Le Dr Catherine Blais-Morin
Parution: février 2005
Quand un coin de pays nous habite
Par Sylvie Poulin

Gaspé, petite ville pittoresque située au bout de la péninsule gaspésienne, a accueilli en 1977 la venue au monde du futur Dr Catherine Blais-Morin. Troisième enfant d’une belle famille qui en compte sept, elle est depuis son tout jeune âge une grande passionnée de sa région natale.

Partis de Montréal pour aller enseigner au cégep de la Gaspésie et des Îles, ses parents se sont attachés à la côte gaspésienne, caractérisée par un mariage parfait entre la mer et la montagne. Gaspé a une population de quelque 17 500 habitants et regroupe 17 villes et villages sur un territoire de 975 km2, ce qui en fait l’une des plus grandes villes, en superficie, au Québec.

« C’est un coin de pays que j’aime, où je me sens bien. J’ai un fort sentiment d’appartenance à cette région. Mes plans ont toujours comporté un retour ici, pour y travailler, pour y vivre. La ville de Gaspé n’était pas un incontournable; mais la Gaspésie, oui. »

Apprendre, toujours

Le Dr Blais-Morin travaille au centre hospitalier de Gaspé, à l’unité de médecine familiale. Cet hôpital compte une cinquantaine de lits. On y offre des soins généraux et spécialisés, de courte comme de longue durée. « Grâce à la télémédecine, nous pouvons travailler en étroite collaboration avec l’équipe du centre hospitalier Baie-des-Chaleurs. Il y a au centre de Gaspé des spécialistes que l’on ne retrouve pas au centre Baie-des-Chaleurs et vice versa. Ensemble, nous couvrons un immense territoire. »


Le Dr Catherine Blais-Morin

C’est après un stage à l’unité de médecine familiale du centre hospitalier de Gaspé que le Dr Blais-Morin a choisi d’y exercer. « J’ai adoré le milieu ainsi que l’équipe de travail. Chacun fait ce qu’il faut pour apporter aide et soutien à ses collègues. » Outre l’hospitalisation, elle assure des gardes à l’urgence et accorde du temps aux soins à domicile. Elle consacre une dizaine de demi-journées par mois à recevoir ses patients en consultation, directement à l’unité de médecine familiale.

De plus, elle assume avec ses confrères la tâche d’enseignement aux externes et aux résidents accueillis pour un stage. « J’aime vraiment enseigner. Côtoyer des étudiants me permet de tenir à jour mes compétences. Il y a peu de temps que je suis diplômée, et pourtant, je me rends compte que l’état des connaissances médicales évolue très rapidement. La rigueur que cela exige ne me rebute pas. Je réalise quotidiennement que j’ai encore beaucoup à apprendre. » Le Dr Blais-Morin est membre du comité de formation médicale continue, tant sur le plan local que régional.

Choisir le défi

Catherine Blais-Morin a quelque peu hésité entre la médecine et l’enseignement. C’est le défi des études médicales qui l’a emporté. « Je dois dire que ce choix m’assurait plus concrètement un retour en Gaspésie, et ce facteur a fait pencher la balance. De plus, j’ai opté pour la médecine de famille parce que je voulais approcher mes patients dans leur milieu de vie, de façon plus globale. »

Malgré qu’on lui suppose une grande facilité pour les études, elle explique qu’elle a surtout le souvenir d’avoir travaillé très fort. « L’objectif, pour moi, était d’obtenir des notes de 100 %. Et pour cela, il fallait y consacrer du temps et de l’énergie. C’est ce que je me suis appliquée à faire. »


« C’est un coin de pays que j’aime, où je me sens bien. J’ai un fort sentiment d’appartenance à cette région. Mes plans ont toujours comporté un retour ici, pour y travailler, pour y vivre.»
– Dr Catherine Blais-Morin  

Son parcours scolaire est jalonné de différentes marques de reconnaissance à l’endroit de ses capacités d’apprentissage et de travail. Elle a reçu deux fois – à l’école secondaire et au cégep – la Médaille du gouverneur général remise à l’étudiant ayant la meilleure moyenne cumulative. Elle a également décroché une bourse accordée à l’étudiant s’étant le plus démarqué en sciences de la santé durant ses études au cégep de la Gaspésie et des Îles.

Bien qu’elle ait suivi sa formation médicale à l’Université de Sherbrooke, le Dr Blais-Morin a tenu à faire sa résidence à l’Université Laval, à Québec. « La méthode proposée par Sherbrooke m’a attirée en premier lieu. Cette façon d’aborder la médecine qu’est l’apprentissage par problèmes s’est révélée des plus intéressantes. Et puis, j’avais le privilège et le plaisir de rejoindre ma soeur, déjà inscrite en médecine là-bas.

« Cependant, au moment de faire ma résidence, j’ai opté pour Québec parce qu’on y offre plus de stages dans les régions du Bas- Saint-Laurent et de la Gaspésie. J’ai passé deux ans au centre hospitalier régional de Rimouski, avant de poursuivre à Gaspé. On m’a bien sûr demandé de rester à Rimouski, mais mon coeur était déjà de retour sur la péninsule gaspésienne. »

Elle a également acquis des formations supplémentaires : Advanced Cardiac Life Support (ACLS), Advanced Trauma Life Support (ATLS) et Fundamental Critical Care Support (FCCS). « Ces cours ne sont pas obligatoires, quoique fortement suggérés. Ils ont l’avantage de nous préparer plus adéquatement à la résidence. »

À son immense désir d’exercer en Gaspésie, s’ajoutait toutefois une certaine crainte. « Les gens attendent beaucoup des médecins en général. Dans mon cas, la pression s’est élevée d’un cran parce que je suis native de la région. Mais en définitive, les choses se sont très bien passées, en douceur. »

Un outil d’équilibre

Le Dr Blais-Morin est une femme qui aime bouger. « Je ne suis pas hyperactive, mais disons que je ne suis pas du genre à rester en place. Le sport est une activité qui me permet de trouver un certain équilibre dans la vie. »

Elle pratique la natation et s’entraîne trois fois par semaine avant d’aller au travail. « C’est pour moi un moment de détente, même si l’entraînement est assez intensif. De plus, la pratique de ce sport me procure toute l’énergie dont j’ai besoin pour la journée. » Elle fait également partie du club des maîtres nageurs de la ville.

En 1995, durant sa formation au cégep de la Gaspésie et des Îles, elle a d’ailleurs reçu un prix décerné à l’étudiant combinant le mieux sport et études. « Je ne pratique pas un sport pour la performance, mais plutôt avec le dessein d’y trouver la relaxation. Et cela, même si j’y mets beaucoup d’intensité! Je refuse la pression de la compétition sportive. »

Elle arrive également à trouver du temps pour faire du vélo. « C’est plus solitaire, mais tout aussi bénéfique. Le plus difficile en cours de pratique médicale, c’est d’établir un horaire équilibré, parce qu’il y a toujours quelque chose à faire : voir de nouveaux patients qui s’ajoutent à la clientèle déjà établie, participer à divers comités, etc. Pourtant, nous sommes bien souvent les seuls responsables de ce surplus de travail. Même si c’est parfois difficile, il faut simplement apprendre à dire non. »

L’expérience de sa vie

Le Dr Blais-Morin raconte qu’elle a sciemment reporté la date du début de sa résidence pour parcourir le Canada à vélo en compagnie de son ami. « C’était un projet commun. Une grande aventure pour nous qui n’étions pas des cyclistes chevronnés.

« Nous sommes partis de Vancouver avec l’objectif de revenir à Gaspé. Ce voyage nous a permis d’être près des gens, près des paysages. Il constituait une façon magnifique de prendre des vacances. Ce fut tout un défi aussi. Ce genre d’expédition est, à mon avis, une très belle manière de voyager et de visiter.

« Nous avions une date butoir, la mi-septembre, à cause de mon entrée en résidence. Nous avons mis soixante-cinq jours pour faire la totalité du trajet. Nous étions équipés pour le camping, ce qui nous permettait d’arrêter au moment voulu. Nous y allions selon notre énergie, selon les vents et la température aussi.

« Nous avions pour objectif de parcourir une centaine de kilomètres par jour. Mais en réalité, nous avons fait moins de route au début du voyage, et pas mal plus, quotidiennement, vers la fin du parcours. Qui plus est, cette expérience s’est révélée très bonne pour notre couple. »

Aimer ce que l’on fait, aimer où l’on est

La pratique du Dr Blais-Morin est bien telle qu’elle la souhaitait. « La réalité colle tout à fait à mes attentes. Mes activités professionnelles sont diversifiées, et c’est ce qui rend mon quotidien très intéressant. De plus, j’aime les milieux de travail plus petits, à cause de la solidarité entre collègues. Au centre hospitalier de Gaspé, les médecins travaillent très fort. Mais ils accordent aussi beaucoup d’importance à la qualité de vie. Je partage cette valeur, et j’ai beaucoup de respect pour mes confrères. »

C’est définitivement avec sérénité qu’elle entrevoit l’avenir. Elle entend, au cours des prochaines années, continuer son travail au centre hospitalier de Gaspé. « Le défi qui se présente à moi est de trouver un juste milieu dans ma vie, un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.

« Je désire également fonder une famille, tout en sachant pertinemment que mon horaire devra être réorganisé en conséquence. Mais je ne doute pas d’y parvenir. » ] 


Article précédent dans ce Bulletin
Article suivant dans ce Bulletin