Le Dr Louise Comeau
Parution: octobre 2004
On porte en soi sa guérison
Par Sylvie Poulin

Voilà l'une des convictions profondes du Dr Louise Comeau, omnipraticienne et propriétaire de la Clinique médicale d'obésité de Pointe-aux-Trembles. « Je crois sincèrement que le 21e siècle sera celui de l'alimentation, parce que nous devons axer nos interventions sur la prévention. Le phénomène de l'obésité a pris des proportions épidémiques.»

Le Dr Comeau avoue que la médecine est entrée dans sa vie « un peu comme un accident de parcours. » Attirée davantage par le nursing ou la psychologie, elle envisageait plutôt une formation orientée vers les médecines naturelles. « Bien avant de m'inscrire à Sherbrooke, je m'intéressais grandement aux avancées que nous procure la science. La médecine a été pour moi une découverte. Mais je n'adhérais pas complètement à la façon d'appliquer ces connaissances scientifiques dans ma pratique, notamment en ce qui a trait aux médicaments. »

Le Dr Comeau est persuadée que « beaucoup de problèmes médicaux peuvent être évités si l'on est suffisamment sage pour prendre soin de soi.» Pendant ses études, ses convictions intimes se heurtent au type de réflexion qui a cours à la Faculté. « À l'exemple de ma mère, je voulais que soient respectés la nature et le rythme de l'humain. J'avais beaucoup lu sur l'acupuncture, la chiropratique, le psychisme et les pouvoirs du subconscient.»


Le Dr Louise Comeau

Dans ces conditions, le Dr Comeau décide de se tourner vers la p s ychiatrie, « pour explorer et comprendre la nature humaine. Au département, j'ai côtoyé des gens extraordinaires qui ont su nourrir ma faim de connaissances dans ce domaine. J'ai compris que l'homme est un réservoir infini de changements, dont le potentiel est tout aussi infini, même s'il est encadré par son propre code génétique. Mais l'environnement, ce que l'on voit, et les choix que l'on fait, tant dans nos actions que dans nos pensées, influencent grandement notre devenir.»

Le Dr Comeau rappelle que « dans toute maladie, il y a un facteur psychologique. On sait que près de 80 % des pathologies ont à l'origine une relation directe avec l'environnement de l'individu. Il faut donc agir sur ces composantes afin de renverser la vapeur. La médecine est large, noble et grande. Mais dans son application, elle nous limite parfois. C'est triste de ne pas pouvoir travailler en collégialité avec des professionnels ayant des approches complémentaires. »

Un cheminement... tout naturel

À mi-chemin de sa résidence en psychiatrie, le Dr Comeau décide d'accompagner son conjoint en Angleterre. Ne pouvant se faire admettre dans une Faculté de cet ordre, elle opte alors pour des études en anthropologie sociale à l'Université d'Oxford. «Ce n'était pour moi qu'un prolongement normal de ma curiosité face à l'humain, ses structures sociales et le phénomène de guérison des chamans. Il y a dans ce processus de retour à la santé un élément émotionnel ou un état de grâce qui résulte de plusieurs éléments. Ce n'est pas nécessairement le traitement appliqué par le médecin qui amène la guérison.»

Engagée dans une démarche de réflexion personnelle et professionnelle, le Dr Comeau accumule des connaissances dans divers domaines reliés aux approches naturelles. Elle étudie d'abord l'homéopathie en Belgique et en Allemagne. Puis, elle acquiert une formation en microscopie à champ noir, donnée par un professeur allemand, le Dr Maria Becker. Elle poursuit avec la thérapeutique naturelle, la microscopie à haute résolution et champ noir, ainsi que de nombreux séminaires sur la naturothérapie.

« Durant cette période de ma vie, je voulais trouver ma véritable place dans la profession médicale. J'ai pris mes distances, pour finalement réaliser l'importance que j'accordais à la pratique clinique et prendre conscience de mon fort désir d'aider les gens.»

Ainsi, de retour au Québec, elle accepte la proposition d'un ami qui l'invite à partager le travail dans son bureau privé, où il traite les problèmes reliés à l'obésité. « J'ai grandement apprécié pouvoir mettre à profit l'ensemble de ce que j'étais devenue, tout en poursuivant ma réflexion, ma quête, mes lectures, et en ayant un impact positif dans la vie des patients.»

Engagée et généreuse

La pratique en milieu hospitalier n'a jamais constitué une grande tentation pour le Dr Comeau. « Je désire d'abord être entourée de gens qui partagent ma vision des choses, je ne veux pas me faire bousculer par de lourdes structures. Les conditions actuelles sont tout à fait susceptibles de provoquer le désengagement du corps médical. Voilà donc pourquoi j'ai ouvert ma propre clinique il y a plus de seize ans.»

Dans l'exercice de sa pratique, le Dr Comeau est davantage une praticienne en modification des habitudes de vie. Bien que 75 % de ses patients aient un problème lié à leur poids, elle accueille aussi une clientèle qui la consulte en tant que médecin de famille. « J'emprunte avec chacun le chemin adapté à son état, à sa personnalité aussi, et nous travaillons par objectifs.»

Le Dr Comeau souligne qu'il y a deux types d'obésité : celle qui est associée à une cause médicale et celle qui est générée par l'environnement, le stress, les exigences de la vie. « On le constate aisément, chacun de nous a vécu des périodes de stress intense, de manque d'énergie et de manque de sommeil. Il faut faire un retour sur soi et remettre les valeurs à la bonne place. La perte de poids règle souvent des problèmes de santé qui traînent, en plus de ceux qu'elle prévient. Elle permet à la personne de retrouver son dynamisme et procure un bien-être général.»

Authentique, le Dr Comeau met en pratique les conseils qu'elle prodigue. Elle travaille quatre jours par semaine, tout comme les autres membres de son équipe. «J'en ai rêvé longtemps! J'ai la chance d'être mon propre patron, ce qui me donne une plus grande liberté, même si cela s'accompagne de lourdes responsabilités. Je m'entraîne le matin et je profite du vendredi pour prendre de l'avance afin de réserver la fin de semaine aux activités familiales.»

Artiste dans l'âme

« Je le suis, c'est dans mon tempérament. Ce trait de personnalité se reflète jusque dans ma pratique. Le patient est un tout indivisible, et je ne peux ni ne veux standardiser mon approche médicale. En médecine, on essaie d'être scientifique dans la façon d'aborder la clientèle, dans la compréhension de la maladie, tout comme dans l'aspect thérapeutique. C'est bien, c'est important. Mais il y a toujours des composantes qui ne sont pas purement objectives, et l'on doit s'en servir.

« J'ai souvenir d'un pharmacien qui m'a dit, un jour, que l'effet placebo que porte en soi un médicament peut représenter jusqu'à 60 % de la valeur du remède. Et l'inverse est aussi concluant, puisqu'un patient peut combattre un médicament tout indiqué dans son cas, simplement parce qu'il n'y croit pas. Ces paroles m'ont marquée, venant d'un homme au regard objectif et scientifique.

« Je crois foncièrement que le médecin est lui-même une partie intégrante de la prescription. Généralement, les gens nous choisissent librement pour la relation thérapeutique qui s'installe. Le patient doit avoir confiance, et cela se mérite. Cette responsabilité peut parfois être lourde à porter, parce qu'elle appelle des exigences de qualité dans l'acte médical. Le praticien doit donc développer des outils de communication. C'est ce que je décris comme étant l'art de la médecine : expliquer, rassurer, s'assurer du concours de la personne en face de soi, évacuer l'accessoire pour renouer avec l'essentiel. »

Notre tolérance mise à l'épreuve

Être médecin, pour le Dr Comeau, constitue un engagement social. « Il est tout naturel de redonner quand on a tant reçu. J'utilise mes connaissances comme autant d'outils pour améliorer la condition vitale de mes patients.» Elle déplore que, politiquement, notre société ne permette pas à ses médecins de recourir à des approches complémentaires pour évoluer dans leur pratique. « Certains collègues ont beaucoup étudié, ils font des choses extraordinaires, mais ils demeurent toujours isolés.»

Au Québec, par exemple, l'homéopathie est encore mal acceptée. On ne la tolère qu'en dernier recours, et seulement si elle est pratiquée par un médecin faisant partie du Collège. « Mais le praticien doit garder un pied dans la médecine. On attend de lui qu'il examine bien son patient, qu'il exécute correctement la démarche diagnostique et qu'il soit scientifique dans son approche thérapeutique, c'est-à-dire qu'il se conforme aux données de la science médicale actuelle.»

Le Dr Comeau rappelle qu'en France, les homéopathes doivent être médecins pour pouvoir exercer. « C'est une médecine reconnue, appréciée. Les Européens sont plus ouverts à la pharmacopée naturelle, alors que les Nord-Américains tiquent encore devant une médecine plus difficile à expliquer. Pourtant, le chimique ne fait pas foi de tout, puisque chacun de nous réagit différemment à un remède. C'est ce qui fait que certains patients ont besoin de petites doses, alors que pour d'autres, on en prescrira de plus fortes, ou encore que certaines personnes présentent une allergie pure et simple à un médicament. »

Il en va de même pour la médecine holistique, selon laquelle l'humain est un tout (l'organisme tout entier concourt au maintien, à la défense et à la perpétuation de l'être vivant). « Nous sommes également le produit de notre environnement, de notre culture, de notre éducation, tout comme de l'endroit où l'on vit. Mais soyons réalistes et honnêtes : dans notre mode actuel de pratique, cette approche est difficilement réalisable. Pour faire une belle médecine holistique, il faut exercer dans un autre cadre, avec une clientèle plus réduite.

« Dans les années 1980, il s'est donné beaucoup de formation sur les approches parallèles. Nous aurions pu, comme société, faire de meilleurs choix, orienter nos actions vers un virage santé. Au lieu de quoi, on a crié à l'hérésie! Ces nouvelles connaissances auraient pourtant profité à l'ensemble de la profession médicale, elles auraient aidé à faire avancer l'essence même de la médecine. Malheureusement, cette dernière est plutôt devenue un champ économique, comme tant d'autres. »

Enlever ses oeillères

« Les jeunes médecins sont tous idéalistes, et ils ont raison, parce que nous pourrions faire tellement plus. Mais la seule voie qui nous est permise est celle de la médecine traditionnelle, avec ses hôpitaux, son approche pharmaceutique et ses recherches scientifiques. Je trouve cela profondément malheureux, parce que la médecine fait fausse route en ne dirigeant son action que selon ces principes.

« On a écrasé, étouffé l'éclosion des nouvelles approches en matière de traitement. On a tenté de museler les tenants de ces thérapies naturelles. Mais il faut savoir qu'au Québec, il y a autant de thérapeutes en médecines alternatives qu'il y a de médecins "classiques". Les mentalités évoluent, les gens demandent une façon de faire différente. Et c'est ce que je m'efforce de leur offrir. » ]


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