Mot du président
Parution: mai 2002

Depuis quelques décennies, nous assistons au phénomène de la mondialisation. À une cadence accélérée, la planète prend les allures d'un immense village. Les modes de communication se multiplient, se concurrencent et transmettent les images des uns et des autres aux quatre coins du globe. Comme le mentionne Françoise Giroud dans un récent ouvrage, ces images étonnent souvent les plus choyés de la Terre et suscitent l'envie des plus dépourvus. Beaucoup découvrent des peuples dont ils ignoraient l'existence même et ils prennent douloureusement conscience des conséquences du partage des terres, du découpage des frontières et des richesses amassées à la suite des grands conflits du siècle dernier.

Pour quelques instants, notre attention est captée

Aujourd'hui, il est facile de se déplacer partout dans le monde. Les frontières sont repoussées et les échanges vont sans cesse croissant. Cette ouverture a conduit à une remise en question des questions existentielles, dont on croyait, pourtant, la cause entendue. À ce chapitre, la santé occupe une place centrale. Un conflit éclate et voilà que notre attention est captée pendant quelques jours, quelques semaines. Des organismes comme Médecins du monde et Médecins sans frontières naissent et se développent.

Aujourd'hui, l'Association reçoit trois médecins qui sont allés en Afghanistan et qui partagent avec nous le regard qu'ils en ont. D'emblée, ils nous mettent en garde contre les préjugés. Pour eux, l'urgence d'agir ne fait aucun doute. En Afghanistan, les soins de santé font cruellement défaut. Pour des considérations sociales et culturelles, les femmes et les enfants en sont particulièrement privés. Ces médecins québécois qui se sont rendus en terre afghane, mus par une vive conscience sociale, favorisent une véritable compréhension entre les nations. Ce sont des agents privilégiés de l'aide humanitaire et ils nous disent combien il est risqué, pour les nantis que nous sommes, de fermer la porte et de nous barricader derrière notre opulence.

Une humanité mal engagée

Il n'est ni possible ni souhaitable que nous partions tous en mission. Toutefois, nous espérons que cette page permettra - à l'instar de ces ambassadeurs courageux, enthousiastes et passionnés - une prise de conscience collective et un engagement certain. En prenant, par exemple, quelques précieux instants de notre vie trop occupée pour réfléchir aux causes profondes de ces injustices criantes que sont la pauvreté, l'augmentation de l'écart entre les riches et les pauvres, l'exploitation éhontée de nombreuses populations, les guerres (qui ne sont plus aussi lointaines qu'on le croyait), etc.

Prêter attention à leurs propos

Ayant eu le privilège de fréquenter cette région dont nous parlent nos invités, ayant été sensibilisé par les responsables de l'Unesco présents sur les lieux à l'impact de nos comportements sur l'environnement, je nous invite à prêter attention à leurs propos. L'érosion des sols afghans, la sécheresse, la rareté et la piètre qualité de l'eau, l'effet de serre et le gaspillage énergétique menacent la santé de la Terre, tout comme celle des peuples qui l'habitent. Nous sommes tous concernés. Quand allons-nous nous sentir interpellés ? Solidarité, coopération internationale et réciprocité sont au coeur du défi : habiter la Terre ensemble.

L'Afghanistan est une région où sévit la désertification. La famine décime la population afghane - comme ailleurs dans le monde - plus que toutes les autres calamités réunies. « Le peuple afghan récolte, à l'heure actuelle, ce que nous avons semé dans nos sociétés de consommation, dit le Dr Couture. Chaque fois que je prends ma voiture, je pense à ce qui se passe en Afghanistan. »

Des questions pertinentes

Nous, Occidentaux, devons véritablement remettre en question nos habitudes de consommation. Sur le plan mondial, l'environnement s'est imposé comme un thème majeur depuis 30 ans. Quand toutes nos actions seront enfin respectueuses des hommes et de l'environnement, quand nous aurons réussi à mater le côté obscur de l'argent et l'absence d'âme qu'il inspire, alors les rapports entre les nations riches et les nations pauvres seront durablement modifiés. « La solution que j'entrevois, souligne le Dr Delev, c'est la démocratie. Il faudrait accepter d'aller dans le sens de la démocratie, et ce, même si cela allait à l'encontre de nos intérêts économiques. »

N'y aurait-il pas lieu de privilégier une économie de partage plutôt qu'une économie du profit ? La situation de pays tels que l'Afghanistan pose la question éthique de la lutte contre la pauvreté, l'analphabétisme, l'injustice, la famine et la soif. Les principaux termes d'un débat mondial sont posés. Cela concerne également la médecine. Que l'on pense à la pollution, à la consommation, à la croissance démographique, à l'épuisement des ressources et au déséquilibre des écosystèmes !

Souhaitons que nos cartes à puce témoigneront aux générations futures de nos prises de conscience et de nos progrès collectifs.]

Jean Léveillé, MD