Mot du président
Dialoguer avec les pharmaciens :
Nouvel enjeu ? Obligation ?
Parution: janvier 2005


La scène se passe au cabinet du Dr Tremblay. Un appel téléphonique de la pharmacie le dérange en pleine consultation. La pharmacienne constate qu’une ordonnance d’antibiotiques de sa part entraînerait une interaction avec un antidépresseur prescrit par un autre médecin. Le Dr Tremblay est incommodé; il ne veut pas discuter du cas devant une autre patiente. Il lui manque le dossier… il décide de prescrire un antibiotique… mais la pharmacienne réagit vivement en disant que la patiente est allergique à la pénicilline. Finalement, aussi exaspéré, le Dr Tremblay demande : « Que suggérez-vous? » La pharmacienne propose l’utilisation d’une troisième variété d’antibiotiques, ce qui est prescrit sur le champ.

Situation « très réaliste » présentée aux participants au 76e Congrès de l’AMLFC : « Médecin et pharmacien : partenaires pour le patient ». Cette problématique de la communication interprofessionnelle efficace a été abordée lors d’une session par le Dr Marie-Thérèse Lussier, Mme Christiane Mayer, pharmacienne et M. Claude Richard, chercheur.

Pourquoi de telles situations ont-elles été abordées? Deux raisons justifient ce choix. La multiplicité des interactions médicamenteuses continuera de se manifester. Deuxièmement, la nouvelle loi 90 a modifié les relations médecin-pharmacien. Auparavant, le rôle et les responsabilités de chacun étaient nettement séparés. Aujourd’hui, ils se superposent en partie dans cette dynamique à trois partenaires, dont le patient est l’ultime bénéficiaire  

Quels messages retenons-nous de cette session sur la nécessité de dialoguer avec les pharmaciens?

Pour une première fois, le congrès de l’AMLFC a attiré moins de médecins qu’à l’accoutumée. Par contre, une centaine de pharmaciens y ont participé. Comment interpréter cette participation? Certains prétendent que 15 % des médecins ont déjà adopté une attitude avant-gardiste et que la relation médecin-pharmacien ne les préoccupe plus. Par ailleurs, on constate que les opposants actuels à la loi 90 regroupent peut-être la majorité des médecins en exercice, soit au moins 60 %. Enfin, le 25 % restant se situe entre ces deux attitudes extrêmes. Ce dernier groupe considère la problématique compromettante et inquiétante; de plus, il trouve très embarrassant de devoir négocier avec le pharmacien. Les mesures incitatives sont rares… la résistance peut donc facilement s’installer.

Qu’on le veuille ou non, nous n’avons guère le choix. Demain, si ce n’est aujourd’hui, les interactions médecin-pharmacien se feront plus nombreuses. Dialoguer avec le pharmacien devient un nouveau besoin incontournable de la pratique médicale

Dr Jacques Étienne Des Marchais
Président de l’AMLFC

Dans le numéro du 1er décembre 2004 de ce journal, nous avions brossé le portrait du 76e Congrès de l’AMLFC, organisé en partenariat avec l’Ordre des pharmaciens du Québec.