Mot du président
La féminisation de la profession médicale
Parution: mai 2004

Il y a presque 30 ans, à mon entrée en médecine, le nombre de consoeurs était réduit (moins de 10 % des effectifs). À cette époque, nous prenions bien soin de ces dames (attitude protectrice). Je me demande si c'est l'inverse qui est vrai aujourd'hui (attitude machiste). En effet, les candidates en médecine sont maintenant plus nombreuses que les candidats et l'on entend régulièrement des commentaires à ce sujet.

J'ai envie de discuter brièvement de deux aspects de cette évolution : l'impact de l'arrivée massive des femmes en médecine et les critères d'admission à la profession. Le nombre grandissant de médecins féminins a généré des inquiétudes et plusieurs mythes circulent au sein de la profession.

Ainsi, on dit que les femmes travaillent moins que les hommes. Faux, bien sûr. Les femmes travaillent différemment des hommes, leur structure organisationnelle n'est pas la même. Souvent, elles doivent concilier à la fois vie professionnelle et vie familiale. La relecture de certains articles du Bulletin de l'AMLFC nous démontre l'implication, le professionnalisme et l'ardeur au travail de nombreuses consoeurs. De ma propre expérience, j'ai constaté que beaucoup de nos femmes médecins travaillent sinon plus fort, du moins autant que leurs homologues masculins et souvent aussi longtemps.

Autre mythe: les femmes choisissent des secteurs d'activité moins exigeants. Faux là encore. La répartition des femmes et des hommes en médecine est assez semblable et l'on retrouve des femmes dans tous les secteurs d'activité médicale.

Enfin, écartons d'un revers de la main les prétentions dépassées des différences physiques et autres si souvent évoquées lors de conversations «entre hommes».

Du côté des admissions, le fait d'accepter plus de candidatures féminines que de candidatures masculines part d'un principe valable selon lequel il faut admettre les meilleurs candidats. Si les femmes performent davantage, c'est tant mieux. Là où la discussion doit se faire, c'est sur la méthode d'évaluation des candidats. La profession médicale exige non seulement un excellent jugement, des connaissances et des habiletés, mais également de l'empathie et de l'humanisme envers les patients, de la persévérance et un désir constant de dépassement. Or, les entrevues de groupe et l'évaluation sur titre des candidats ne permet pas vraiment de mesurer des éléments aussi subjectifs.

On explique cela par le manque de ressources humaines et financières. C'est possible. Mais, comme au Québec la majorité des candidats font une demande d'admission dans chacune des facultés de médecine, pourquoi ne pas regrouper les demandes, constituer une équipe d'évaluation, rencontrer tous les candidats individuellement et éviter ainsi d'admettre quatre fois un même postulant (admis dans chacune des facultés de médecine) et en refuser quatre fois un autre qui aurait sa place dans la profession ?

À mon avis, la féminisation de la profession ne pose pas de problème. On remarque cependant que la médecine, profession masculine jusqu'à peu, n'a pas fait beaucoup d'efforts pour s'adapter aux femmes, à leur double carrière de médecin et d'épouse-mère. Ce sont elles qui s'adaptent. Cela fait peut-être grincer des dents à certains...]

Wilhelm B. Pellemans, MD
président de l'AMLFC