| Le Dr Luc Gilbert |
Parution: septembre 2002
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Se réaliser chaque jour |
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Le Dr Luc Gilbert est devenu médecin presque par hasard. Les plans de carrière, ce n'est pas pour lui. Il préfère s'adapter aux situations qui surviennent et à la réalité de l'existence qui se vit au quotidien. Ceci représente pour lui la meilleure des occasions pour se réaliser. Il existe chez lui un besoin intense de communiquer, de relier, de globaliser et de rassembler qui débouche sur un savoir-faire pragmatique, concret et - surtout - humain. L'optique du Dr Gilbert est de favoriser le regroupement, la concertation et la participation. C'est ce qui a caractérisé sa pratique médicale dans la spécialité qu'il a choisie : la psychiatrie. Comme chef de département, il a été un de ceux qui ont contribué à moderniser la psychiatrie à l'hôpital Sainte-Croix de Drummondville, qui s'est retrouvé ponctuellement, au cours des années, en pénurie sévère de ressources médicales, misant de ce fait sur une structure participative. La qualité de vie et la qualité des soins pour ses patients sont primordiales pour le Dr Gilbert. |
![]() Le Dr Luc Gilbert |
Selon lui, la médecine est d'abord une question de santé plutôt que de maladie. Les personnes qui le consultent sont pour lui des personnes vivant dans une famille, dans une communauté et dans un environnement socio-économique. Il a participé à la mise sur pied des ressources qui permettent aux personnes aux prises avec une problématique de santé mentale de vivre en société, de s'y développer et de s'y épanouir en autant que faire se peut. Il a favorisé le décloisonnement des services en psychiatrie à l'hôpital Sainte-Croix et l'ouverture sur la communauté.
Dans ce contexte, il estime que l'enseignement est primordial pour renforcer l'efficacité des interventions dans une perspective de promotion de la santé.
Il offre de la formation aux médecins omnipraticiens de l'hôpital et aux infirmières, aux intervenants du CLSC et aux nombreuses ressources communautaires de la région, avec qui il entretient une excellente relation. Il vise à ce que les capacités des différents professionnels soient valorisées, les compétences renforcées et l'action concertée. « On essaie de faire un suivi adéquat et d'éviter le phénomène de la porte tournante », dit-il.
Le Dr Gilbert ne se laisse pas guider par d'autres considérations que son éthique professionnelle dans sa pratique médicale. La qualité des soins, dans son optique, ça veut aussi dire que l'on accorde à la personne qui consulte le temps requis pour l'aider véritablement. « Pour moi, donner des services de qualité est une priorité absolue. Voir un patient à la sauvette, ce n'est pas pour moi. Il reste que c'est un choix personnel. À mon avis, il est préférable de voir moins de gens et d'être satisfait du travail que l'on accomplit. En psychiatrie, quand les patients consultent, ils sont généralement en détresse et ont besoin d'être écoutés. Je ne peux quand même pas leur dire que je n'ai que quinze minutes à leur consacrer. Je me refuse à me soumettre à cette dérive de ma pratique pour des considérations purement économiques. Il y a des conséquences personnelles à transgresser continuellement les valeurs auxquelles nous croyons et de contraindre ce que nous sommes intimement. Je serais le premier à en souffrir. »
De la biologie à la médecine
Avant d'entrer à l'université, Luc Gilbert résidait dans la ville de Chicoutimi. En 1980, il débute un baccalauréat en biologie à l'Université de Sherbrooke. Il est sensibilisé assez rapidement à ce qu'il appelle la « jungle de la recherche ». Il n'était pas très à l'aise dans cet environnement caractérisé par son extrême compétitivité et l'obligation de jouer du coude pour y faire sa place. Entre la deuxième et la troisième année de son baccalauréat, il part pour l'Europe, sac au dos pendant neuf mois, histoire de se changer les idées. Il revient et termine son baccalauréat. Il retourne ensuite à Strasbourg, en France, dans le cadre d'un programme de recherche. À Mirabel, avant son départ, il avait posté deux documents : une demande d'entrée en médecine et une demande pour une bourse de recherche du FRSQ, lui permettant de poursuivre sa maîtrise en biologie. De retour, quatre mois plus tard, il constate que ses deux demandes ont été acceptées. C'est alors qu'il décide de bifurquer vers la médecine. Après plus de vingt ans, il affirme qu'il n'a jamais regretté son choix.
De première en première
1984 marque le début de ses études de médecine. Il a beaucoup aimé le groupe dans lequel il s'est retrouvé, constitué principalement d'étudiants ayant déjà un bagage universitaire, tout comme lui. Il a vécu les balbutiements de l'apprentissage par problèmes à l'Université de Sherbrooke. Trois ans plus tard, on implantait de façon plus systématique cette forme d'apprentissage. Le Dr Gilbert a eu le loisir d'expérimenter cette formule, mais en définitive, 90 % des cours étaient encore des cours magistraux au moment où il a fait ses études de médecine. Luc Gilbert et une vingtaine d'autres étu- diants avaient développé un système assez ingénieux. Un étudiant du groupe assistait aux cours et prenait des notes, qu'il transmettait ensuite à ses collègues. Donc, chacun n'assistait aux cours qu'une fois sur vingt. « Ça a été très agréable, dit -il, et cela m'a permis de faire beaucoup de sport. Quand on assistait aux cours, c'était pour le plaisir, pour écouter les professeurs qui étaient intéressants. Quand c'était ennuyant, on n'y allait pas. »
Alors qu'il poursuivait ses stages dans différents hôpitaux du réseau universitaire de Sherbrooke, deux spécia-lités l'ont attiré. Son premier choix était la psychiatrie. Mais comme il aimait également la chirurgie, il a choisi de faire tous ses stages électifs (en quatrième année) en chirurgie, histoire d'éprouver son choix de la psychiatrie. « J'appréciais l'aspect technique de la chirurgie, dit le Dr Gilbert. Mais l'aspect interrelationnel n'était pas suffisamment développé à mon goût. » Il ne voulait pas passer à côté de tout le reste. Il revient donc à la psychiatrie. Il poursuit ses stages, principalement au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke, à l'Hôtel-Dieu de Sherbrooke et à l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul. Il ira un an à l'hôpital Sainte-Croix de Drummondville également. Puis, sept mois à l'institut Philippe-Pinel. Il y découvre des professeurs extraordinaires et une rigueur exceptionnelle.
S'il a été un des premiers à faire l'expérimentation de l'apprentissage par problèmes, il est aussi un des premiers pour lesquels le programme de formation en résidence a été de cinq ans plutôt que de quatre ans. À cette époque également, la décision a été prise de n'accorder le permis de pratique qu'à la fin de la formation en spécialité plutôt qu'à la fin de la formation générale en médecine.
Son choix : Drummondville
Ayant obtenu son diplôme, le Dr Gilbert choisit de pratiquer à l'hôpital Sainte-Croix de Drummondville. Il résidait déjà dans cette ville depuis 1990. Sa jeune épouse y exerçait aussi la médecine générale, avec obstétrique. Le Dr Gilbert devient rapidement chef de département. Fait assez inusité, ses tâches administratives ont débuté en janvier 1993 alors qu'il n'a débuté sa pratique qu'en juillet 1993. Le Dr Gilbert ne craint pas les défis. En effet, à son arrivée, il n'y avait que deux psychiatres (il y en avait déjà eu huit) à l'hôpital Sainte-Croix. Drummondville est une région intermédiaire qui vit des problèmes cycliques très importants en ce qui concerne les ressources médicales. Le principal défi était donc de recruter des psychiatres et de leur assurer un milieu de pratique suffisamment stimulant pour qu'ils acceptent de demeurer sur place. Le Dr Gilbert l'a relevé ce défi et quatre ans plus tard, en 1997, l'hôpital comptait six psychiatres.
Équilibre précaire cependant. En 1998, il se retrouve tout seul pendant un an. Durant cette période, le Dr Gilbert a été de garde cinq jours par semaine. Il a tenu le coup grâce à l'excellente collaboration qui règne entre les spécialistes et les omnipraticiens qui ont une excellente formation en psychiatrie. « Les gens devaient tous mettre l'épaule à la roue », dit le Dr Gilbert. Par la suite, deux des psychiatres qui avaient quitté sont revenus. Et une pédopsychiatre a été recrutée.
La région de Drummondville se situe dans une zone intermédiaire, coincée entre les grands centres urbains et les régions plus éloignées. « Des régions comme celles de Sept-Îles et de Rivière-du-Loup sont mieux nanties. Il est plus difficile pour nous de recruter des médecins et plus encore de jeunes résidents. De leur côté, les médecins plus âgés prennent leur retraite. Il n'y a donc pas de relève et nous ne prévoyons pas qu'il y en aura. Quand je suis arrivé en 1993, j'avais des attentes qui étaient beaucoup plus optimistes. On s'est aperçu avec le temps que même si l'hôpital Sainte-Croix est un centre d'enseignement, les résidents accusent une nette tendance à choisir la grande ville ou les régions très éloignées, car les conditions de travail y sont meilleures. Les régions intermédiaires sont réellement désavantagées. »
Et l'avenir de la psychiatrie?
La psychiatrie à l'hôpital Sainte-Croix a complètement changé de visage depuis huit ans. Le Dr Gilbert, avec courage et persévérance, a opéré une véritable modernisation des services psychiatriques dans cet établissement et s'est assuré que les changements aient cours également au niveau organisationnel. Premièrement, il y a instauré une philosophie de travail d'équipe. Il a voulu que l'institution soit au service du patient et non l'inverse. Puis, la psychiatrie hors murs a fait son apparition. Il s'est attelé à la tâche de déterminer quels étaient les vrais besoins et de quelle façon les satisfaire.
Des ressources à domicile ont été mises à la disposition des personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale. Mais pas suffisamment, selon le Dr Gilbert. Il y a encore beaucoup à faire. La santé mentale n'est pas que l'absence de pathologie mentale. Cela regroupe aussi tout ce qui a trait aux problèmes sociaux, économiques, de déracinement, de bris de la cellule familiale, à la détresse, au désespoir, à l'isolement, à la violence familiale, à l'épuisement moral, au rejet, à l'intolérance, au vieillissement, à l'inceste, à la dépression, à l'alcoolisme, aux séparations, au chômage, au manque de confiance en ses propres capacités.
Pour répondre adéquatement aux besoins, il faudrait qu'il y ait au moins dix psychiatres à l'hôpital Sainte-Croix, mais cet objectif n'a jamais été atteint. Un protocole d'entente a été signé il y a un an environ avec d'autres hôpitaux de la région des Blés d'Or (Bécancour, Trois-Rivières, Nicolet et Drummondville) afin d'établir un corridor de services en santé mentale. Cette entente a permis que l'hôpital Sainte-Croix offre des services en santé mentale à quelque 90 000 personnes.
L'hôpital Sainte-Croix dispose maintenant d'une clinique de pédopsychiatrie. Le Dr Gilbert ambitionne de mettre sur pied une clinique pour venir en aide aux familles dont certains membres sont en difficulté. Il souligne également que la problématique de l'hébergement demeure très importante, notamment pour les jeunes toxicomanes. Le Dr Gilbert s'implique beaucoup dans la formation aux professionnels de la santé dans ce domaine, que ce soit à Drummondville, à Victoriaville ou à Trois-Rivières. On le retrouve entre autres au centre Domrémy.
Même s'il a eu des offres d'autres régions, le Dr Gilbert n'envisage pas de quitter Drummondville. Il estime que cette municipalité offre un cadre idéal pour y élever ses enfants. « C'est une des seules régions en croissance au Québec, sur le plan démographique, dit -il. Nous nous retrouvons ici dans un milieu dynamique. De plus, nous pouvons facilement nous rendre à Québec comme à Sherbrooke, à Trois-Rivières ou encore à Montréal. Drummondville est une région centrale. » Le Dr Gilbert est père de trois enfants : deux garçons, une fille. Ses enfants font partie d'une équipe de soccer, dont il est l'entraîneur. L'hiver, la petite famille fait du ski et du tennis intérieur, entre autres. L'été, on prise le vélo et le golf. Pour le Dr Gilbert, la famille, c'est sacré. « Le jour où je n'aurai plus le temps de voir mes enfants, dit-il, il va falloir changer quelque chose. Je veux leur assurer une présence. C'est aujourd'hui - maintenant - qu'il me faut les accompagner. Quand ils seront plus âgés, on verra. »
Sur le plan professionnel, le Dr Gilbert est satisfait des défis qu'il a relevés à ce jour. « À Sainte-Croix, dit-il, j'ai tenté de redonner vie à un département qui était en voie de devenir moribond et d'en faire un lieu agréable pour les psychiatres et les omnipraticiens qui y oeuvrent. Il est important d'avoir du plaisir à travailler. » Le Dr Gilbert prépare la relève pour occuper le poste de chef du département. Il veut que son successeur dispose de tous les outils nécessaires à son arrivée. De son côté, il entend se consacrer davantage à l'expertise médico-légale, qu'il apprécie hautement. ]