Mot du président
Les infections transmises par le sang : quelle position adopter ?
Parution: novembre 2005


Au théâtre, un vieillard trébuche. Il se « scalpe » une portion du cuir chevelu. Je me précipite, mains nues, pour ramener le lambeau sur la plaie béante afin de limiter l’hémorragie. Le bon samaritain que je suis se retrouve avec les mains tachées de sang. Je lui demande : « Monsieur, avez-vous le sida ? » Les ambulanciers arriveront promptement, tous bien gantés !

Le Collège des médecins se penchait, il y a un an, sur la problématique des agents infectieux transmis d’un patient à son médecin, et réciproquement : hépatites B et C, et le VIH.

Quelle attitude adopter face à des situations complexes telles que celles vécues à l’urgence, en salle d’opération ou en salle d’accouchement ?

Le Collège a opté pour une responsabilisation des personnes et leur participation volontaire plutôt que pour un système coercitif. Par ce principe d’autogestion, alors que le médecin doit reconnaître son état et évaluer sa pratique professionnelle, le Collège a établi cinq lignes directrices :

  1. Un médecin doit appliquer les précautions universelles de prévention des infections.
  2. Le médecin exposé personnellement ou professionnellement aux infections transmissibles par le sang doit reconnaître son état relativement à des agents infectieux.
  3. Le médecin doit consulter un médecin traitant s’il est infecté.
  4. Le médecin doit faire évaluer initialement et périodiquement sa pratique professionnelle par un comité d’experts s’il est infecté et s’il pose des actes médicaux propices à la transmission de maladies transmissibles par voie sanguine. Il doit se conformer aux recommandations formulées par ce comité.
  5. Le médecin doit connaître et respecter le code de déontologie.
Réflexion à l’AMLFC

Nous nous sommes sentis interpellés par cette question déontologique. Comme médecin, considérant mes conditions de pratique, suis-je à risque? L’actualité médicale* nous apprenait que l’Institut national de santé publique du Québec offre maintenant un service pour examiner la sécurité de la pratique et vérifier les actes médicaux à risque et ceux susceptibles de transmettre des infections.

Interpellés sur le plan humain. Le patient s’attend à avoir un environnement sécuritaire. L’obligation de divulguer notre contamination entraîne de nouvelles contraintes dans la relation médecin-patient.

Dépistage réaliste. Les médecins ont tendance à minimiser leurs problèmes de santé. Le premier défi consiste à reconnaître qu’il y a risque véritable; le deuxième, de reconnaître que le médecin pourrait effectivement devenir porteur de maladies. Dernier défi : vérifier si la démarche entreprise est suffisante.

S’adapter à un nouveau problème de santé publique. La pratique du risque 0 n’existe pas dans la réalité clinique. Plusieurs éléments personnels influencent notre comportement : habitudes sociales, négation d’une situation particulière, peur d’être incapable de modifier les conditions de pratique. Par ailleurs, dans la gestion du risque, le risque de contamination demeure pratiquement nul. Est-ce un « non-problème »? On se le demande…

Constats et conclusion

Jusqu’à quand pourrons-nous nous soustraire au dépistage systématique compte tenu des exigences d’une santé globale? La question soulevée demeure sans réponse pour l’instant.


P.-S. : Merci aux Drs Anne Magnan, Sébastien Toussaint et Alain Vadeboncoeur ainsi qu’à M. André de Sève pour avoir participé à cette discussion.

* L’actualité médicale, 9 février 2005, vol. 26, no 6, p. 5.