| Le Dr Simon Patry |
Parution: janvier 2004
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Fasciné par l'humanité de l'homme |
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Destiné à une carrière musicale, le Dr Simon Patry a pourtant choisi la psychiatrie. Il exerce actuellement au centre hospitalier Robert-Giffard (CHRG). « En fait, j'ai entrepris des études de médecine en même temps qu'une formation au conservatoire. Mais comme je supporte difficilement l'amateurisme, j'ai préféré opter pour la médecine. »Issu d'un milieu qu'il qualifie lui-même de modeste, le Dr Patry raconte que sa famille était très versée en matière de culture. On y discutait abondamment de philosophie et de musique. « Je me suis nourri de questions. L'atmosphère familiale a suscité chez moi le désir de trouver des réponses. Mais je ne crois pas que quiconque possède la vérité. Il en va de même pour la médecine, qui n'est pas statique. On ne peut jamais prétendre avoir découvert une solution et que le processus s'arrête. Nous apprenons de nos recherches, de nos études, qui à leur tour nous mènent vers des raffinements techniques, puis vers de nouvelles investigations. Nous vivons dans un perpétuel questionnement. |
![]() Le Dr Simon Patry |
« Les avancées, peu importe le domaine, sont le résultat tangible d'une motivation reliée à la frustration. Et, oui, il est frustrant de ne pas être capable de soulager le maximum de souffrances, malgré les progrès réalisés. L'esprit humain a ceci de particulier qu'il suggère l'infini, dans le petit comme dans le grand, et dans une gamme élargie de variations possibles. »
Le Dr Patry explique qu'il a préféré la psychiatrie à tout autre domaine de la médecine en raison du défi passionnant que représente l'humain dans l'homme. « La lecture de Freud, durant mes études, a constitué mon premier contact avec cette spécialité. J'ai été captivé par la psychanalyse et l'exploration des côtés obscurs humains. Je voulais surtout comprendre la mécanique. Être médecin suppose la volonté de guérir les autres, bien sûr. Mais c'est aussi, fondamentalement, mettre en actes sa propre peur de la mort, en se donnant pour mission de soigner, de prolonger la vie. »
« L'être humain ne cessera jamais de m'étonner »
Durant une période s'étalant de 1989 à 1994, le Dr Patry a perfectionné ses connaissances par divers stages de résidence : pédopsychiatrie, psychothérapie des psychotiques dans la communauté et psychogériatrie, pour n'en nommer que quelques-uns. « Ce parcours m'a permis de forger mes propres moyens d'intervention, évidemment reconnus scientifiquement. J'avais ainsi la capacité de moduler le traitement appliqué, de l'adapter avec souplesse à des circonstances diverses. »
Ses préférences vont à la psychothérapie, sans qu'il rejette pour autant la pharmacothérapie. « Ma préoccupation première est de voir comment je peux agir pour soulager. Mon but est de concilier ces deux aspects dans un processus qui aidera au maximum le patient. Chacune de ces approches est valable, et une fois combinées, elles représentent un outil formidable dans le traitement des dépressions majeures.
« La maladie mentale a plusieurs points communs avec la maladie physique. Elles relèvent toutes les deux d'éléments biopsychosociaux. Elles ont pour fondement des composantes biologiques ou génétiques, qui s'accompagnent d'un impact psychosocial très important. Cependant, il faut reconnaître que le tabou est encore notable et tenace dans le cas des atteintes psychiatriques. » Le Dr Patry exprime clairement son horreur de l'intolérance et des préjugés auxquels sont confrontés les malades, « parce qu'ils impliquent un rapport de domination injustifié ».
Rattaché au CHRG depuis 1998, le Dr Patry a cependant pratiqué, durant les quatre premières années de sa carrière, dans les régions périphériques de la ville de Québec. « Je voulais acquérir de l'expérience, prendre le temps d'approcher la diversité et les façons de faire. Les milieux qui m'ont accueilli se sont montrés très ouverts et ont encouragé mon intérêt pour la psychothérapie interpersonnelle (PTI).
« Je veux faire de la psychiatrie quelque chose de vivant. La clientèle du CHRG est variée et contribue à maintenir l'attrait que j'éprouve pour ce métier. Les aspects du travail sont sans cesse renouvelés. Je découvre des notions nouvelles avec chacune des personnes qui consultent. Mon étonnement et ma passion ne se démentent pas. »
Le maestro de la PTI
Au début des années 1970, les Drs Myrna Weissman et Gerald Klerman ont conduit des recherches, aux États-Unis, ayant pour objet la dépression majeure. «À l'époque, mise à part une pharmacologie très limitée, n'existaient que très peu de moyens d'intervention. Très à la mode, la thérapie cognitivo-comportementale était largement utilisée. Mais vous savez, les patients ne dépriment pas sans raison. On s'est donc aperçu qu'une démarche ciblée, brève et précise, et concentrée sur un événement stresseur (précipitant l'épisode dépressif), pouvait améliorer l'état du malade. Et cela, sans rejeter la pharmacothérapie.
« L'intention n'est pas de restructurer la personnalité du patient. Mais on constate qu'à la suite d'un traitement en psychothérapie interpersonnelle, celui-ci a appris à gérer les différents types de problèmes auxquels il est confronté. C'est ce que j'appelle l'effet de contamination, cette répercussion heureuse dans la vie des personnes soignées. »
La PTI reconnaît les prédispositions génétiques et biologiques de la dépression majeure. Elle vise à améliorer les symptômes dépressifs, mais aussi à donner des outils au patient pour l'amener éventuellement à prévenir les rechutes. « Mais il n'y a pas de garantie! Le malade devient plus lucide et en mesure de s'autocritiquer. Il s'agit donc d'un processus curatif et préventif. Dans le domaine scientifique, la PTI est l'une des seules, avec la thérapie cognitivocomportementale, à avoir une recommandation officielle dans les lignes directrices sur le traitement de la dépression majeure. Elles ont toutes les deux fait l'objet de nombreuses études d'efficacité.
« On reconnaît que la PTI doit être appliquée de manière très stricte. Elle propose au patient des objectifs et des stratégies spécifiques. On pense que plus la psychothérapie colle au modèle, plus la méthode est appliquée avec rigueur, plus les chances de réussite augmentent. Et le rôle du médecin est d'encadrer cette démarche. Quand on ne sait pas où va notre vie, quand on est mélangé, il est essentiel que le thérapeute sache, lui, où il va. Il doit avoir le souci d'introduire la cohérence dans l'incohérence. »
Le Dr Patry s'est intéressé à la PTI dès 1997, et a reçu sa certification du Clarke Institute of Psychiatry de Toronto. Depuis, il a organisé le premier séminaire francophone sur ce genre de thérapie (1999). Il a par ailleurs traité de la PTI au cours d'un nombre considérable de conférences. « Actuellement, nous avons le projet de rendre l'information et la méthode accessibles aux omnipraticiens qui sont intéressés afin qu'ils soient en mesure de l'utiliser dans leur pratique. Nous voulons démythifier la PTI pour eux, nous cherchons à les outiller, de sorte qu'ils puissent intervenir, non pas nécessairement comme des psychiatres, mais comme les professionnels qu'ils sont, dans le but d'aider au traitement. »
Le Dr Patry souligne que ce projet devrait permettre à toute une clientèle de se voir prodiguer des soins le plus rapidement possible. « Comme toute pathologie, la dépression majeure risque de s'aggraver si elle n'est pas traitée. Les médecins de famille sont aptes à soigner certaines dépressions, tout comme des omnipraticiens s'occupent de cas de diabète sans pour autant appeler l'endocrinologue... C'est le même principe. »
Des recherches sont présentement en cours pour affiner les techniques utilisées par la PTI. « On va tenter de voir si son application est possible dans d'autres domaines de la psychiatrie, soit les troubles alimentaires, l'état anxieux, la dysthymie ou la dépression mineure chronique. »
Donner sans compter
La pratique du Dr Patry ne se limite pas au traitement des dépressions majeures par la PTI. Au CHRG, la clientèle est variée, et prenante. De plus, il agit à titre de psychiatre consultant au Centre hospitalier de l'Archipel, aux Îles-dela- Madeleine. Il cumule diverses fonctions administratives, dont celle de chef du service de thérapie interpersonnelle, de président du souscomité de l'évaluation de l'acte médical, de chef de service clinique au service de psychothérapie, de même qu'il est représentant du CMDP auprès du conseil d'administration du CHRG. Dans un horaire déjà plutôt chargé, il a inclus une présence au conseil d'administration du Centre de recherche Université Laval Robert-Giffard.
« J'accueille avec plaisir le travail administratif; c'est un aspect des choses qui m'intéresse. Je ne me présente pas avec des opinions fermes, car je suis soucieux de la collégialité et de la participation de tous. Dans les périodes de changement et de réorganisation, il est impérieux de faire entendre sa voix et de travailler à l'amélioration de la qualité des services, en gardant toujours présent à l'esprit que le bien du patient passe avant tout.
« Il faut savoir se laisser porter et même voler sur les ailes du changement. Perfectionner les techniques, se remettre en question - il ne faut pas seulement tendre vers l'excellence, mais y arriver. Ambitieux? Peut-être, mais pas prétentieux. Personnellement, j'aimerais bien avoir un médecin traitant qui a ce genre d'objectifs! »
Enfin, le Dr Patry consacre temps et énergie à la Clinique d'évaluation des troubles de l'humeur du CHRG. « Ce travail suscite chez moi un grand intérêt. J'apprécie énormément collaborer avec des confrères en vue de poser un diagnostic, appliquer le traitement, organiser l'enseignement et la recherche. C'est enrichissant et stimulant. »
Vous croyez que c'est bien assez? Il semble pourtant que son emploi du temps peut encore contenir du bénévolat au Club musical de Québec et à la Fondation Hôpital Laval. « Je suis bien dans ma vie, heureux. L'enseignement me garde allumé, la recherche m'enthousiasme, et la contribution sociale que j'offre à la musique me comble. Je me sens en équilibre. »
« L'art, c'est la capacité de créer »
« Le souci premier de la psychothérapie, en général, est de donner aux gens les moyens de composer avec les problèmes qui se présentent. Comme à un artiste peintre, qui possède déjà sa propre palette, et à qui on donnerait plus de tubes de couleur ou des pinceaux supplémentaires. »
Le Dr Patry rappelle qu'il y a un lien très fort entre la créativité et la maladie mentale. « Le processus de création n'est-il pas une tentative de solution, une manière d'autoguérison, de stabilisation, de compensation? Des études sur l'angoisse et les capacités créatives, ou sur la dépression, ont démontré que ce moyen d'expression constitue un effort d'autotraitement par le patient. »
Le Dr Patry a prononcé à plusieurs reprises des conférences sur ce sujet, durant lesquelles il offre une prestation au piano. L'une d'entre elles s'intitulait Tchaïkowski ou l'art comme métaphore de la confession. Il a également traité de Schumann, maladie bipolaire et créativité. Une façon bien personnelle de concilier ses deux passions, la musique et la psychiatrie.
« La psychothérapie rejoint l'art dans la notion d'expression, dans le comment le dire. Trouver la façon adéquate et personnelle d'exprimer la souffrance, de la dire suffisamment pour pouvoir la travailler, et de là, la diminuer. » Le Dr Patry, par sa pratique, permet à ses patients d'entendre à nouveau la mélodie du mieux-être. ]
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