Le Dr Jean-Pierre H. Côté
Parution: mars 2002

Un homme de vision
par Danielle Lapointe


Dans sa clinique, créée en 1998, le Dr Jean-Pierre H. Côté se consacre à la neurologie générale, au traitement de la sclérose en plaques et de la migraine, en plus d'y tenir un laboratoire de neurophysiologie. Les patients de la clinique sont très satisfaits. On n'y voit pas de longues files d'attente comme dans les centres hospitaliers. Il n'y a pas de délais interminables avant de recevoir les résultats d'examens. Ceux-ci peuvent être communiqués aux différents médecins traitants dans un délai de 48 heures plutôt que de trois semaines ou plus comme cela a cours en milieu hospitalier. Le Dr Côté a fait appel à une équipe de spécialistes en informatique, Vigiesoft. Ensemble, ils ont conçu un logiciel - Charcot - qui permet d'établir le profil de patients atteints de sclérose en plaques et de suivre de façon systématique l'évolution de cette maladie. Ces données sont précieuses et pourraient en plus servir dans le cadre d'éventuelles recherches cliniques.

L'environnement physique de la clinique, même s'il est sobre, diffère grandement de celui que l'on retrouve en milieu hospitalier. Que ce soit au niveau des couleurs pastel qui couvrent les murs ou de l'attitude du personnel, tout concourt à rendre agréable la visite des patients. « La qualité des soins représente pour moi une priorité absolue », dit le Dr Côté. Il met l'emphase, entre autres, sur l'éducation des patients et prend le temps de répondre à leurs questions. Pour lui, il est important que les patients connaissent leur maladie. « Les patients atteints de sclérose en plaques, dit-il, sont généralement bien informés au sujet de leur maladie. Ils naviguent sur Internet. Mon rôle est de leur confirmer ou non cette information. Que les patients soient bien informés ne rend pas notre rôle en tant que médecins moins intéressant. Au contraire, cela nous permet de relever de nouveaux défis. Il arrive que l'on ne connaisse pas les réponses aux questions posées. Je pense qu'il faut demeurer humble et tout simplement faire les recherches requises. Les gens ne s'attendent pas à ce que nous soyons omniscients. Ils tiennent par contre à ce que nous leur donnions les meilleurs soins possible et que nous soyons empathiques. Pour ma part, je suis à l'écoute des gens et j'ai une clientèle qui semble apprécier cette approche. »


Le Dr Jean-Pierre H. Côté

À cet égard, le Dr Côté prépare actuellement un deuxième colloque d'information sur la sclérose en plaques, spécialement conçu pour le grand public. L'an dernier, plusieurs centaines de personnes avaient assisté à un premier colloque. Un questionnaire servant à mesurer la satisfaction des participants avait démontré sans équivoque que l'on devait répéter annuellement ce colloque d'information.

Dès sa plus tendre enfance, le Dr Jean-Pierre H. Côté savait qu'il voulait devenir médecin. Déjà, il était très curieux et impatient d'apprendre. Ses parents l'ont inscrit à l'école privée afin qu'il puisse commencer son apprentissage scolaire avant l'âge de 6 ans. Issu d'une famille de sept enfants, le Dr Côté est natif d'Asbestos. Son père était concierge dans une école - il gagnait 30 $ par semaine à l'époque - et sa mère demeurait à la maison pour s'occuper de sa nombreuse famille. Jean-Pierre H. Côté, malgré les difficultés, a réussi à atteindre ses objectifs et à affirmer son leadership d'une façon extraordinaire dans la vie.


"Les gens ne s'attendent pas à ce que nous soyons omniscients. Ils tiennent par contre à ce que nous leur donnions les meilleurs soins possible et que nous soyons empathiques."
- Dr Jean-Pierre H. Côté

À 8 ans, il décide de faire de la musique et d'apprendre à jouer de la trompette, ce qui étonne puisque la majorité des gens à l'époque optaient pour la guitare ou le piano. Il décide de devenir enfant de choeur pour défrayer le coût de ses cours, car ses parents n'avaient pas les moyens de lui offrir cette formation. Jean-Pierre H. Côté a joué de la musique de façon intensive jusqu'à sa deuxième année de médecine. Il a d'ailleurs enseigné la musique pendant quelques années. « C'est un élément essentiel de ma vie », dit-il.

À l'Université de Sherbrooke

Le Dr Côté a entrepris son cours classique parce qu'il considérait qu'il s'agissait de la meilleure formation pour postuler en médecine. À 16 ans, il quitte Asbestos pour entreprendre ses études collégiales au cégep de Sherbrooke. Rien ne pouvait l'arrêter, ni les périodes maigres, ni le déracinement. En 1972, à l'âge de 19 ans, il est admis à la faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke, qui avait alors accepté 64 candidats sur 2 000 postulants. Plus jeune que la moyenne de ses collègues de classe, il était le seul d'Asbestos. Alors qu'il n'avait jamais eu à vraiment étu-dier auparavant, il a constaté qu'à l'université la compétition était forte et qu'il ne pouvait se dispenser d'études assidues.

Dès les débuts de sa formation médicale, il sait qu'il veut devenir neurologue. Il a eu comme modèle le Dr Jean Reiher, dont le charisme, la vivacité d'esprit et la volonté de s'attaquer au développement de la neurologie ont fasciné le Dr Côté. Le Dr Reiher faisait alors figure de pionnier en apnée du sommeil et dans bien d'autres champs de la neurologie. Il formait ses résidents dans le but qu'ils deviennent des neurologues de premier plan. La barre était haute et c'est ce qui a attiré le Dr Côté d'une certaine façon : il y avait certainement là un défi de taille.

Le Dr Côté n'avait jamais envisagé autre chose que la médecine comme choix de carrière. Aussi a-t-il été très heureux d'obtenir son diplôme et de pouvoir débuter sa résidence en neurologie. Il trimait dur et voulait être à la hauteur. Mais les hautes cimes du savoir sont plus faciles à contempler qu'à conquérir. Il y avait les gardes constantes. En quatrième année de résidence, la réalité le rattrape; il n'en peut plus et veut prendre une année sabbatique. Il a 26 ans. Le Dr Reiher, qu'il informe de ses intentions, marque son désaccord, estimant que le jeune résident est bien capable de terminer d'un trait sa résidence. Envers et contre tous, le Dr Côté décide de prendre une année sabbatique. « J'avais l'impression que par rapport à tous mes amis, j'étais bien en retard. Je possédais une auto depuis peu, je n'avais jamais voyagé, je travaillais continuellement et j'étais épuisé. »

Il offre à des collègues d'Asbestos de faire du remplacement temporairement, ce qu'ils acceptent volontiers. À cette époque, le Dr Côté en profite pour voyager. Il se rend à la Barbade, au Brésil, en Guadeloupe, en Espagne, en Californie et autres. Un an plus tard, il appelle le Dr Reiher et lui dit tout de go : « Je reviens. » « Parfait, lui répond le Dr Reiher, nous t'attendons. » La première journée, on l'assigne de garde... Comme résident IV, il collabore à un projet de recherche sur les apnées du sommeil, un thème novateur en 1980. À la même époque, les Drs Léon Lapointe et Albert Lamontagne lui font connaître l'électromyographie (ÉMG).

La pratique médicale

Le Dr Côté accepte un poste à l'Hôtel-Dieu de Sherbrooke, où il avait fait partiellement sa formation. Il y travaille deux ans, puis accepte un poste à Trois-Rivières. On le retrouve en 1985 au Centre hospitalier de Verdun. Malgré une charge de travail très lourde, le Dr Côté qualifie d'extraordinaire son séjour d'un an en ces lieux.

À l'automne 1986, il se voit offrir un poste de neurologue spécialisé en ÉMG à l'hôpital du Sacré-Coeur de Montréal. Le Dr Côté y a oeuvré pendant douze ans. Il y a développé, entre autres, des compétences particulières dans le traitement des polyneuropathies diabétiques, la migraine et la sclérose en plaques. Arrivent les compressions budgétaires et leur lot de déconvenues. Le Dr Côté en vient à ouvrir un laboratoire d'ÉMG et de potentiels évoqués tout près de l'hôpital. Puis, en 1998, il décide de mettre sur pied une clinique spécialisée dans le traitement de la sclérose en plaques. Il présente un solide plan d'affaires pour obtenir du financement, et démissionne de son poste à l'hôpital. « C'était une décision d'affaires. Rien à voir avec celles que j'avais prises auparavant. Je me suis présenté avec un plan d'affaires et des données bien précises. »

Actuellement, environ 270 patients fréquentent la clinique, qui a pris un essor considérable depuis son ouverture. « À 5 ans, dit le Dr Côté, je savais ce que je voulais faire dans la vie et aujourd'hui encore, je sais où je m'en vais. Je pense qu'il faut valoriser la médecine en dehors des hôpitaux. Il existe très certainement de nombreux confrères, tout aussi compétents que moi dans leur domaine, qui étouffent littéralement dans les hôpitaux, coincés dans un système qui ne fonctionne pas. Les patients consultent les médecins là où ils pratiquent. Il y a de nombreux champs de spécialisation qui se prêtent bien à une pratique hors des hôpitaux. Pourquoi, par exemple, traiter la migraine à l'hôpital? À notre clinique, nous pouvons le faire tout aussi bien. »

Le retraite n'est certes pas pour demain pour le Dr Côté. Il entend continuer à faire croître sa clinique et espère convaincre d'autres médecins de se joindre à lui éventuellement. Retournerait-il dans le milieu hospitalier pour y pratiquer sa spécialité? « J'y retournerais effectivement, dit-il, à tout le moins à temps partiel, si j'avais l'impression de faire quelque chose de nouveau. Si on me propose un défi stimulant, j'y consacrerai une partie de mes énergies. Mais je ne retournerais pas travailler dans un hôpital pour faire moins qu'ici. »

Outre la médecine et la musique, le Dr Côté a une autre passion. Lors d'un voyage à Scottsdale, en Arizona, il est tombé en amour avec la culture du sud-ouest américain, plus particulièrement avec celle des Navajos. De magnifiques toiles ornent les murs de son bureau, évoquant son attrait pour ces indiens d'Amérique, dont la philosophie de vie repose sur la sagesse des Anciens. Le Dr Côté est retourné une quinzaine de fois en Arizona et au Nouveau-Mexique. Un peu comme sa clinique, sa demeure est décorée selon le style South-West, dépouillé et lumineux à la fois. De plus, le Dr Côté adore la cuisine de cette région. « Ce qui m'a attiré, dit-il, c'est le calme, le désert, la luminosité, mais surtout la culture des gens de cette région, peu connue chez nous. La musique nouvel-âge origine de cette région. » ]