| Mot du président |
Parution: avril 2003
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C'est la culture qui donne visage à un peuple. Elle véhicule ses motivations profondes, ses aspirations, ses normes et ses règles de conduite. Du passé au présent s'opère un passage continu d'objets de mémoire, d'expériences vécues. On pourrait même parler d'une transition métaphysique. En médecine, comme dans les autres secteurs de la vie, il est primordial de cerner notre réalité, de la situer dans son contexte pour définir l'amont et l'aval de ce que nous sommes. |
Connaître le passé nous permet de poursuivre notre quête en nous inspirant de nos prédécesseurs et de ne pas nous laisser porter par l'oubli ni la méconnaissance. Comme le disait Freud, l'inconscient est immortel et il en est ainsi de l'inconscient collectif. En nous appuyant sur notre histoire, nous saurons - souhaitons-le - prendre des décisions plus éclairées tout en respectant nos valeurs profondes et éviter que ne s'exprime un sentiment de vide et de désarroi face à l'avenir.
Nombreux sont les membres de la communauté médicale qui ont soif de connaître leurs racines, de renouer avec le vécu des médecins qui les ont précédés, ceux-là mêmes qui ont façonné la médecine francophone en Amérique du Nord, bref, de retourner aux sources. C'est ce qui en a poussé certains à s'intéresser davantage à la vie des médecins canadiens-français aux 17e, 18e et 19e siècles. Dans ce passé pas si lointain, qui a connu lui aussi son lot de conflits ethniques, religieux et nationaux, des milliers de gens ont éprouvé le besoin d'une solidarité nouvelle et d'une véritable justice.
Décanter notre héritage culturel et s'en inspirer est un choix avisé si l'on veut continuer d'améliorer la pratique médicale. Force est de constater que l'état du réseau de la santé nécessite des changements. Comment en sommes-nous arrivés là ? Est-ce que l'avenir se poursuivra dans cette foulée? Aurait-on pu, en regardant derrière soi, prévenir le coup ? Le fait est que le présent est porteur de l'avenir tout comme le passé l'était du présent. Prétendre agir sans prendre cela en considération serait illusion. L'histoire, en médecine comme ailleurs, a une étonnante capacité de rebondissement. Il y a celle qui, déjà, est derrière nous et celle qui est devant. C'est celle-ci qui est à faire et il conviendra de bien la faire.
Pour préserver ce précieux héritage, l'Association des médecins de langue française du Canada (AMLFC) a publié, à l'occasion de son centenaire, en 2002, le livre 100 ans de médecine francophone, qui relate l'histoire de l'Association. Comme l'a souligné le Dr Jean Léveillé dans la préface, l'AMLFC - témoin privilégié et, à bien des égards, unique de l'évolution de la communauté médicale française d'Amérique - a voulu partager les plus belles pages de son histoire. Renier nos racines serait pure folie. Elles sont notre force, notre richesse. Elles sont porteuses d'espoir. Les médecins ne doivent pas craindre de lever la tête bien haut pour défendre leurs valeurs et ce qu'ils sont devenus grâce à ceux et celles qui les ont précédés.
Pour en savoir davantage sur ces derniers, une visite au Musée des Hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Montréal est chaudement recommandée. Les Hospitalières ont réussi de façon remarquable à sauver de l'oubli une tranche de notre histoire d'une valeur inestimable, dont l'origine remonte à Jérôme Le Royer et à Jeanne Mance. Comme le disait soeur Payer, ce musée est pratiquement un miracle. On ne pourrait plus le refaire aujourd'hui dans le contexte que nous connaissons. Il représente un carrefour de l'Ancien et du Nouveau Monde. On peut y retracer le parcours des maladies contagieuses, des épidémies qui ont frappé notre population. Typhus, choléra, variole ont beaucoup occupé les médecins de l'époque. En 1800, on appliquait des ventouses et on saignait les malades. L'histoire de l'Hôtel-Dieu est indissociable de celle de la ville de Montréal ainsi que de ses médecins les plus illustres qui ont contribué à bâtir notre système de santé.]
Wilhelm B. Pellemans, MD