| Le Dr Michel Poisson |
Parution: novembre 2001
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Une profession captivante |
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"En médecine, dit le Dr Michel Poisson, microbiologiste au CHUM, Hôtel-Dieu, on ne s'ennuie jamais. C'est une profession captivante qui nous fait vivre des moments intenses et qui nous apporte de grandes joies. C'est la plus belle profession qui puisse exister. Nous ne cessons d'apprendre et de découvrir." Ce qui lui a procuré le plus de satisfaction tout au long de sa carrière, c'est d'avoir pu guérir des gens. Alors qu'il était au secondaire, le Dr Poisson manifestait déjà une curiosité insatiable et un attrait irrésistible pour les sciences, autant la biologie, la physique que la chimie. Déjà, il envisageait d'entreprendre une carrière scientifique. Il a choisi la médecine parce qu'elle représentait le défi le plus intéressant et le plus difficile à relever dans le domaine des sciences. Il considérait que cette discipline ouvrait de nombreuses portes : médecine générale, spécialités les plus diverses, santé publique, administration, recherche, enseignement, etc. |
![]() Le Dr Michel Poisson |
Adolescent, Michel Poisson avait construit un laboratoire chez lui, au sous-sol. Disséquer, tenter de distiller de l'alcool, construire des fusées, synthétiser de la poudre, tout y passait. Il admet qu'il y avait un certain danger à se livrer à de pareilles expérimentations. Heureusement, la maison paternelle a été épargnée. Il se consacrait à cette passion en compagnie d'un ami qui est aujourd'hui cardiologue au CHUM, hôpital Notre-Dame, le Dr Daniel Savard.
Une autre des passions du Dr Poisson est l'écriture. Il a à son actif plus d'une centaine de publications. Il est en outre très recherché en tant que conférencier. Là encore, la liste est impressionnante : au-delà de 300 conférences prononcées ces dernières années. Il a de plus participé à de très nombreux projets de recherche en microbiologie.
Originaire de Drummondville, il est le deuxième d'une famille de sept enfants : quatre garçons, trois filles. Le Dr Poisson a débuté ses études médicales à la Faculté de l'Université de Montréal en 1970. Michel Poisson a toujours eu un faible pour les examens. Pour lui, c'est un défi stimulant. "Le plus difficile n'est pas de réussir, c'est de bien réussir."
Une révélation
Très tôt, alors qu'il était étudiant en médecine, le Dr Poisson a été attiré par la médecine interne, qui l'a amené subséquemment vers la microbiologie. Il a fait son internat unidisciplinaire en médecine interne à l'hôpital Notre-Dame. Alors qu'il étudiait en médecine interne, il a effectué un stage de trois mois en maladies infectieuses à l'Hôtel-Dieu. Ce fut la révélation. "La médecine de laboratoire, le fait de traiter et de guérir nos patients, l'aspect du continuel changement en maladies infectieuses, c'est ce qui m'a attiré", dit le Dr Poisson.
Sa formation terminée, le Dr Poisson a complété une année de recherche en microbiologie à l'Université de Virginie, à Charlotteville aux États-Unis. Il a choisi cette université parce qu'on y retrouvait l'auteur du Mendel, le textbook de référence le plus renommé en maladies infectieuses. Le Dr Poisson a été accepté et a obtenu une bourse du Conseil de recherches médicales du Canada. On lui avait également offert la bourse de la Fondation McLaughlin de l'Université de Montréal. À l'Université de Virginie, le Dr Poisson a mené des recherches plus spécifiquement sur le trichomonase. Une année très agréable où il n'a fait que de la recherche. Il a été tenté de demeurer aux États-Unis, mais il tenait à ce que ses enfants soient élevés au Québec.
Pour être microbiologiste aujourd'hui au Québec, il faut étudier deux ans en médecine interne et trois ans en microbiologie-infectiologie. Ce n'est qu'au Québec que l'on retrouve des médecins microbiologistes-infectiologues qui possèdent également des connaissances en médecine interne et qui font de la consultation clinique. Dans les années 1960, sous l'influence du Dr Fernand Turgeon de l'hôpital Saint-Luc, les microbiologistes sont sortis des laboratoires afin de satisfaire à des besoins de consultation clinique. La compétence des microbiologistes s'est élargie d'autant.
En 1975, le Dr Poisson s'est marié. Il a eu deux enfants de sa première épouse et deux autres de sa deuxième épouse. Il a donc quatre enfants : trois filles et un garçon. L'aînée a 20 ans et elle étudie à l'Université de Montréal au département de biochimie. Elle aime également les sciences. Sarah a 14 ans et elle est au secondaire III. Hugo a 4 ans et Audrey, 8 mois. "Les enfants nous gardent jeune, dit le Dr Poisson. Mais là, c'est assez." Sa deuxième femme est chirurgienne en orthopédie pédiatrique et est spécialisée dans la chirurgie du membre supérieur. "Deux médecins avec une famille, ce n'est pas facile", admet le Dr Poisson.
Pourquoi l'Hôtel-Dieu?
À l'Hôtel-Dieu, sept microbiologistes se retrouvent au département de microbiologie et une cinquantaine de personnes oeuvrent dans les laboratoires, où on procède à environ 1 000 analyses quotidiennement. Au sein du nouveau CHUM, le Dr François Lamothe (de l'hôpital Saint-Luc) est le chef des trois pavillons et le Dr Poisson est chef adjoint au département de microbiologie-infectiologie du CHUM. Si le Dr Poisson a choisi l'Hôtel-Dieu, c'est parce qu'il y retrouve une ambiance familiale, un milieu stimulant sur le plan intellectuel et celui de la recherche, des équipes médicales exceptionnelles, une institution ayant une histoire et une tradition. "Quand un médecin choisissait l'Hôtel-Dieu, c'était pour longtemps", dit-il. En parcourant l'historique de l'Hôtel-Dieu, le Dr Poisson a relevé que dans toute l'histoire de cette institution, à peine 600 médecins s'y sont succédés qui, par leurs efforts soutenus, ont forgé la renommée de l'institution. Le Dr Poisson fêtera bientôt le vingtième anniversaire de son arrivée à l'Hôtel-Dieu. Il n'a jamais regretté son choix d'exercer la médecine dans cette institution.
Peu après son arrivée, il s'est intéressé à l'automatisation en microbiologie et il a exercé un leadership dans ce domaine. Dès 1984, il concevait des projets d'automatisation du laboratoire de bactériologie. Peu à peu, tous les laboratoires en microbiologie au Québec ont suivi la tendance et se sont informatisés. "On sauve des vies quand on peut obtenir des résultats rapidement", mentionne le Dr Poisson. Il participe à l'heure actuelle au virage de la biologie et de la microbiologie moléculaires : PCR, technologie de l'ADN, identification génique, toujours dans une perspective d'automatisation. L'Hôtel-Dieu est un chef de file dans le domaine. En plus de ces activités, le Dr Poisson exerce dans le domaine de l'expertise médicolégale et il procède également à l'évaluation de dossiers scientifiques. Il siège à des conseils scientifiques de compagnies de biotechnologie. Le Dr Poisson travaille 60 à 70 heures par semaine. Beaucoup de médecins sont dans la même situation à l'Hôtel-Dieu ou ailleurs.
Le sida
Un événement est venu bouleverser la vie professionnelle du Dr Poisson et de l'ensemble des microbiologistes à l'Hôtel-Dieu au début des années 1980. C'est l'épidémie de sida. À l'époque, on hospitalisait 500 patients par année et on en perdait une centaine. L'hospitalisation de ces patients comptait pour 10 000 jours-présence alors que le total pour tout l'hôpital était de 140 000 jours-présence. "Tout cela a été extrêmement difficile, souligne le Dr Poisson. Je me rappelle avoir été de garde pendant les Fêtes et que sept de mes patients soient décédés. L'application de la trithérapie a fait chuter la mortalité immédiate de 80 %. Actuellement, ce sont seulement trois à cinq patients qui sont hospitalisés en permanence, et non plus quarante comme autrefois. Plusieurs de mes patients atteints du sida survivent depuis quinze ans et plus. C'est encore lourd, mais moins qu'auparavant. Quand on leur prescrit une thérapie efficace, leur système immunitaire se renforce et ils ont beaucoup moins d'infections. Au Canada et en Amérique, le nombre de personnes atteintes a diminué, mais ailleurs dans le monde, ce n'est pas le cas. Approximativement 34 millions de personnes souffrent de cette maladie. C'est catastrophique."
Depuis quelques années, le Dr Poisson assume des fonctions médico-administratives à l'Hôtel-Dieu. Il a fait partie de l'exécutif du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens. Il a été pendant quatre ans secrétaire-trésorier de l'exécutif. Le Dr Poisson est également actif au sein de l'Association des médecins microbiologistes et infectiologues. Il en est le vice-président et il en a déjà été le trésorier. Il a aussi été chef de département à l'Hôtel-Dieu. Ensuite, on a assisté à la naissance du CHUM. Alors qu'il était roi dans son royaume, il est devenu valet dans un empire. Le CHUM est arrivé avec ses difficultés. "Je ne suis pas contre le CHUM, dit le Dr Poisson. C'est plutôt contre la manière de faire. Tout le monde s'acharne sur l'Hôtel-Dieu. On veut fermer l'établissement, et de notre côté, nous nous battons pour sauvegarder un milieu de soins de qualité. Le financement du nouveau CHUM pose des interrogations. Il n'y a pas si longtemps, les trois établissements qui composent le CHUM comptaient 1 800 lits. Actuellement, le CHUM en compte 1 200 et on parle d'environ 800 dans le nouvel hôpital. Donc, une perte nette de 1 000 lits. Pour l'instant, on comble les trous, mais c'est difficile. Le tissu d'un hôpital comme l'Hôtel-Dieu est tricoté très serré. On enlève une maille et c'est le début de la fin. C'est le danger, et c'est ce que les gens du Ministère n'ont jamais compris. Ils ne voient pas que ça prend des générations pour construire de telles équipes médicales. Ils ne savent pas ce qu'ils sont en train de détruire juste pour une question d'argent.
"La gériatrie n'existe plus en tant qu'unité permanente. Elle a été transférée à Saint-Luc. La néphrologie est en difficulté. La chirurgie générale également. Beaucoup de chirurgiens ont quitté. Il y en a au moins deux qui se sont exilés aux États-Unis, un à New York et l'autre à Philadelphie, des chirurgiens qui pratiquent la laparoscopie, d'excellents chirurgiens généraux. D'autres, en oncologie, sont partis à Charles-LeMoyne. En microbiologie, tous les médecins sont encore sur place. Cette équipe comprend les Drs Richard Morisset, Carlos Véga, Denis Phaneuf, Émile Thomas, Grégoire Noël, Louise Labrecque et moi-même. Dans ce contexte, il faut se rendre compte que le recrutement est très difficile. De plus, le CHUM, c'est le centre de l'Université de Montréal. Il devrait être le site privilégié de formation des résidents, et les professeurs devraient bénéficier des avantages inhérents à ce statut. Or, l'Université est pauvre. L'enseignement, à de rares exceptions près, c'est presque du bénévolat.
"Qui plus est, une grande partie de l'équipement médical dans nos hôpitaux est à renouveler, souligne le Dr Poisson. Les médecins du CHUM, au début de la fusion, ont demandé 50 millions $ en équipement. Le gouvernement leur a offert 2 millions $. On assiste à la décrépitude du parc technologique hospitalier. Le CHUM devrait être la vitrine du réseau de la santé. À Sainte-Justine, les médecins ont dit : "Avec les budgets que l'on a, il ne sera plus possible de faire de greffes de foie ni de greffes de moelle." Il faut que les gens sachent qu'il n'est plus possible de rendre les services. Le Ministère doit en porter l'odieux et non les médecins."
La microbiologie sur la sellette
Où en est-on en microbiologie? "L'Organisation mondiale de la santé considère qu'au cours des vingt prochaines années, les grands problèmes en médecine en seront de maladies infectieuses. La résistance aux antibiotiques prend des proportions inquiétantes, résistance due, entre autres, à l'effet de la surutilisation et de la mauvaise utilisation des antibiotiques. Il faudra développer de nouvelles stratégies, de nouvelles armes contre les microbes." Le Dr Poisson préconise une stratégie d'intervention auprès des médecins. "Il faut donner aux médecins de l'information académique sur les médicaments, pour les rendre critiques, pour leur apprendre à mieux juger et à mieux utiliser les produits pharmaceutiques. Je siège à un comité provincial, présidé par le Dr Michel Bergeron de Québec, qui se penche justement sur la question. Les compagnies pharmaceutiques participent à ce comité et se disent prêtes à soutenir cette action. Elles veulent que leurs produits soient utilisés à bon escient.
"Ce qui devra changer avec les années, c'est la perspective que l'on a du monde microbien, souligne le Dr Poisson. Les microbes sont essentiels à notre survie. Ils font partie de notre flore. Il faut considérer que nous sommes dans un écosystème. Les bactéries s'adaptent. Elles apprennent à survivre. Il va falloir apprendre à mieux vivre en harmonie avec elles. Elles sont essentielles à notre survie et elles ont besoin de nous également. Il est certain qu'il existe aussi des bactéries pathogènes, mais elles ne représentent que 5 % de toutes les bactéries. Environ 95 % d'entre elles sont bénéfiques et même essentielles à notre survie. La flore intestinale, par exemple, nous aide à digérer. Les bactéries produisent des antibiotiques. Exemple : la pénicilline. Elles sont parfois délétères et invasives. Il faut combattre celles-là, mais non pas celles qui nous sont bénéfiques. Il faut même éviter de les détruire quand il n'est pas utile de le faire. Pourquoi utiliser les antibiotiques dans de telles proportions dans le secteur agro-alimentaire? Pour faire engraisser plus vite porcs, vaches et poulets? Quelles en sont les conséquences? Une prise de conscience internationale est en train de prendre forme. La maladie de la vache folle découle de certaines pratiques agro-alimentaires délétères. Des législations coercitives apparaîtront si les gens ne se disciplinent pas."
Une nouvelle grippe espagnole
La résistance aux antibiotiques apporte son lot de problèmes. "La prochaine pandémie d'influenza, attendue entre 2007 et 2017, pourrait faire autant de victimes que la grippe espagnole de 1916, qui avait décimé 40 millions de personnes. Cette épidémie nous pend au bout du nez, dit le Dr Poisson. On est certain qu'elle va arriver. Le virus modifie sa structure génétique à chaque génération. Quand il frappe des populations qui n'y ont jamais été exposées, c'est l'épidémie dévastatrice. Cette dernière s'abattra sur nous à moins de développer une nouvelle génération de vaccins. Il faut s'y préparer. On n'a rien réglé en matière de pandémie d'influenza. D'autres virus très importants, comme celui de l'herpès, sont également en train de muter et le sida n'est pas enrayé."
Mais la vie continue
Pour le Dr Poisson, la vie commence à 50 ans. La perspective de la retraite n'existe pas pour lui. "Je suis en selle pour les prochains vingt ans, dit-il. Je pense que l'évolution de la médecine sera encore plus intéressante qu'elle ne l'a été durant les dernières années." Le Dr Poisson est également un grand pêcheur devant l'Éternel, un pêcheur de saumons. Il en a pêché de beaux - 25 livres - dans la rivière Ste-Anne, à Ste-Anne-des-Monts en Gaspésie. Et... ce ne sont pas des histoires de pêche! Il aime également chasser le chevreuil. Il est d'ailleurs allé une fois à l'île d'Anticosti, qu'il a trouvée magnifique.]