| Le Dr Denis Bergeron |
Parution: janvier 2004
|
|
Très longtemps en solo... |
|
|
|
|
|
Avant-dernier de quatre enfants, mais unique fils, le Dr Denis Bergeron est né à Causapscal, dans le comté de Matapédia. Il se rappelle encore la voiture à cheval, la motoneige et même « le premier train à passer dans le coin » que son père, médecin de campagne, prenait en hiver pour aller faire un accouchement à domicile, quand les routes étaient impraticables. « Parfois, on ne le voyait pas pendant deux ou trois jours. » |
![]() Le Dr Denis Bergeron |
Source d'inspiration et d'encouragement à devenir médecin, ce père aurait bien aimé voir son fils s'installer avec lui pour pratiquer dans la région. « Mais moi, la médecine de campagne, je trouvais ça pénible, dit le Dr Bergeron. En plus, il fallait tenir une pharmacie dans ce temps-là, car il n'y avait pas de pharmaciens. Tous les jours, de 8 h à 22 h, la pharmacie était ouverte dans la maison familiale. Et le dimanche aussi, après la grand-messe. Je me suis dit que je ferais une spécialité. »Ses études secondaires se déroulent à l'Académie de Québec, école très moderne pour l'époque. La vie de pensionnaire ne lui pèse pas : « On avait le droit de sortir le samedi et le dimanche; on pouvait même inviter des filles à de petites soirées dansantes. J'ai aimé ça! » Puis, il entre en médecine à l'Université Laval. Il se sent attiré par la pédiatrie et la neurochirurgie, après des stages dans ces disciplines. La vie est belle.
Ce qui l'a incité à choisir la neurologie est moins amusant. « C'est qu'un été, après ma troisième année de médecine, j'ai dû quitter l'Hôpital de Bathurst (Nouveau-Brunswick), où je travaillais pendant mes vacances, et revenir d'urgence à la maison parce que ma mère venait de subir un ACV, à l'âge de 51 ans. Elle a souffert d'une hémiplégie droite et d'aphasie pendant dix ans, jusqu'à sa mort. »
Bourse d'études en poche, le Dr Bergeron se spécialisera donc en neurologie dans deux universités du Michigan. En fait, il sera également formé en psychiatrie. « Malgré le manque de lien véritable entre les deux disciplines, jusque dans les années 1950, précise-t-il, on ne trouvait pas de psychiatres ni de neurologues, mais bien des neuropsychiatres. On croyait assez à la mixité psychoneurologique de certaines maladies. Personnellement, je considérais déjà que la psychiatrie traite des nerfs invisibles alors que la neurologie traite des nerfs visibles. »
Il avait prévu exercer à Rimouski, seul et complètement dépourvu d'équipement au début, mais les autorités de Chicoutimi, où on avait aussi besoin d'un neurologue et où l'on disposait des appareils appropriés, ont été plus rapides en allant le solliciter directement à Détroit. En outre, il avait épousé (premier mariage) une femme de la région : un autre incitatif à s'installer au Saguenay.
Il pratiquera douze ans à Chicoutimi. Premier et seul neurologue de la région jusqu'en 1977, fondateur et chef du service, il devait couvrir grand! « Les gens venaient de partout, même de Chibougamau. J'allais régulièrement à Roberval, où il y avait un centre psychiatrique, et parfois à Alma. Mais déjà, c'était trop. » Des neurologues, remarque-t-il, il en manque encore un peu partout dans la province, sauf à Hull et à Lévis. La pénurie est équivalente à celle dans les autres spécialités.
De spécialité contemplative à véritable science
La majorité des patients qui consultent un neurologue souffrent de toutes sortes de maux de tête, raconte le Dr Bergeron. « Auparavant, on donnait de l'aspirine ou du Fiorinal, et c'était à peu près tout. Ces dernières années, plusieurs médicaments pour prévenir la migraine ou la faire avorter ont été mis sur le marché. Même chose pour la sclérose en plaques. Pour venir en aide aux patients atteints de la maladie de Parkinson ou d'épilepsie, on dispose aujourd'hui de plusieurs solutions alors qu'autrefois, nous ne disposions que de trois ou quatre médicaments anticonvulsifs. Pour traiter les cas de démence sénile ou pré-sénile, il existe deux ou trois médicaments atténuant le processus, mais ce n'est pas curatif. L'approche thérapeutique médicamenteuse a encore beaucoup de chemin à parcourir en ce sens. »
Après les migraines et autres maux de tête, l'épilepsie est la deuxième cause de consultation en neurologie. « Ce n'est pas sans raison que des cliniques d'épilepsie ont vu le jour. Ma propre pratique comportait environ 75 % de cas de maux de tête, 5 % d e patients atteints de la sclérose en plaques, le reste étant réparti entre l'épilepsie, la maladie de Parkinson, les tumeurs et l'Alzheimer. »
En regard des pathologies énumérées, on se doute bien que le Dr Bergeron n'a pas toujours eu de bonnes nouvelles à annoncer à sa clientèle. « On essaie quand même de minimiser le choc. Ainsi, pour ce qui est de la sclérose en plaques, elle se présente sous plusieurs formes, dont environ 80 % sont bénignes. De plus, la médication atténue les symptômes et freine l'évolution de la maladie. En ce qui concerne l'épilepsie, on peut aujourd'hui mieux contrôler la maladie avec tous les médicaments disponibles. On peut aussi avoir recours à la chirurgie - réalisée à l'Institut neurologique de Montréal - pour les patients ne répondant pas aux autres traitements. Heureusement, la recherche dans le domaine neurologique est intense et fort prometteuse. » Il en veut pour preuve les récentes tentatives de greffe de cellules foetales pour traiter la maladie de Parkinson.
|
« L'ACV est aussi risqué que l'infarctus pour un hypertendu ou un athéromateux. » - Dr Denis Bergeron |
Le (mauvais) sort a voulu que le fils du Dr Bergeron reçoive le diagnostic de la maladie de Parkinson il y a quelques années. « C'était le plus jeune porteur de la maladie que j'aie connu. » Un coup dur que le Dr Bergeron a maintes fois commenté à la demande des médias. Aujourd'hui, la discrétion est de mise.
S'il est difficile de chiffrer la proportion de la population québécoise ou canadienne souffrant de maladie neurologique, on peut du moins affirmer que le vieillissement y est pour beaucoup. « Il n'y a qu'à penser à l'Alzheimer, souligne le Dr Bergeron. L'ACV est aussi risqué que l'infarctus pour un hypertendu ou un athéromateux. Quant à la sclérose en plaques, on la retrouve plus souvent dans les pays nordiques comme la Norvège ou le Canada, d'où la possibilité d'un facteur climatique. Peut-être comporte-t-elle aussi un facteur génétique, comme c'est souvent le cas pour la migraine, mais rien n'a encore été prouvé en ce sens. Pas davantage que pour la maladie de Parkinson. »
De l'autre côté du Saint-Laurent
De 1979 jusqu'à sa retraite, le Dr Bergeron a pratiqué à Rimouski. « Je faisais aussi de la consultation à Sainte-Anne-des-Monts, à Chandler et à Gaspé. J'ai donc voyagé beaucoup d'un hôpital à l'autre. Je passais une semaine deux fois par année dans ces villes, et pendant ce temps-là, le travail s'accumulait à Rimouski. On desservait même une partie du nord du Nouveau-Brunswick. Quand on ajoute à cela les urgences, une semaine de garde sur deux et un mois de permanence totale pendant les vacances de mon seul collègue, le nombre d'heures de travail cumulées est assez impressionnant! »
Pendant six ans, ils ne seront que deux pour couvrir ce grand territoire. Puis, en 1984-85, un collègue de Québec offre de se joindre au groupe dix semaines par année. « Ce n'est qu'en 1998 que nous est arrivé un jeune neurologue, mais il n'est resté que deux ans. La raison de son départ tient beaucoup à l'absence d'équipement de résonance magnétique à l'époque. Les jeunes médecins qui ont reçu une formation en résonance magnétique se sentent frustrés dans leur pratique et sont inquiets lorsqu'ils ne disposent pas de l'équipement requis. »
Pour sa part, le Dr Bergeron n'a jamais désiré pratiquer dans un établissement d'un grand centre urbain, même mieux doté technologiquement. « Quand j'étais à Détroit, j'habitais à 12 milles de l'hôpital. Si je partais après 6 h 45 de chez moi le matin, il me fallait environ une heure pour me rendre au travail... Du pare-choc à pare-choc, quoi, et c'était pareil au retour. Je préfère de loin la campagne. En région, j'ai peut-être travaillé plus fort que je ne l'aurais fait à Montréal (il a eu des offres en ce sens), mais je n'avais pas le stress de la circulation. »
Avec le recul de qui a eu une carrière bien remplie, le Dr Bergeron affirme que c'est le contact avec les patients qui lui a apporté le plus de satisfaction. « En médecine, les plus grandes qualités sont les qualités humaines. C'est ce que je trouve désolant du système d'admission en Faculté aujourd'hui : on considère uniquement les résultats scolaires. Or, l'humanisme en médecine est primordial! Le patient doit pouvoir avoir confiance en nous. Il doit se sentir aidé aussi. »
Une semi-retraite
Officiellement retraité depuis février 2001, le Dr Bergeron travaille maintenant à temps partiel pour la CSST, à raison d'une journée et demie par semaine. « Deux ans avant que je ne me retire, le Dr Monique Boivin - une femme qui a beaucoup fait pour l'AMLFC et pour la présence des femmes en médecine - était alors directrice générale des médecins à la CSST, et elle m'avait téléphoné pour que j'aille travailler avec l'équipe de Québec. Il n'en était pas question pour moi à ce moment-là, ni au début de ma retraite. Je me suis d'abord offert une bonne tranche de six mois pour relaxer... »
À Rimouski comme ailleurs, un médecin à la CSST évalue des dossiers pour établir s'il y a une relation entre le problème médical et une maladie professionnelle ou un accident survenu au travail. « D'abord, notons qu'il faut partir des diagnostics posés par les médecins qui ont vu les patients, explique le Dr Bergeron. Les cas de fracture d'un bras ou d'une jambe à la suite d'une chute ne posent évidemment pas de problème. Là où c'est plus délicat, c'est lorsque nous avons affaire à un dossier de maladie professionnelle, une tendinite à l'épaule attribuée à des mouvements répétitifs au travail, par exemple. Outre les dossiers d'ordre général, il n'est pas rare que des collègues s'adressent à moi pour tout dossier touchant à la neurologie puisque je suis le seul neurologue parmi mon équipe à la CSST actuellement. »
S'il ne refuse pas de remplacer son collègue à la CSST quand ce dernier part en vacances, le Dr Bergeron avoue « aimer moins ça ». C'est qu'il n'a vraiment pas l'intention de remplir sa retraite de travail! « Je m'occupe à entretenir mon grand terrain et à jardiner. Né au bord de la rivière Causapscal et de la Matapédia, je suis aussi un pêcheur. J'avais 6 ans quand j'ai pris mon premier saumon. Cette année, pour la première fois, j'ai atteint le quota de sept saumons. Mais ils sont petits... »
Le Dr Bergeron se rappelle qu'à l'époque de son enfance, « les rivières appartenaient aux Américains. Ils voulaient évidemment être bien soignés quand ils séjournaient dans la région. D'où un beau geste envers mon père (médecin de campagne), qui avait le droit de pêcher quand il voulait et qui emmenait son fils avec lui... Mais je ne chasse pas; je n'aime pas les fusils. En hiver, j'adore faire du ski alpin et du ski de fond. »
Se qualifiant d'homme d'extérieur, le Dr Bergeron dit reprendre le temps perdu depuis qu'il peut profiter à son goût du plein air. « Après six mois à la retraite, je me suis dit que je devais donner congé à ma femme. Alors, je vais jouer dehors! Les médecins devraient faire davantage de stages en région pour en apprécier la beauté. Celui qui pratique avec moi à la CSST exerçait auparavant dans le nord de Montréal. Il a trouvé Rimouski tellement belle qu'il s'y est installé. » ]
|
|
|||
| Article précédent dans ce Bulletin | |||