| Mot du président |
Parution: août 2002
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Un jour, animés d'espoirs infinis, nous sommes devenus étudiants en médecine, puis résidents et, enfin, médecins. S'émerveiller de voir naître un petit être plein de vie, recevoir les confidences que suscitent la maladie et ses souffrances, accompagner la personne mourante sont autant d'expériences qui s'inscrivent profondément en nous. On cherche la cause de telle ou telle pathologie, on accroît l'éventail de ses connaissances, on consulte la documentation et les experts pour mieux contrer l'ennemi aux ruses infinies, ou, du moins, pour tenter d'en soulager les manifestations douloureuses et handicapantes. Inévitablement, pourtant, survient cette première fois, ce difficile moment où il faut admettre son impuissance, se résigner et accompagner - du mieux possible - le patient dans son désarroi. Alors, se bousculent les interrogations, les doutes et les remises en question. |
Témoignages et réflexions
Ces questionnements font partie intégrante de la pratique médicale de nos trois invités. Qui un deuil, qui l'accompagnement d'un patient en phase terminale, qui la quête du sens de la vie, tous trois ont été appelés à toucher à l'essence de l'être.
Leurs propos nous disent la vacuité du seul matérialisme, qui obsède tant notre époque, et nous invitent à la réflexion, certes, mais, surtout, ils nous amènent à mesurer l'importance de l'écoute. Ce pressant besoin qu'a l'être fragilisé (et bien d'autres) de trouver une oreille attentive qui sache entendre le récit de sa propre vie ne doit pas être tenu muet.
La foi et la philosophie amènent l'individu et la société à s'interroger sur le sens et le bien-fondé des décisions médicales. Souvent, elles délimiteront la frontière entre le raisonnable et l'abusif, elles inciteront à reconnaître les limites de la science sans sombrer dans un désespoir dévastateur.
Avoir soi-même franchi certaines étapes
Pour pouvoir aider son patient à surmonter la peur, la souffrance et le sentiment d'abandon, qui sont particulièrement présents en fin de vie, il faut avoir soi-même franchi certaines étapes. Ce n'est qu'alors, nous disent nos invités, que l'accompagnement peut se faire dans le respect des croyances et des négations du patient et de ses proches, et qu'il peut aider à accepter l'inévitable séparation. Cette étape essentielle vise à favoriser l'apaisement et à guider vers une certaine sérénité. Même l'athée bénéficie de cette présence empreinte d'humanisme et de spiritualité.
Les Drs Ayoub, Des Marchais et Jutras accueillent beaucoup de leurs patients. Ils ne soignent pas que le corps. C'est à leur humanité qu'ils s'adressent. De là, une relation riche du respect de l'autre, d'une compréhension mutuelle et d'un partage hors du commun. Ils insistent sur l'importance de maintenir un équilibre physique, psychique, émotionnel et spirituel dans cette aventure où le visible et l'invisible sont si étroitement liés.
Dans cette page, il est fait mention de la pertinence que les facultés de médecine se penchent sur l'importance d'intégrer dans leur programme des cours dont l'objectif serait de sensibiliser les futurs médecins à l'humanisme en médecine, avec tout ce que cela comporte. Car la spiritualité est beaucoup plus qu'une simple question de bioéthique. Ce souci de la nécessité d'une formation humaniste en médecine surgit au moment même où des foules considérables de jeunes enthousiastes viennent de se rassembler autour d'un pape affaibli pour célébrer leur propre engagement spirituel. Le contraste surprend et mérite qu'on s'y attarde.]
Jean Léveillé, MD
Président de l'AMLFC