| Le Dr Guylaine Asselin |
Parution: janvier 2004
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Les ados, c'est l'avenir |
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Le Dr Guylaine Asselin a suivi un chemin quelque peu tortueux avant de se retrouver à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont en tant que gynécologue pédiatrique. La vie réservait bien des détours à cette jeune fille de 16 ans qui avait toujours voulu devenir dentiste. Sur les conseils d'un orienteur scolaire de Chicoutimi, qui insiste pour lui faire admettre que les études en dentisterie sont longues et coûteuses, elle décide de s'inscrire à Québec et de faire d'abord son cours en technologie d'hygiène dentaire. « Il n'est pas facile de choisir un métier à 16 ans. On a l'impression qu'on va faire ça toute sa vie, et c'est un peu effrayant. » À Québec, on lui répond qu'elle ne peut être admise, compte tenu du fait que la priorité est donnée aux résidents de la région. Elle opte donc pour une formation en technologie médicale de laboratoire. « Mon père était chargé de projets dans le domaine des pâtes et papiers. Mes emplois d'étés étaient donc tout trouvés dans leurs laboratoires. » |
![]() Le Dr Guylaine Asselin |
Cette expérience de travail amène le futur Dr Asselin à la conclusion que malgré sa passion pour le laboratoire et son côté scientifique, elle a aussi besoin de rencontrer des gens, de travailler de ses mains. Elle se donne alors pour objectif de faire des études en microbiologie médicale. Bien sûr, il faut d'abord faire sa médecine. « Je n'avais jamais pensé devenir médecin, mais... Pourquoi pas? » S'ensuivent les études à l'Université de Sherbrooke, puis les stages. « J'ai débuté en obstétrique et je me suis rendu compte qu'il y avait beaucoup de possibilités, qu'on n'était pas confiné à un seul domaine. Alors, au fil du temps, j'ai laissé tomber la microbiologie. »
Diplômée à la fin de l'année 1993, le Dr Asselin déménage à Toronto avec son conjoint et sa fille pour une spécialisation d'un an en gynécologie pédiatrique. Cette surspécialité n'est alors pas encore reconnue par le Collège américain. « Par la suite, j'ai voulu revenir en milieu universitaire. Cependant, j'ai plutôt fait mes stages à Maisonneuve-Rosemont et j'ai décidé d'y rester. » Un choix qu'elle n'a jamais regretté.
Pourtant, ses premiers contacts avec les adolescentes ont été difficiles. « J'ai détesté ça pour mourir. Mes collègues trouvaient la situation bien drôle, répétant que j'étais aussi intolérante envers mes patientes qu'elles l'étaient envers moi. Mais au fond, j'ai eu la piqûre quand j'ai compris que les ados, c'est l'avenir. Il faut seulement établir le respect entre les parties. » Elle ajoute qu'il y a une grande satisfaction, et « probablement plus d'avenir, à les éduquer sur un ensemble de sujets ». Oui, les adolescentes ont des idées préconçues. Il y a là toutefois une mouvance et, surtout, elles n'ont pas un bagage d'expériences qui les sclérose.
Le département de gynécologie obstétrique est important à Maisonneuve-Rosemont. Il fonctionne très bien, grâce à la volonté de chacun des intervenants qui ont aidé à le remettre sur pied. Le Dr Asselin déplore pourtant que la population ne soit pas spontanément portée à aller y consulter. « Les gens pensent que tout est mieux dans les grands centres universitaires. Nous avons peu de temps pour les conférences, c'est vrai; le rayonnement se fait par la clientèle. Maisonneuve-Rosemont est devenu un très bon centre d'enseignement clinique en gynécologie- obstétrique. »
D'ailleurs, en 1999, le Dr Asselin s'est vu décerner le prix de l'Association des professeurs en gynécologie-obstétrique, une distinction que lui a valu son engagement dans l'enseignement clinique à Maisonneuve-Rosemont. « C'est à nous de stimuler les jeunes médecins. Il n'y a pas de relève? Cette situation existe dans bien d'autres sphères d'activité également. La solution? Il faut leur créer un avenir. »
Une pratique active
Le Dr Asselin rencontre de jeunes patientes, mais travaille également avec des adultes. Ses semaines de travail sont bien remplies. Elle partage son temps entre les gardes, la clinique de planning familial et le bureau. Ajoutons à cela l'unité d'enseignement, les différents comités auxquels elle participe, la clinique des jeunes mères et les consultations au Centre Marie-Enfant.
La diversité du travail l'intéresse. Il y a les cas dits « normaux », il y a aussi l'ensemble des patientes dont l'état nécessite ses compétences de gynécologue pédiatrique. « On voit des jeunes filles dont la puberté est précoce ou tardive, des malformations uro-gynécologiques. Ces dernières sont peu fréquentes mais très intéressantes, car elles font appel au domaine de l'endocrinologie. Il est heureux que ce soit rare par contre, parce que dans le cas contraire, il faudrait se poser de sérieuses questions sur cet aspect de la génétique. »
Les adolescentes, elles, n'ont pas tant changé
Le Dr Asselin explique que plusieurs aspects de la pratique auprès des adolescentes ont changé. « Les mères sont de moins en moins présentes auprès de leurs filles. Alors, lorsque ces dernières ont un problème de santé ou qu'elles deviennent enceintes, il n'est pas rare que les mères concernées soient remplies de culpabilité. Il faut souvent leur prouver que "ce n'est pas grave''. »
D'autre part, la clientèle a évolué. « On observe de façon générale que les femmes qui veulent des enfants sont plus âgées qu'avant et que leur choix est plus arrêté. Elles veulent plus d'informations. Cependant, du côté des adolescentes, rien n'a changé. C'est plutôt nous qui percevons les choses différemment. » Le Dr Asselin remarque que de nos jours, on considère qu'à 18 ans, il est trop tôt pour une jeune femme d'être enceinte. « En fait, dit-elle, il y a une dizaine d'années seulement, on ne trouvait pas cela si jeune. Ce sont les grossesses à l'âge de 12 ou 13 ans qui inquiétaient davantage. »
Le Dr Asselin constate aussi toute l'importance des messages véhiculés par le milieu de vie des adolescentes. « Si une mère dit à sa fille de 14 ans qu'être enceinte à son âge, ce n'est pas grave et qu'elle-même a vécu cette situation, alors le choix de l'avortement ne se pose même pas. » Le rôle du médecin est donc avant tout celui d'éducateur. « Il faut montrer à ces adolescentes qu'il y a également autre chose dans la vie. Parce qu'à 14 ans, elles pensent souvent que la vie s'arrête là. »
Un choix éclairé?
Selon le Dr Asselin, il y a tout lieu de s'interroger sur la capacité qu'ont ses jeunes patientes d'exercer un choix éclairé. « On leur explique, mais on ne les force jamais à faire un choix ou l'autre, quel qu'il soit. On est là pour les épauler. On ne les juge pas, on les respecte. Si on ne prend pas le temps avec elles, qui va le prendre? Parce que c'est parfois leur seule chance de s'en sortir. »
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« Vous savez, il y a tout un rôle social à avoir une bedaine et à promener un enfant dans une poussette. » - Dr Guylaine Asselin |
Mais s'en sortir aux yeux de qui? Faut-il considérer une adolescente qui a toute l'information voulue et qui redevient enceinte comme quelqu'un qui ne s'en est pas sorti? « Il y en a parmi elles qui veulent avoir deux ou trois enfants dans un délai rapproché. Doit-on les considérer comme des "échecs en contraception''? Vous savez, il y a tout un rôle social à avoir une bedaine et à promener un enfant dans une poussette. »
Comme le fait si bien remarquer le Dr Asselin, ces grossesses chez les adolescentes sont à risque. « Non pas médicalement, comme dans les cas de diabète ou d'hypertension, mais psychologiquement. Ces jeunes filles vivent de grandes détresses, peu importe leur milieu et le soutien qui leur est apporté, et ce, parce qu'elles sont confrontées à des choix importants. Et que ces choix impliquent un non-retour. »
Dans la presque totalité des cas, les adolescentes refusent l'adoption. « Notre rôle est alors de les aider, de les appuyer, mais aussi de les inciter à ne pas répéter le même genre d'éducation avec leurs enfants. Vous savez, on crée une société à l'image de ce qui nous est montré. » La majorité des patientes du Dr Asselin ne viennent pourtant pas d'un milieu défavorisé. Mais chacune d'elles doit être en mesure de faire face lorsque le soutien familial s'amenuise.
Le Dr Asselin ajoute que les futures mères sont également très candides dans leur façon de concevoir leur futur. Elles se promettent une vie merveilleuse avec leur bébé. Elles se jurent de terminer leurs études et de se faire un bel avenir. « C'est très naïf de leur part. Une jeune mère qui n'a qu'un diplôme de 1er secondaire voit le temps passer et les prestations d'aide sociale se rapprocher. Alors, bien sûr, l'envie de retourner aux études s'estompe. »
Le Centre Rosalie-Jetté vient en aide à ces jeunes mères, leur permettant d'achever leurs études secondaires. « Là-bas, on les outille pour l'avenir. Il ne faut pas oublier que ces jeunes filles sont très influençables. Dans ce centre, elles étudient, se font des amies et surtout, elles s'entraident. Ça marche très bien. »
L'arrivée massive des femmes en médecine, et qui choisissent la gynécologie-obstétrique comme spécialité, a aussi influencé la pratique médicale dans ce domaine. « Il y a souvent plus de confidences échangées avec une femme médecin, la patiente se disant qu'elle va comprendre. Il est vrai que dans une certaine mesure, les femmes médecins ont humanisé les soins. C'est une bonne chose. Mais par ailleurs, on est beaucoup plus exigeant envers elles, et on doute plus facilement de leur compétence. »
Prendre le temps
« Indirectement, ça me garde jeune de côtoyer ma clientèle. Je ne changerais pas ma pratique. Même si, pour l'instant, je suis la seule dans ma spécialité ici, l'autonomie que cela me confère me convient tout à fait. » Mais la gynécologie- obstétrique n'échappe pas à la règle, et on manque de relève là aussi. « On a effectivement beaucoup de difficulté à recruter des médecins dans ce domaine. On essaie d'encourager les étudiants à terminer leur résidence, on essaie de leur communiquer notre passion.
« À Maisonneuve-Rosemont, on retrouve principalement des femmes médecins au département de gynécologie-obstétrique. Ce qui implique des grossesses et donc des congés de maternité. Cela signifie du même coup un surcroît de travail pour les autres. Depuis deux ans, le nombre de départs temporaires a diminué. »
Mère célibataire, le Dr Asselin connaît très bien le rythme un peu fou des femmes dans sa situation. « Lorsque l'on est seul pour voir à la vie familiale, on peut devenir rapidement une sorte de PME, avec des sous-traitants pour le gazon, la gardienne, le ménage, et j'en passe. Je veux désormais avoir du temps pour moi et m'adonner aux activités que j'aime. Et parmi celles-ci, il y a la couture, le jardinage, la cuisine. J'en suis arrivée au point où je n'ai plus rien à prouver. »
Être touchée par la médecine
« Il ne faut jamais avoir peur de réviser ses choix, de prendre d'autres chemins. Il est essentiel d'adapter nos objectifs en fonction d'être heureux dans ce qu'on fait. Et parce que la médecine est une profession qui exige bien des concessions de la part de celui qui la pratique, il faut qu'elle soit un choix qui découle de la passion.
« Cette passion, elle m'habite pleinement. Parfois, j'ai le grand privilège d'accoucher certaines des étudiantes à qui j'ai enseigné. Elles reviennent me voir et me demandent de les aider à accoucher. Il n'y a pas de gratification plus importante pour moi. Parce qu'alors, je sais que j'ai touché des gens, que j'ai gagné leur confiance. Et c'est primordial dans ma vie. » ]
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