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Parution: mai-juin 2008
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Quand le patient est la population entière |
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« Il s’agit toujours de médecine, dit-elle, c’est la perspective qui change. Le patient devient une population entière. Nous trouvons nos outils de diagnostic dans les données de surveillance (et les enquêtes épidémiologiques) que nous rassemblons, ainsi que dans les résultats de recherches ou d’études. Les traitements et les ordonnances sont représentés par nos diverses stratégies d’intervention telles que les campagnes d’information, les activités de sensibilisation et de formation ou les programmes de vaccination et de dépistage. »
La médecine depuis toujours
L'attrait de la médecine ne date pas d'hier pour la Dre Venne. « J’ai toujours voulu être médecin. Je n’ai jamais envisagé autre chose et lorsque le temps est venu, cela a coulé de source. J’ai aimé les sujets d’études, les contacts avec les patients, le climat et l’ambiance des hôpitaux. Les aspects scientifiques et humains de la médecine ont répondu à toutes mes aspirations professionnelles, et j’ai le sentiment d'apporter quelque chose aux autres. J’ai débuté en médecine familiale à la clinique Lorraine, dans les Laurentides, tout en œuvrant à la Cité de la santé de Laval. J’ai pratiqué ainsi pendant sept ans, avec un intérêt marqué pour les aspects pédiatriques de la pratique. »
La médecine communautaire
Mais c’est vraiment par hasard qu'elle s'est orientée vers la médecine communautaire : « Une amie m’avait demandé de la remplacer pour son congé de maternité. À l’époque, la santé publique n’évoquait pour moi qu’une sorte de no man’s land et je n’avais que peu d’idées sur son utilité. Mais la curiosité et l’envie de rendre service m’ont poussée à accepter. »
À ce moment-là, tout était à faire. La santé publique n’avait pas la place qu’elle occupe aujourd’hui, nous raconte la Dre Venne. Les départements de santé communautaire venaient d’être créés et commençaient seulement à s’organiser. « Aujourd’hui, je vois la santé publique comme une médecine qui suit les mêmes principes que la médecine individuelle, mais à une autre échelle. Le patient est une population au lieu d’être un individu.
« Côté outils, nous n’utilisons pas un stéthoscope, mais plutôt un ensemble de données de surveillance et de recherche pour établir le diagnostic d’un problème de santé. Et le plan d’intervention touche un ensemble d’individus. Par exemple, je travaille dans le domaine des maladies infectieuses, pour lesquelles on a recours aux vaccinations, aux programmes de promotion de la santé ou encore de dépistage. La santé publique comprend aussi la promotion de comportements sexuels sains, d’habitudes d’hygiène régulières et d’autres types d’intervention. Nous agissons également en suscitant l’harmonisation des pratiques auprès des professionnels de la santé. Le but recherché est l’instauration de méthodes cohérentes, comme dans le cas des ITS. »
La tuberculose
Étonnamment, c'est une maladie qu'elle croyait éradiquée qui a sensibilisé la Dre Venne à la nécessité de la santé publique. « Je n’avais pas vu de cas de tuberculose pendant mes études... J’avais l’impression que cela n’existait plus. Or, mon premier dossier portait justement sur la tuberculose! J’ai découvert ainsi que la santé publique offrait un terrain où je pouvais être active et approfondir de nombreux domaines de connaissance... Il y a énormément de choses à faire, tant au point de vue des individus atteints que du soutien aux médecins. Que l’on puisse avoir un effet utile par ce type d’action, c’est ce qui m’a séduite dans ce domaine...
« J’ai donc continué à travailler à temps partiel dans ce champ de pratique une fois que ma collègue est revenue. Cela a duré plusieurs années, jusqu’à l’arrivée de mon troisième enfant. À ce moment-là, la famille, l’hôpital, la clinique et la santé publique, cela faisait beaucoup. J’avais l’impression de ne pas pouvoir donner le meilleur de moi-même partout. Alors, j’ai choisi de laisser le travail clinique, de me concentrer sur la santé publique et de faire une maîtrise dans cette discipline. Je travaille maintenant uniquement en santé publique. »
Cibler les MTS
« La santé publique regroupe un grand nombre de secteurs d’activité : les maladies cardiovasculaires, les actions antitabac, la petite enfance (naître et grandir en santé), sans oublier la santé au travail, la santé environnementale, les maladies infectieuses et la prévention. Pour ma part, j’ai continué avec le dossier des infections en garderie et celui des hépatites virales surtout l’hépatite B. Puis je me suis essentiellement occupée du dossier des infections transmissibles sexuellement. »
À cette époque, se souvient la Dre Venne, le VIH était la préoccupation principale du moment. Cela n'intéressait pas uniquement les médias; le VIH était au centre des préoccupations du milieu de la santé publique. « Pourtant, les déclarations obligatoires que nous recevions concernaient avant tout l’infection génitale à Chlamydia trachomatis, la gonorrhée et la syphilis. Je trouvais inquiétant de constater que la majorité des efforts étaient maintenant consacrés au sida et que l'on délaissait les autres MTS (le sida n'était pas très répandu alors). Il me semblait très important de s’assurer que la lutte contre les MTS se poursuive, entre autres grâce à d’actives campagnes de sensibilisation, et que le réseau de la santé publique continue de se mobiliser en ce sens.
« Il fallait parfois profiter de la publicité que les médias accordaient au sida pour véhiculer les messages de prévention et rappeler les pratiques indispensables à cette dernière. Puis on a pris d’autres initiatives : on a inauguré les cliniques de dépistage anonyme du VIH. Avec d’autres collègues convaincus et persévérants, j’ai beaucoup travaillé pour obtenir que l'on fasse aussi le dépistage des MTS avec celui du VIH puisque les populations à risque sont les mêmes. »
Recrudescence des MTS
Quelle est la situation aujourd’hui?« Jusqu'au milieu des années 1990, nous avons assisté à une diminution du taux de MTS grâce au développement des traitements à dose unique, à l’amélioration des tests de dépistage et à la lutte contre le sida qui avait lieu parallèlement. Cependant, on assiste depuis à une recrudescence des infections transmissibles sexuellement. La chlamydia est en progression, et il en va de même avec la syphilis. Parmi tous les facteurs qui concourent à cette situation, il en existe certainement un qui est d’ordre psychologique : une lassitude à l’égard des précautions et des méthodes de prévention. L’apparition de la trithérapie a également modifié la perception du public. Nombreux sont ceux et celles qui ont l’impression que le VIH est moins grave qu’auparavant! La crainte est moins présente, l’utilisation des préservatifs est ressentie comme déplaisante. Il faut avoir une conviction profonde des risques pour accepter l’inconvénient que représente l'usage des préservatifs. Moins le risque paraît important, moins on est disposé à s’en protéger. »
La situation est-elle mondiale?
« Je dirais plutôt qu'elle est globale. Elle a cours à Montréal, mais aussi ailleurs au Canada, en Amérique du Nord et en Europe. Malheureusement, nous n'avons pas noté de baisse significative des MTS dans les pays en voie de développement, comme ce fut le cas en Amérique du Nord, ce qui fait qu'on n'y note pas de recrudescence majeure non plus. Le taux de MTS y est toujours considérable et en progression constante. »
Comment définiriez-vous votre mission?
« Au départ, c'était avant tout un défi d’organisation. Il me semblait crucial d'établir des orientations communes à travers le Québec et de mettre sur pied des programmes communs. Il a fallu développer cette stratégie et rassembler l’expertise nécessaire à la poursuite de ces objectifs. C’est ce que nous espérons avoir accompli. Nous disposons aujourd’hui d’une stratégie ministérielle de lutte contre le VIH qui incorpore les objectifs de lutte contre les MTS. Nous disposons d’un protocole d’intervention, et l’expertise est mieux identifiée. Enfin, les programmes s’adressent à l’ensemble de la population et à l’ensemble du réseau de la santé, pas seulement aux médecins. Par exemple, nous avons développé des programmes de formation pour rendre les infirmières autonomes dans le dépistage des MTS. Ceci, entre autres pour libérer (en partie) les médecins afin qu’ils puissent se concentrer sur le diagnostic et le traitement. »
Cette mission a occupé la Dre Venne pendant de nombreuses années et elle s'y consacre toujours. Depuis, tout en continuant d'être active dans le dossier de surveillance des MTS, elle voit aux maladies respiratoires sévères comme le SRAS et à la pandémie d’influenza. Interrogée sur la capacité de réponse du réseau, elle souligne : « Dans le cas du SRAS, on a rapidement identifié le microbe, ses modes de transmission et les moyens de prévenir l’épidémie. Pour ce qui est des infections au Clostridium D., il y a un faisceau de facteurs : le vieillissement de la population, la vulnérabilité des personnes âgées et la multiplication de leurs expositions à des antibiotiques à large spectre (ce qui a parfois des conséquences négatives). Il est donc difficile d’éliminer complètement ces infections. »
Les grands défis de la santé publique
Interrogée sur les plus grands défis que la santé publique aura à relever dans un futur proche, la Dre Venne répond : « Ils sont nombreux. En ce qui concerne l’influenza, par exemple, il s’agit d’augmenter la couverture vaccinale des clientèles visées, d’améliorer continuellement les mesures de prévention des infections, que ce soit en centre d’accueil, en milieu hospitalier ou dans la vie de tous les jours. Mais, d’une manière plus large, c’est d’égalité sociale face à la santé dont il est question : on sait que ce sont toujours les plus pauvres qui sont les plus malades. Les grands défis de la santé publique sont les grands défis de notre société. Il faut viser l'équité pour tous. La poursuite des efforts pour sensibiliser la population à l'importance de saines habitudes de vie est également primordiale.
« La situation n’est ni noire ni rose. On dispose aujourd'hui de plus d’infrastructures qu’il y a quelques années. Sur le plan de l'exercice physique, mentionnons les pistes cyclables, les centres de conditionnement physique, etc. Il y a aussi plus de choix en matière d’aliments sains, et les gens sont davantage et mieux informés sur ce plan. D’un autre côté, on note une sédentarité accrue des jeunes, souvent assis devant l’ordinateur ou la télévision. Cela représente un problème important. Le tabagisme connaît une popularité croissante auprès des jeunes; les succès de la prévention sont mitigés de ce côté. Il est clair qu'il ne faut pas relâcher nos efforts! »
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