Parution: juillet-août 2008

Journée FPC et Parlementaire à Québec


Par Claudine Auger


En cette journée du 6 juin 2008, les membres de l’Association des médecins de langue française du Canada se sont réunis à Québec, dans cette ambiance unique du 400e anniversaire de la fondation de la capitale, pour une journée de formation professionnelle continue (FPC).

Comme le soulignait le président de l’AMLFC, le Dr Jean-Marie Martel, lors de son discours d’ouverture, « en cette année de célébration du 400e de Québec, avec un Sommet de la francophonie annoncé pour l’automne prochain, on peut croire que plusieurs événements s’assemblent pour nous porter à la croisée des chemins : un long parcours qui a vu s’enraciner et s’épanouir la langue française partout à travers le monde ». Ainsi était donné le ton à l’événement.

Une programmation axée sur vos réalités

Le premier atelier de cette journée de formation accréditée, intitulé « Apprivoiser les forces du stress », a été présenté par le Dr Serge Marquis qui, depuis qu’il a complété ses études en 1977, s’est intéressé à la médecine du travail et à la santé des organisations. Depuis plus de vingt ans, il étudie le stress et l’épuisement professionnel, à titre de consultant, formateur, conférencier et intervenant auprès des personnes devenues dysfonctionnelles au travail. Le Dr Marquis est également président de T.O.R.T.U.E., une entreprise de consultation dans le domaine de la santé mentale au travail qu’il a fondée il y a quelques années.

« La tenue du dossier médical : plus qu’une documentation » a meublé l’après-midi des participants à cette activité de FPC. Ce deuxième atelier, animé par le Dr Claude Martin, médecin-conseil en gestion des risques à l’Association canadienne de protection médicale, visait l’amélioration de la tenue des dossiers médicaux en fonction des normes, des lois, des règlements et de l’éthique.

Déjouer l’épuisement

Le stress, tout le monde connaît. Il s’infiltre insidieusement dans tous les sillons de nos vies, sans égard pour ces malheureux qu’il laisse épuisés, brisés. Les autres l’endurent avec plus ou moins de malaise, préférant l’ignorer jusqu’à ce qu’il frappe rageusement. Ses ravages ne peuvent être niés!

Mais c’est surtout de solutions et d’outils dont le Dr Serge Marquis venait entretenir son public. Avec un enthousiasme vibrant et une belle présence, il a animé avec humour une conférence des plus imagées et en a convaincu plus d'un.


Le Dr Serge Marquis


Le Dr Claude Martin


Convives au Parlementaire



D’entrée de jeu, le conférencier a remercié son auditoire de s’être arrêté pour venir discuter du stress. Insistant sur le terme « s’arrêter », il l’a décrit comme marginal dans notre société dont le rythme est effréné, un terme pourtant essentiel pour trois raisons : prévenir nombre de problèmes de santé, placer son attention sur le spectacle (c’est-à-dire sur le moment présent où ce qui importe se déroule) et retrouver sa dignité d’humain, ce qui fait qu’à travers n’importe quelle situation, la vie vaut la peine d’être vécue.

Le stress touche toutes les sphères de la société... même les enfants, a ajouté le Dr Marquis, se référant à sa nièce de 3 ans qui est rentrée à la maison en disant qu’elle avait eu « une grosse journée ». Nous traversons une crise réelle; même la section « économie » traite du coût du stress aux finances publiques. Si, il y a trente ans, moins de 2 % des dépenses étaient associées aux maladies psychiques, aujourd’hui elles comptent pour près de 70 %! Il est, en effet, urgent de s’arrêter. Et pour dédramatiser, Serge Marquis a enchaîné de façon humoristique avec le commentaire d’un aumônier : « Si Dieu revenait sur la Terre aujourd’hui, ce ne sont pas les paralytiques qu’il ferait marcher... Il ferait marcher ceux qui courent! »

Le hamster intérieur

Puis, le Dr Marquis a présenté aux participants le « hamster intérieur », celui qui court, qui court à vitesse folle dans la tête de la plupart d’entre nous, à divers moments, provoquant par le fait même le « syndrome du ballon-boule » – ballon dans le ventre et boule dans la gorge. Ce hamster terrible, selon Serge Marquis, est la créature la plus difficile à apprivoiser. Vous l’aurez compris, le hamster intérieur est cette petite bête qui, de ses pieds agiles, embarque à toute vitesse pour faire tourner votre roue à inquiétudes. Empêcher le hamster d’activer le mécanisme – et de vous étourdir – demande un entraînement régulier et une bonne dose de discipline. Abolir le stress qui nourrit le hamster intérieur exige de la persévérance. Pour débuter, le Dr Marquis prescrit un exercice simple à faire matin et soir, sans se priver : sur le dos, les bras ouverts et les paumes vers le plafond, placer pendant quelques minutes son attention sur sa respiration, ressentir l’air qui passe dans son corps. Une manière infaillible de s’arrêter, « d’ouvrir une fenêtre de lucidité » qui devrait, ultimement, devenir un réflexe.

Accepter son humanitude

Le stress est causé par l’écart entre la perception d’une demande et celle des moyens pour l’atteindre. Une réaction vécue à répétition, quotidiennement. C’est par un temps d’arrêt – de quelques secondes sans plus – que l’on peut valider ses perceptions et reprendre pouvoir sur sa réalité. « S’ensuit une danse constante entre deux espaces », mime alors le Dr Marquis. En effet, on a ensuite le choix entre deux options : vérifier l’inventaire des pistes possibles pour répondre à la demande et passer à l’action OU, si rien n’est possible (et réaliste), lâcher prise!

Plus facile à dire qu’à faire, croyez-vous! « C’est qu’il est temps de retrouver l’équilibre entre défis (ces formidables stimulations qui permettent de découvrir ses capacités) et limites (respecter son humanitude) », clame Serge Marquis. Évidemment, dans une société d’excellence et de performance qui exclut toutes limites, il ne reste qu’à recadrer notre philosophie... parce que « lorsqu’on a le goût d’accélérer, c’est le temps de ralentir », ajoute le conférencier, dans sa grande sagesse.

Des phrases frigo

Les participants à cet atelier sont tous repartis avec, bien inscrites en tête (et en images), une multitude de phrases scandées par Serge Marquis durant sa présentation. « À qui je fais mal? », « À quoi je résiste? », « Qu’est-ce qui est important? », etc. Des phrases outils qui alignent le pouvoir de modifier son état. Alors, lorsque vous êtes dans le trafic ou dans la file d’attente à l’épicerie, qui s’allonge à cause de cette caissière en formation, respirez, souriez, et demandez-vous simplement : « Ai-je un problème, en ce moment? » Votre pression diminuera, assurément. Demeurons vigilants et conscients du moment présent... « C’est là – ni dans le passé, ni dans le futur –  que se savoure le spectacle! »

Gestion pratique

L’atelier dirigé par le Dr Claude Martin se voulait tangible et pratique, basé sur des histoires de cas. En premier lieu, il visait à permettre aux participants de comprendre les conséquences médico-légales que peuvent entraîner des déficiences dans la tenue des dossiers. Concrètement, les exemples amenés ont permis d’identifier trois composantes de bonne tenue de dossier et trois éléments considérés inappropriés. Le conférencier a suggéré trois stratégies de documentation afin d’améliorer sa propre tenue de dossier, de prodiguer des soins sécuritaires tout en respectant les lois et les règlements concernant la confidentialité des renseignements du dossier médical – version papier ou électronique. Finalement, le Dr Martin a tenu à souligner l’importance de sensibiliser les employés au souci légal et éthique de la confidentialité des dossiers. Les participants ont suggéré l’intérêt de cette formation dès les débuts de la pratique médicale.

Parlementaire

En soirée, les membres de l’AMLFC étaient invités à une activité spéciale au restaurant Le Parlementaire, dans le Parlement, à quelques pas du Château Laurier. Les participants ont d’abord été reçus à la bibliothèque attenante au Parlementaire, pour un cocktail durant lequel ils ont ressenti avec intensité l’émotion des lieux.

Puis, durant le dîner-conférence, les participants ont pu entendre deux conférenciers discourir sur le thème de la francophonie dans le milieu médical. Le premier, M. Hubert Gauthier, président-directeur général de la Société Santé en français (SSF), a entretenu l'auditoire de diverses stratégies et pistes de solution pour l’accessibilité à des soins adéquats pour ce million et demi de francophones vivant à l’extérieur du Québec. Les liens entre la langue et la santé sont souvent éloquents : à défaut d’être compris par son médecin et de comprendre ce qui lui est prescrit, le patient abandonne souvent son traitement.

Le second conférencier, le Dr Aurel Schofield, directeur du Centre de formation médicale du Nouveau-Brunswick, à Moncton, a poursuivi en présentant un portrait concret de notre manière de répondre aux besoins criants de la communauté francophone du Canada. Son tour d’horizon des différents projets en cours au sein des dix-sept réseaux de la Société Santé en français a démontré avec efficacité le dynamisme des acteurs qui les dirigent. Mieux que personne, puisqu’il a dû lui-même s’exiler au Québec afin de recevoir sa formation médicale dans sa langue maternelle – le français –, le Dr Schofield comprend ce que représente l’aboutissement de plusieurs années d’efforts collectifs visant à répondre aux besoins en matière de santé des communautés francophones du Nouveau-Brunswick vivant en milieu minoritaire. En 2007, le Centre de formation médicale du Nouveau-Brunswick s’est mérité le prix Acadie-Québec. Une réelle inspiration, et la preuve qu’il est possible de changer les choses! ]


Article précédent dans ce Bulletin
Article suivant dans ce Bulletin