| Mot du président |
Parution: novembre 2002
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«Du pain et des jeux! » ont réclamé de nombreuses civilisations, dont les excès ont généré d'innombrables maux qui les ont menées à leur perte. Rapidement, de nouvelles populations les ont remplacées en se glorifiant de tout réinventer, de pouvoir déjouer les pièges et traquenards auxquels les imprudentes générations précédentes avaient si facilement succombé. Alors ont suivi les interdits et les règles qui devaient servir de garde-fous à ces sociétés plus modernes capables de progrès et de développements sans limites. Inévitablement, les certitudes finissent par être remises en question et les prohibitions se métamorphosent en principes de libération et de progrès social. Mais tôt ou tard, infailliblement, les vieux démons réapparaissent. Comme le mentionne le célèbre scientifique Henri Laborit, « les victimes du mal de vivre deviennent multiples dans une société... qui sécrète toxicomanies, psychoses, névroses; dans une société productiviste; dans une société qui broie l'humain jusqu'au plus profond de ses pulsions inconscientes ». |
Aujourd'hui, l'Association vous invite à vous pencher sur le défi qu'est l'accompagnement du joueur compulsif. Les données recueillies sont effarantes, le problème social est immense. Le phénomène touche encore plus sournoisement les gagne-petits et les accros de vidéopocker. Que penser d'un État-Providence - celui du Québec - qui, pour éviter la faillite collective, ne saurait se passer des revenus engendrés par le tabac, l'alcool et le jeu? Devons-nous demeurer indifférents, en tant que défenseurs de la santé, devant les stratégies outrancières développées par les sociétés d'État?
Poussée à l'extrême, la victime est difficile à identifier. Elle ment à sa famille, à son thérapeute ou à d'autres pour dissimuler l'ampleur réelle de ses habitudes de jeu. Elle peut commettre des actes illégaux (falsifications, fraudes, vols ou détournement d'argent) pour financer la pratique de sa passion. Elle peut mettre en danger ou perdre une relation affective importante, un emploi ou des possibilités d'étude ou de carrière. Elle compte souvent sur les autres pour obtenir de l'argent et se sortir de situations désespérées.
Les médecins se doivent d'être en état de veille. Il faut être particulièrement attentif aux états anxieux et dépressifs qui peuvent cacher une dépendance au jeu. Il ne faut pas sous-évaluer l'ampleur, la complexité et la gravité de cette pathologie. Seulement pour l'année 1999, on a identifié 33 suicides directement reliés au jeu (selon un rapport du coroner en chef François Houle). Pour l'année 2000, on compte 20 suicides associés au jeu. Au 26 juin 2002, il y en avait 7 déjà. Quelques questions posées par le médecin de famille à son patient peuvent parfois faire la différence et permettre ensuite de référer une personne en difficulté à des ressources spécialisées qui pourront l'aider efficacement.
Il y a beaucoup de travail à abattre pour mettre en place un réseau structuré et intégré qui puisse vraiment aider ces gens. Il devrait exister davantage de ressources comme la Clinique du Nouveau Départ, qui entend réconcilier différents modèles de thérapie et qui intègre une approche reposant sur la biologie, la thérapie de la personnalité, le cognitif, la thérapie du développement, s'inspirant des théories de l'apprentissage et des modèles environnementaux. Toute société civilisée devrait être interpellée par le jeu et ses déviances. Ce débat concerne en particulier la profession médicale.
Après plus de deux ans d'écriture du mot du président, je désire remercier tous ceux et celles qui ont rendu cette page possible. Je souhaite à mon successeur, le Dr Wilhelm B. Pellemans, ce partisan du terme précis et juste, cet amant de la langue française, autant de plaisir que j'en ai éprouvé à commenter tous ces sujets. Je remercie le lecteur pour sa fidélité et son intérêt.]
Jean Léveillé, MD
Président sortant