| Parution: mai-juin 2008 |
| Nos médecins venus d'ailleurs : Quand le recyclage sauve des vies |
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![]() Le Dr Rafaël Castan |
Puis, au milieu du siècle dernier, l’immigration antillaise s’intensifie. Dans les années 1970, elle compte pour environ 13 % de l’ensemble du flux migratoire. Aujourd’hui, les Canadiens d’origine antillaise, avec plus de 500 000 membres, représentent presque 2 % de la population canadienne totale. En outre, cette communauté ethnique, particulièrement jeune, croît plus rapidement que l’ensemble de la population. Selon Statistique Canada, entre 1996 et 2001, le nombre de personnes ayant déclaré être d’origine antillaise a augmenté de 11 %, alors que la population dans son ensemble a seulement augmenté de 4 %. Un vent de chaleur...
Quand un Dominicain prend racine au Québec
En juin 1970, alors que l’immigration antillaise a entamé sa montée, un jeune Dominicain, Rafaël Castan, choisit le Québec... influencé peut-être par sa jeune épouse originaire de ce pays d’hiver. Après un passage à Paris où il se spécialise en cardiologie auprès du célèbre Pr Jean Lenègre, un véritable mentor, le Dr Castan tombe sous le charme nord-américain. Il s’empresse de compléter sa formation à l’hôpital Notre-Dame et à l’Institut de cardiologie de Montréal. Après avoir passé ses examens, en 1973, il se voit offrir un poste à l’hôpital Jean-Talon, où son enthousiasme et sa fougue seront rapidement mis à l’œuvre. Ils ne se démentiront jamais.
Dès l’année suivante, le Dr Castan est nommé chef de l’unité des soins intensifs. Tout est à construire. En quelques années, avec le soutien de ses collègues, les Drs Vincent Lavoie et Gilles Perrault, Rafaël Castan développe la première unité de soins intensifs moderne de l’hôpital Jean-Talon. En plus des équipements neufs et efficients, le nouveau département comprend désormais une équipe d’infirmières formées en nursing de soins aigus. Le jeune cardiologue d’origine antillaise passe ainsi une dizaine d’années à ériger ses assises. Car pour le Dr Castan, cet investissement dans la communauté québécoise est essentiel à ses aspirations futures.
Équipement obsolète : vraiment?
Nommé chef du service de cardiologie à l’hôpital Jean-Talon une décennie plus tard, son champ d’action élargi et sa crédibilité établie, le Dr Castan est prêt à ajouter une pierre supplémentaire à son projet humanitaire. C’est en contactant un collègue dominicain que germe une idée de recyclage astucieuse. En effet, ce dernier lui raconte le sort que subissent bien souvent les patients dont la situation nécessite un stimulateur cardiaque. « Faute d’équipement, nous leur donnons une pilule... et nous ne les revoyons plus... » Facile de lire entre les lignes. Il n’en faut pas plus pour aiguillonner le cardiologue. Sans plus tarder, il décide de recueillir les pacemakers encore fonctionnels de patients décédés, les fait stériliser et reprogrammer avant de les envoyer en République dominicaine. Des équipements destinés à la poubelle pourtant capables de sauver des vies.
Afin de rassembler davantage de matériel, le Dr Castan cogne aux portes et développe un réseau de partenaires. Par un effet d’entraînement, les événements qui se mettent en place porteront le projet à de grandes réalisations. Ainsi, un journaliste met la main sur le journal interne de l’Institut de cardiologie de Montréal qui honore M. Richard Cartier, technicien de recherche en charge d’évaluer le matériel récolté par le Dr Castan. Le journaliste, intéressé, réalise un reportage diffusé à Radio-Canada, en 2003. À la suite de cette diffusion, le Dr Castan est nommé « Personnalité de la semaine » de La Presse. Quelque temps plus tard, les maisons funéraires s’associent à la collecte de pacemakers.
Mais le cardiologue veut faire mieux. Il y a tant à faire! Parallèlement à l’envoi de matériel recyclé, le Dr Castan relance son collègue dominicain et le convainc de construire un lieu spécifique aux services de cardiologie. Il le soutiendra en expédiant des équipements, diverses fournitures et même en offrant de la formation aux médecins dominicains dans le cadre d’un programme établi entre l’Institut de cardiologie de Montréal et l’Institut dominicain de cardiologie. Le projet, qui s’est concrétisé avec succès, a fait boule de neige. Depuis, de semblables institutions ont vu le jour en Haïti, au Honduras et au Guatemala. Et bientôt, si tout va bien, il y en aura au Pérou et en Équateur. Le Dr Castan, dont la motivation indéfectible mène sa vision du partage toujours plus loin, ressent une gratification certaine en ce pouvoir rendre le monde meilleur , mais y trouve également une certaine part d’angoisse lorsqu’il faut vaincre l’inertie... Et pourtant, « rien ne me décourage! » conclut cet homme qui a su tisser un lien serré entre sa terre d’accueil et sa communauté d’origine. ]
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