l'inconnu, du différent. En ce qui nous concerne, il y a le climat parfois tempéré, mais le plus souvent maussade et frisquet, qui nous pousse à la fuite, au temps d'arrêt, aux précieux intermèdes des vacances. Pour ces raisons et pour bien d'autres, les modes de transport rapides se sont multipliés, donnant massivement accès aux régions, même les plus reculées. |
Un million de Canadiens par année
À l'euphorie initiale allait succéder l'insouciance, l'imprudence, parfois même la malchance, menant ainsi à une nouvelle médecine : la médecine des voyages. Chaque année, plus d'un million de Canadiens se rendent à l'étranger pour se divertir, se dépayser, travailler, étudier ou y vivre. Nos trois invités nous rappellent que moins de 10 % de ceux-ci iront les consulter. Est-il surprenant alors de constater que les problèmes de santé directement liés aux voyages vont croissant, sont de plus en plus complexes et menaçants pour l'individu et pour les collectivités ? Par insouciance, par crainte de devoir annuler un beau voyage, les risques sont banalisés, voire niés ou tout simplement ignorés.
Dans un contexte de résurgence de maladies davantage pharmacorésistantes, nos invités répètent combien il est primordial de sensibiliser l'ensemble du groupe médical et d'enseigner aux voyageurs des mesures pratiques, simples et concrètes pour se protéger. En particulier, les médecins de famille devraient s'instruire adéquatement et encourager leur clientèle à se réserver quelques instants pour rencontrer un professionnel avisé ou à se présenter dans une clinique santé-voyage.
Un devoir de prudence et de responsabilité
Avant de partir vers des régions où sévissent diverses maladies à l'état endémique, chacun devrait utiliser l'immense arsenal de connaissances qui est à notre disposition afin de réduire les risques, de bien reconnaître les premiers symptômes et de mieux évaluer le moment opportun pour s'adresser aux responsables de la santé locaux. C'est un devoir de prudence et de responsabilité qui incombe à tous. Entre 1994 et 1998, le nombre de Canadiens atteints de malaria est passé de 430 à plus de 1400, selon un avis émis par le Collège des médecins du Québec, comme le souligne le Dr Dominique Tessier. Ce qui illustre bien l'une des répercussions possibles de l'accroissement du nombre annuel de voyageurs.
Turista, vaccination, hydratation...
La turista ou diarrhée du voyageur affecte près de 80 % des gens en voyage et elle est devenue largement pharmacorésistante à certains médicaments. Il faut se souvenir que, pour bien des populations, l'accès à la vaccination est encore très largement insuffisant. Par ailleurs, il importe de se rappeler que 80 % des maladies qui affectent les populations des pays en voie de développement sont transmises directement ou indirectement par l'eau ou, encore, sont liées à l'absence ou à la déficience de systèmes d'épuration et d'élimination des déchets. Il faut se méfier aussi des insectes, vecteurs du paludisme (plus de 80 millions de personnes vivent aujourd'hui en zones impaludées), et craindre la fièvre jaune. Mieux vaut alors confier son carnet de vaccination à des gens bien au fait des dernières recommandations.
En filigrane, les MTS sont florissantes dans divers pays, surtout en Asie du Sud-Est. On y retrouve des types de MTS peu communes dans nos contrées et dont les conséquences peuvent être majeures. Dans des pays où le tourisme sexuel est devenu un style de vie et une façon de survivre, le voyageur est largement sollicité. En Afrique, le sida est endémique. Comme le souligne le Dr Marc Steben : « La gonorrhée, la syphilis, l'hépatite A et B sont beaucoup plus fréquentes dans ces régions qu'au Canada et au Québec ; et, encore une fois, elles sont souvent devenues pharmacorésistantes. »
Se munir d'une bonne police d'assurance
Le voyageur serait sage d'identifier rapidement les ressources médicales existantes dans les régions qu'il visite et de savoir où se procurer des médicaments fiables s'ils s'avéraient indispensables, des médicaments que l'on trouve souvent dans les marchés publics. Et pourquoi ne pas emporter avec lui ses propres seringues et une trousse médicale de base adaptée au voyage à effectuer ? Mais quels médicaments choisir ? C'est là que prend toute son importance une visite à un médecin spécialisé en médecine des voyages.
L'Association des médecins de langue française du Canada a une longue tradition d'échanges et de contacts avec les pays de la francophonie et de la francophilie. En invitant les trois médecins interviewés à faire le point sur la question qui nous intéresse, elle désire sensibiliser ses membres et ses lecteurs à l'importance grandissante des centres de médecine des voyages et à l'expertise du personnel médical qu'on y trouve.
Enfin, un conseil du Dr Claude Thibeault mérite toute notre attention : toujours, toujours se munir d'une police d'assurance adéquate et suffisante au cas où l'on serait malade à l'étranger. Suivre ce conseil permettra d'être rapatrié plus facilement et d'éviter de voir son compte de banque fondre comme neige au soleil. Les voyages constituent une source d'enrichissement individuel et collectif inestimable. À nous de prendre les moyens pour que chacun à son retour puisse faire sienne la célèbre citation : « Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage »...]
Jean Léveillé, MD