| Mot du président La réforme du réseau de la santé |
Parution: février 2004
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À chaque changement de ministre de la Santé, une réforme du réseau est promise. À plus forte raison lorsqu'il y a changement de régime politique. Or, chacune présente à la base un vice philosophique:
En conséquence, on aboutit - malgré, sans doute, beaucoup de bonne volonté - à un brassage de structures, à des réorganisations, mais à aucun changement réel. Au-delà de l'engagement politique, amorcer les changements qui vont permettre d'atteindre les objectifs réels d'un réseau de santé adéquat demande la volonté et le désir irrévocables d'apporter des modifications en profondeur au niveau du personnel, des structures, de l'attribution des ressources et des responsabilités de chacun. |
Depuis les années 1980, le réseau de la santé se compare à un grand magasin du centre-ville de Montréal qui présente chaque année, en décembre, une nouvelle vitrine. Un effort de changement louable, certes. Sauf que, derrière cette vitrine de Noël, on retrouve les mêmes vendeuses, les mêmes marchandises, les mêmes politiques de prix!
En réalité, les valeurs du réseau de la santé sont simples à cerner: des soins de qualité donnés aux patients par des équipes multidisciplinaires qui s'impliquent, dévouées et compétentes, à l'aide de matériel technologique de haut niveau et bien maîtrisé.
Dans les faits, réaliser cet objectif est actuellement impossible. Qui définit les soins de qualité? Ni ceux qui les reçoivent ni ceux qui les donnent. Ce sont plutôt ceux qui les paient (ou qui croient les payer). Il s'agit là d'une vision partiale.
Qui sont les patients? Des gens qui sont passés du «statut» de malade à celui de bénéficiaire, puis à celui de client, qui n'ont aucune voix au chapitre et qui se retrouvent dans des structures que l'on nommait auparavant «hôpitaux » et qui sont devenues par la suite des centres hospitaliers, des centres de soins de courte, de longue ou d'aucune durée.
Qui s'occupe de l'équipement technique? Encore une fois, des personnes qui ne s'en serviront jamais et qui iront probablement consulter ailleurs en cas de besoin. Et ce, sans parler de la concurrence commerciale éhontée et des marchandages locaux au profit de... qui?
Et les équipes multidisciplinaires? Souvent très compétentes, s'impliquant parfois et pas toujours multidisciplinaires. Là encore, on laisse libre cours à la concurrence pour tout ce qui touche au personnel, aux locaux, au matériel... plutôt que de favoriser le regroupement, la communication, l'entraide et la planification.
Il est indéniable qu'il faut vivre selon ses moyens. Il est hors de question de centraliser toutes ses ressources uniquement dans le domaine de la santé en négligeant l'avenir (éducation) et le reste (tissu social).
Cependant, une réforme du réseau de la santé implique:
Le ministre de la Santé qui réalisera un tel exploit ne vivra sans doute pas vieux (stress !), mais il aura réalisé l'impossible... ]
Wilhelm B. Pellemans, MD
président de l'AMLFC