| Mot du président Entorse, quand tu nous malmènes... |
Parution: avril 2005
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Le diagnostic d’entorse entraîne des coûts importants, comme on peut le constater en prenant connaissance des réclamations faites auprès de la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST). L’AMLFC a démontré, par son congrès annuel et l’exposition publique qui y était associée, son souci d’avoir un impact sur la promotion de la santé et la diminution des coûts du système. À titre de président de l’AMLFC et d’expert médico-légal, j’aborde ici une importante problématique du système locomoteur. |
· Quelle définition adopter ?
L’entorse de la cheville est bien connue. Le Larousse médical la définit ainsi : lésion des ligaments d’une articulation sans déplacement des surfaces articulaires. Les entorses sont dues à un mouvement brutal de l’articulation lui faisant dépasser ses amplitudes normales. Elles sont bénignes lorsque les ligaments sont simplement distendus, ou graves lorsqu’ils sont rompus.
Un travailleur tente de sortir une lourde porte d’une boîte de camion. En la déplaçant, son pied glisse. La porte s’accroche au plafond. Il la retient, mais se retrouve en déséquilibre. La portion supérieure de son corps impose une torsion au niveau lombaire. Il y a blocage immédiat de la colonne lombaire.
Dans un accident d’auto avec arrêt brutal, la tête du conducteur est projetée d’avant en arrière. Le poids de la tête entraîne la colonne cervicale dans un mouvement de bascule qui étire les tissus mous et crée un stress important sur les structures articulaires. Moindrement sévère, le spasme s’installe : le cou est bloqué.
Voilà deux exemples classiques. Comme on le sait, l’intensité (énergie) de la force déployée dépend de la moitié de la masse impliquée, multipliée par la vitesse au carré.
· L’entorse bafouée
Comment peut-on parler d’entorse (voir définition ci-haut) du thorax, du trapèze, du rhomboïde, du sous-scapulaire, de l’avant-bras ou de la cuisse…?
Et pourtant… Combien de fois ne retrouve-t-on pas ce terme dans les dossiers de la CSST pour définir d’autres types de blessures. Les médecins qui œuvrent à l’urgence, ou dans les cliniques sans rendez-vous, utilisent le mot magique « entorse ». Souvent, leur diagnostic sera accepté et le dossier du patient progressera rapidement sur le plan administratif.
Toutefois, il n’est pas rare que les dossiers d’entorse soient contestés soit par l’employeur ou le patient, conduisent à de longs délais de règlement, augmentent de façon démesurée les coûts. Médecins désignés de la CSST, médecins évaluateurs au Bureau d’évaluation médicale (BEM), syndicats et employeurs s’indignent des déboires de notre système. Les médecins de famille connaissent bien la lenteur du processus de guérison des « patients sur la CSST ».
· Responsabilité socioéthique
Qui a la responsabilité de s’assurer de la progression de nos connaissances dans ce domaine, de déterminer des critères précis et des normes claires, d’établir des standards et, par-dessus tout, d’entreprendre des actions qui mèneront à des consensus acceptables ? Ultimement : le Collège des médecins du Québec. En amont : nous tous qui sommes partie prenante de ce système.
Comme par le passé, l’AMLFC a à cœur de lancer les discussions sur divers enjeux de la médecine. Nous avons déjà organisé deux tables rondes*. Cette fois-ci, nous souhaitons explorer l’épineux sujet des entorses.
Nous le savons, le terrain est glissant, d’autant que les approches disciplinaires peuvent différer considérablement les unes des autres.
Néanmoins, notre responsabilité sociale ne nous permet plus de repousser sous la couverture ces enjeux qui ont un impact si lourd sur nos budgets. Une fois de plus, l’AMLFC souhaite jouer un rôle de leader dans la communauté francophone.
Dr Jacques Étienne Des Marchais
Président de l'AMLFC
* En janvier, une table ronde a été tenue sur le dialogue entre médecins et pharmaciens. Une deuxième, en mars, portait sur les maladies transmises par voie sanguine.