| Le Dr Robert Tremblay |
Parution: février 2005
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| Le docteur dansant | |
| Par Sylvie Poulin | |
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C’est d’un fou rire à l’autre que le Dr Robert Tremblay raconte son histoire. Il est né à Montréal et a grandi à Repentigny. Même s’il n’y a pas de médecin dans sa famille, il s’est senti très tôt attiré par la médecine. « Je suis tombé dedans quand j’étais petit. En fait, d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours pensé que je serais médecin un jour. Je ne me suis jamais remis en question à ce sujet. J’ai pris le chemin le plus court et ça a fonctionné. » Après ses études en sciences de la santé au cégep Maisonneuve- Rosemont, il quitte la maison familiale en 1981 pour aller étudier à la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke. « Certains domaines m’intéressaient beaucoup, comme la radiologie et la chirurgie. Mais je me disais qu’en optant pour ceux-ci, j’allais perdre contact avec les gens. » Il choisit alors de s’orienter vers la médecine familiale. C’est pendant ses études à Sherbrooke que le futur médecin rencontre une étudiante en sciences infirmières, qui deviendra sa conjointe et la mère de leurs six enfants. La formation médicale du Dr Tremblay est financée par les Forces canadiennes. L’obligation de remplir trois années de service à la fin de ses études les amènent donc, sa jeune famille et lui, à vivre sur la base militaire de Lahr, en Allemagne, de 1986 à 1989. Comme la vie militaire n’a pas d’attrait pour lui, il revient au Québec à la fin de son engagement. |
![]() Le Dr Robert Tremblay |
De son séjour en Allemagne, le Dr Tremblay a toutefois gardé le goût de découvrir d’autres horizons, d’autres cultures. « C’est l’Allemagne qui m’a vraiment donné l’envie de rencontrer et de connaître les gens. Quand tu vis quelque part, c’est différent. Passer trois semaines en Europe et visiter tous les sites touristiques, c’est intéressant, car on voit de belles choses. Mais respirer l’air du temps en Allemagne, avec les Allemands, passer les Fêtes, Pâques [...], c’est vraiment une autre expérience. »
En 1989, c’est le retour. Le jeune médecin exerce à temps plein au point de service de Saint- Alexis-des-Monts du CLSC Valentine- Lupien. Un an plus tard, la famille Tremblay déménage à Joliette, et le médecin occupe dorénavant un poste à la Direction de la santé publique de Lanaudière. Pendant deux ans, il se consacre exclusivement aux programmes de prévention MTS-sida.
C’est par la voie du dépistage que le Dr Tremblay fait son entrée, en 1992, à la clinique jeunesse du CLSC de Joliette. Son intérêt pour la clientèle des jeunes l’amènera aussi à travailler à la clinique jeunesse du cégep de Joliette et à l’école secondaire privée l’Académie Antoine- Manseau. De plus, Joliette compte deux autres polyvalentes qui regroupent environ 3 500 jeunes. « J’étais bien connu des infirmières scolaires de la région et elles me référaient beaucoup de jeunes », dit le Dr Tremblay.
En 1995, il remplace pendant son congé de maternité une collègue de la santé publique qui pratique deux jours par semaine dans une clinique privée. Cela lui donne le goût de faire le saut vers le « bureau », d’autant plus qu’il commence à se lasser de bâtir des programmes, de la quantité de papier qui accompagne le tout et qui reste sur les tablettes. « Je me souviendrai toujours de ma première réunion en santé publique. J’en ris encore aujourd’hui. Une personne avait posé une question qui avait duré au moins trois minutes. Lorsque j’ai entendu que quelqu’un répondait, les bras m’en sont tombés. Je ne pouvais pas croire qu’il ait compris ce que cette personne avait demandé et qu’il lui réponde en plus! »
Son passage à la Direction de la santé publique, d’une durée de cinq ans, aura permis au Dr Tremblay de développer une expertise particulière. « J’aime le dossier MTSsida. Dans la région, je suis probablement celui qui ai le plus de patients séropositifs. Les autres médecins me les réfèrent. Je travaille conjointement avec les microbiologistes. Et comme je connais bien la médication, ça me fait moins peur qu’à d’autres. »
Avec trois collègues, le Dr Tremblay fonde la Clinique familiale des Prairies en 1996. La clinique s’est agrandie au fil des ans et elle compte maintenant onze omnipraticiens qui y travaillent à temps plein ou partiel. Chacun a développé sa propre expertise, telle l’obstétrique, la gériatrie, la santé et les voyages, etc. « Moi, je fais des chirurgies mineures et des infiltrations. Cela me plaît beaucoup, et mes associés m’envoient leurs patients qui en ont besoin », dit le Dr Tremblay. Il fait aussi des visites à domicile pour ses patients qui vivent en foyer privé.
Parallèlement à la création de la clinique, il s’est joint à l’équipe d’hospitalisation du Centre hospitalier régional de Lanaudière (CHRDL). « L’hospitalisation, je m’en sers pour mes patients et aussi parce que ça me tient à jour dans les thérapies. » Comme le CHRDL n’est pas un hôpital universitaire, la place des médecins de famille y est plus importante. Le Dr Tremblay considère que la collaboration avec les spécialistes et l’exposition à une plus grande variété de pathologies lui sont très profitables.
Le goût de la danse
Le Dr Tremblay aime danser depuis longtemps. C’est au cégep, à l’invitation d’un ami retrouvé par hasard, qu’il s’intègre à la troupe de danse Les Gens de mon pays, spécialisée en danses traditionnelles québécoises et bulgares.
Cette passion pour la danse, il la transporte ensuite à Sherbrooke en se joignant à une autre troupe de danse folklorique. « J’ai déjà lâché un stage en plein milieu d’un cours parce qu’il y avait un spectacle. J’ai dit au patron qu’il fallait que je parte. Je me souviens qu’il m’avait regardé d’un drôle d’air... Et je suis sorti sans demander mon reste. »
Le séjour en Allemagne marque une pause dans cette activité dansante. Mais dès son retour au Québec, alors que son poste à la Direction de la santé publique l’amène à faire de la clinique de dépistage à Repentigny, il s’associe de nouveau à une troupe de danse folklorique, cette fois-ci à Laval. Puis, il se joint pendant un an au groupe Les Petits Pas jacadiens, à Saint-Jacques, à titre de professeur de danse.
C’est le désagrément lié au voyagement qui l’incite à établir sa propre troupe à Joliette. La Foulée est fondée en 1994. « Quand j’ai commencé, ma philosophie était d’offrir une activité pour les jeunes qui soit le plus accessible possible, donc qui coûte le moins cher possible. De toute façon, je n’étais pas là pour faire de l’argent. » La troupe établit donc ses quartiers dans les locaux de la polyvalente Thérèse-Martin et recrute les participants parmi les 2 000 étudiants. « Je me suis installé à l’école secondaire pour la visibilité, en me disant que les jeunes pourraient constater que l’on faisait quelque chose d’intéressant. L’autre avantage, c’est que le local était gratuit. »
Selon le Dr Tremblay, la culture folklorique trouve dans la région de Lanaudière un terreau propice : « Dans la région, c’est assez fort, le folklore... avec la Bottine souriante et la Volée de Castors notamment. » Au Québec, on compte environ une vingtaine de troupes de danses traditionnelles actuellement.
Dans la sienne, le Dr Tremblay enseigne des danses connues et il en crée. Il explique que les danses traditionnelles ne sont pas couvertes par les droits d’auteur et qu’il est donc possible de puiser dans le répertoire pour reproduire les danses ou pour les adapter en se montrant créatif. Dans le monde de la danse folklorique, il existe deux courants : « Il y a des danses traditionnelles d’inspiration folklorique et il y a des danses traditionnelles pures. Et toutes les variantes entre les deux. » Avec La Foulée, il se situe entre les deux et il a construit son propre répertoire.
En plus d’enseigner aux membres de sa troupe, il arrive que le Dr Tremblay se joigne à eux pour danser à l’occasion. Il est le seul parmi ses frères et soeurs à danser. Mais bon sang ne saurait mentir : son fils aîné et ses trois filles aiment la danse, tout comme leur père.
La Foulée propose chaque année un spectacle d’envergure aux Joliettains. Un des plaisirs de cet événement pour le Dr Tremblay, c’est la conception de spectacles qui sortent de l’ordinaire. Par exemple, « en 2003, nous avions des marionnettes géantes qui mimaient l’histoire. Et lors de la deuxième partie, un magicien disparaissait par le plafond! »
L’envers de la médaille, c’est le financement des activités de la troupe. Les collectes de fonds en plus de l’encadrement des jeunes, de l’enseignement, des déplacements à l’extérieur de la ville et parfois même du Québec, sans parler de l’organisation propre aux spectacles (incluant les costumes, les décors, etc.) constituent une lourde tâche. Alors qu’il souhaite une longue vie à La Foulée, le Dr Tremblay avoue son essoufflement : « Je ne sais pas si ça va durer encore des siècles. Ça fait dix ans que je mets du temps là-dedans. C’est beaucoup de travail. » Entièrement bénévole...
Silence, on tourne!
Un jour, le Dr Tremblay accède à la demande de ses filles, qui veulent faire de la figuration, et va les inscrire dans une agence de casting qui vient faire du recrutement à Joliette. On le recrute, lui aussi, et c’est par l’entremise de cette agence qu’il aura le plaisir d’enseigner à David Boutin à faire des points de suture pour le film La Grande Séduction. « J’avais apporté mes instruments et une patte de cochon, parce que la peau de porc est celle qui ressemble le plus, sur le plan de la texture, à la peau humaine. On cousait le cochon et on riait. On a eu vraiment beaucoup de plaisir. »
Au palmarès du Dr Tremblay, on compte aussi une participation comme figurant au film The Aviator, mettant en vedette Leonardo Di Caprio.
Par ailleurs, La Foulée a participé au tournage du film Séraphin, un homme et son péché : « Ce fut une expérience hors pair. Quand tu es figurant, tu es vraiment comme un décor vivant, mais ce n’est pas toi qui es important. Alors que dans ce cas-là, on devait interagir avec les acteurs principaux du film et moi, je devais intervenir, leur montrer des choses, comment se placer pour danser, etc. »
C’est la vie qui va...
Et qui amènera le Dr Tremblay on ne sait où. « Je ne sais pas ce que l’avenir me réserve. J’ai des rêves. D’ici un an, deux au maximum, je vais sûrement avoir pris ma retraite de La Foulée parce que je considère que j’ai fait le tour de ce que j’avais à y faire. Mais personne ne veut prendre la relève. C’est dommage... J’espère tout de même que la troupe va continuer à vivre. »
Assurément, l’idée de vivre ailleurs n’est pas exclue. « Les enfants ont des racines à Joliette, mais pas moi. J’ai bâti une clinique que j’adore, j’aime vraiment mon environnement de travail, mais [...] j’ai encore des rêves de jeunesse à réaliser. Depuis que je suis petit, je me dis que j’irai au Pérou un jour. Je connais des gens là-bas et je voudrais aller y travailler un peu. Pas de façon permanente, plutôt pour donner un coup de main quelques semaines ou quelques mois. C’est un projet qu’il me reste à planifier... Mais il est écrit dans le ciel que je vais le concrétiser un jour. »
Et puis, « les projets, ce n’est pas ça qui manque. La vie est tellement courte, il faut qu’on en profite! » ]
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