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Parution: mai-juin 2008
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Le parcours ordinaire d'un homme extraordinaire |
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|
![]() Le Dr Carroll A. Laurin |
L'extraordinaire est discret chez le Dr Laurin. Sa carrière l’a mené en Indonésie, au Maroc et en Tunisie. Il a participé à des programmes humanitaires, a été à la tête des services de santé lors des Jeux olympiques de Montréal. Cet honnête homme du 21e siècle souligne l'importance de la diversité des expériences, du travail varié, des voyages… pour les rencontres qu’on y fait. Par-dessus tout, il insiste sur les leçons qu’il a tirées de tout cela, sur son ouverture aux autres, son désir de véritablement communiquer avec ses collègues, sa famille, ses petits-enfants… C’est avec beaucoup de tendresse que le Dr Laurin parle de ces derniers. « Les questions qu’ils me posent sont essentielles. S’ils cessaient de m'en poser, c’est moi qui le ferais », raconte-t-il. D’ailleurs, c’est un peu en réponse à leurs questions que le Dr Laurin a écrit son livre.
« Dans un premier temps toutefois, c’est ma femme qui est responsable de cette aventure. Elle ne voulait pas me voir à la cuisine. ''Maintenant que tu es à la retraite, tu devrais écrire tes mémoires'', m’a-t-elle clairement signifié. » Pour ne pas être esclave de la chronologie, le Dr Laurin a d’abord couché sur papier ses souvenirs les plus marquants sur le plan professionnel et a enchaîné avec tous ces autres souvenirs qui ont émergé ensuite, tissant de sa plume cette autobiographie qui a pour titre Dis-moi, grand-papa…
« Je suis le résultat des rencontres que j'ai faites dans ma vie, et ce furent des rencontres bénies. » Ainsi en est-il de celles avec deux de ses mentors, les Drs Favreau (à Montréal) et Dewar (à Toronto). « On m’avait mis en garde contre Toronto, une ville où les Canadiens français étaient soi-disant mal reçus. Ce fut plutôt le contraire! » Inévitablement, toute personne est confrontée à quantité de préjugés, les siens et ceux des autres. Pour contrer cela, le Dr Laurin nous invite à voyager beaucoup, car les voyages sont une formation essentielle menant à l'ouverture d'esprit. Là encore, il parle d’expérience. Lui-même est allé aux Bermudes pendant ses études, a séjourné en Chine, a visité le monde arabe où il a d’ailleurs été l’orthopédiste privé du roi d'Arabie saoudite. « Le roi souffrait du genou. Je venais tout juste de prendre ma retraite lorsqu'on m'a invité à soigner le roi, ce que j’ai accepté. » Ce fut l'occasion pour le Dr Laurin de retrouver deux de ses anciens résidents, qui œuvraient en Arabie saoudite.
« À Montréal, j’ai toujours essayé de porter une attention particulière aux étudiants étrangers. Il fallait que ces derniers soient particulièrement bien formés, car une fois de retour dans leur pays d’origine, ils se retrouvaient pour la plupart en première ligne pour donner les soins requis. Je suis resté quelques mois en Arabie. J’ai reçu de ces anciens étudiants un accueil chaleureux et d’une extrême gentillesse. J’ai quitté après que soit arrivé un de mes collègues avec qui j’avais organisé une rotation et qui a pris la relève. Petite anecdote : le roi, qui avait refusé de prendre son aspirine, est devenu hémiplégique le jour de mon départ et le contrat a été annulé à la suite de ce malheureux incident. »
Les voyages du Dr Laurin lui auront permis de constater combien, malgré tout, il fait bon vivre ici. « Je me réjouis de payer des impôts dans un pays où il n’y a pas d’abus et d'inégalités aussi marqués que dans bien d’autres régions du globe où le luxe extrême côtoie la plus grande misère. »
Tenté par la prêtrise, fasciné par le sommeil et conquis par l’orthopédie
À la fois idéaliste et réaliste, le Dr Laurin pense que, fondamentalement, les gens souhaitent le bien aux autres et à eux-mêmes. Cette foi en l’être humain explique peut-être qu’il ait été tenté par la prêtrise dans sa jeunesse. « Mes directeurs de conscience voulaient tous que je devienne curé. Mais je me suis rendu compte que j'aimais bien les filles et que je préférais les robes aux soutanes... Finalement, c'est la vie qui nous mène plutôt que nous qui menons notre vie. »
Originaire de Hull, le Dr Laurin insiste sur sa double origine : canadienne-française de par sa mère et irlandaise de par son père. « À la maison, nous parlions le français. Mon père m’a donc inscrit au collège Loyola afin que j’apprenne à parler l’anglais. » Au moment d’aller à l’université, le Dr Laurin a choisi McGill « parce qu’à l’époque, elle était réputée pour être la meilleure université et que tant qu’à choisir une profession, je voulais obtenir la meilleure formation possible. » La découverte du milieu universitaire et la rencontre de jeunes gens aussi passionnés que lui le remplissent d’enthousiasme pour sa future pratique.
Le Dr Laurin a toujours aimé apprendre. Pouvoir poser toutes les questions qui lui viennent à l’esprit le comble. Nombreux sont les sujets pour lesquels il s’émerveille. Le sommeil, par exemple, l’a toujours fasciné et le fascine encore. « Expliquez-moi le sommeil, demandait-il à ses professeurs. Comment peut-on perdre connaissance et se retrouver éveillé huit heures plus tard avec toutes ses facultés intactes? » Des années plus tard, sa capacité à s'émerveiller ne s'est pas émoussée ni son intérêt pour le sommeil d’ailleurs.
Interrogé sur son choix de l'orthopédie comme spécialité, il répond en riant : « Le hasard, encore une fois! Lorsque l'on fait la tournée des spécialités pendant nos études, on est toujours tenté par la toute dernière. Je les aurais toutes choisies, sauf la psychiatrie. Parce que chaque fois que je rencontrais un patient, je me voyais en lui. Tellement que je n'aurais pas pu pratiquer cette discipline. »
Un copain français, Pierre Lecocq, ancien résistant du maquis pendant la dernière guerre, l’encourage à rencontrer le Dr Favreau, qui souhaite alors préparer la relève en orthopédie à l'hôpital Sainte-Justine. À 23 ans, le Dr Laurin entreprend donc l'étude de cette spécialité. Puis, titulaire d'une bourse, il part un an en Europe pour y étudier l'orthopédie dans les différents centres hospitaliers du continent. Six ans plus tard, il revient. Comme prévu, il est invité à se joindre à l’équipe d’orthopédie de l'hôpital Sainte-Justine. « Je suis chanceux et vaillant », dit-il pour se définir. Il se rappelle les paroles de son père qui l’incitait à être second de classe « parce que le premier est généralement paresseux! »
L’intérêt du Dr Laurin pour l’orthopédie et le plaisir qu’il a à la pratiquer ne se sont jamais démentis. « L'orthopédie (du grec ortho : redresser et pedos : enfant) d'aujourd'hui a dépassé ses origines. On ne se contente plus de réduire des fractures. L’orthopédie est devenue une discipline riche et multiple. Une fois que l’on est orthopédiste, on peut opter pour la médecine sportive, l’évaluation médico-légale, se spécialiser dans le traitement des tumeurs de l’appareil locomoteur... Les possibilités sont nombreuses. Pour ma part, je ne saurais vous dire l’immense satisfaction et la gratitude que je ressens lorsque je peux redonner ses jambes à mon patient après une opération de plusieurs heures. »
Le Dr Laurin a un coup de cœur pour la méthode KISS, « car elle suppose de demeurer humble, de ne pas se servir de nos patients pour faire de la recherche et de toujours chercher à améliorer notre pratique médicale. À la fin de ma carrière, je ne réalisais plus aucune des opérations que j'avais apprises lors de mes études; elles n’étaient plus les soins optimaux que je pouvais offrir à mes patients. D’autres méthodes avaient émergé. » Certes, le squelette demeure toujours le même, mais les connaissances acquises et les nouvelles technologies médicales ont grandement modifié le traitement des pathologies de l’appareil locomoteur. « Aujourd’hui, certaines affections sont en déclin. Ainsi en est-il du rachitisme. N’est-ce pas merveilleux? On connaît maintenant l’importance de la vitamine D pour les os et les gens veillent à leur santé. Également, on commence à mieux comprendre et donc à mieux contrôler l'ostéoporose. Et ça ne s’arrête pas là. Les connaissances découlant de l’orthopédie sont mises à profit dans le milieu du sport. Tout se tient. »
D’abord le patient
L’orthopédie a beaucoup évolué au cours des ans, de même que l’approche des patients. Il n’est pas rare que ceux-ci, davantage informés aujourd’hui, croient savoir déjà ce qu’ils ont au moment de consulter leur médecin. La perception que le patient a de sa maladie s’en est trouvée modifiée. Pour le Dr Laurin, il est clair qu’il faut savoir tenir compte de ces changements : « Lorsqu’un patient me fait part de son propre diagnostic une hernie discale, par exemple je l’interroge à ce sujet. ‘‘Pourquoi pensez-vous cela?’’ Il peut me répondre que c’est visible sur le ‘‘scan’’ (on le lui a dit au laboratoire…). Le praticien doit faire preuve d'humanisme, s'asseoir à côté du patient, le toucher; il faut rester simple, parfois revenir en arrière. ‘‘Vous avez mal au dos; nous allons examiner cela. Voulez-vous revenir la semaine prochaine avec votre épouse? Ensemble, nous allons tâcher de trouver les moyens de vous soulager et de vous guérir.’’ »
Il ne fait aucun doute que la médecine est une vocation et non un simple travail pour le Dr Laurin. « J'ai toujours insisté longuement auprès de mes étudiants pour leur montrer que c'est le côté humain et non pas le côté médical qui prime dans le rapport thérapeutique qu'ils ont avec leurs patients. On parle ici de communion entre le médecin et son patient. À l'époque où j'ai commencé à pratiquer la médecine, on ne demandait pas de consentement écrit avant d’opérer. La relation médecin-patient supposait alors une collaboration beaucoup plus profonde. »
Dans l’écriture comme dans la vie, le Dr Laurin est sans prétention et très aimant de son prochain. Dis-moi, grand papa ... est un livre qui n’impose pas, qui partage en toute simplicité. « Tout est dans la modération, raconte le Dr Laurin. Même le stress est nécessaire, en quantité raisonnable. » Le récit qu’il nous offre est l’histoire passionnante de son parcours, qui touche à l’essentiel de la vie. Aller à la découverte de son récit est un pur plaisir.
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