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Parution: septembre-octobre 2008
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| Médaille du mérite 2008 de l’AMLFC Œuvrer pour l’enfance |
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![]() Le Dr Gilles Julien |
Cet organisme communautaire, à la fondation duquel il a participé il y a plus de dix ans, le Dr Julien le désirait aussi chaleureux qu’une maison. On y entre comme chez soi, entraîné par les mille labyrinthes qui y serpentent menant ici à la salle d’art thérapie, là à une salle de repos où trône un piano aboutissant tous infailliblement, dans un coin ou un autre, à un vieux divan bien moelleux.
Un véritable repère d’un autre monde, vivant, coloré, familier, dont un des couloirs débouche sur une salle à manger. C’est là que le Dr Julien reçoit les familles, autour d’une grande table en bois. Comme une fenêtre s’ouvrant sur l’imaginaire, un vaste vitrail où jouent des enfants sous un pommier verse sa lumière dans
Le Dr Gilles Julien, défenseur des droits des enfants et adepte de la pédiatrie sociale, recevra cette année la Médaille du mérite de l’AMLFC. Depuis 1987, ce prix est décerné à un médecin francophone en reconnaissance de son engagement et de son dévouement exemplaires auprès de sa communauté, de sa contribution à l’avancement des connaissances médicales et au rayonnement de la médecine.
Porté par l’amour des enfants
Parce que sa priorité était de travailler auprès des enfants, il a choisi
Il s’enflamme, surtout, devant la place réservée aux enfants aujourd’hui. « Les enfants n’existent pas dans notre société... même s’ils sont rois, paradoxalement. » Ils doivent livrer la performance qu’on attend d’eux. Racontant ses difficultés à obtenir un permis qui lui permettrait d’établir un autre A.E.D. comme celui d’Hochelaga dans une maison et non un édifice commercial Gilles Julien est atterré de constater que son projet est freiné parce que les enfants dérangent. « Ils sont trop bruyants, paraît-il! » Et peut-être que s’il ne trouvait pas la chose si aberrante, il en rirait.
Car le rire, c’est une de ses grandes découvertes et ce qui l’a poussé vers les quartiers défavorisés, ayant remarqué que les enfants y riaient peu. Il s’est lui-même lancé un défi : « Je vais voir si on peut les faire rire... » Visiblement, il y réussit très bien! Même s’il avoue avec candeur que dans sa vie privée, il n’est pas drôle. « Mais avec les enfants, je ris tout le temps! » Par le rire, il dédramatise les situations les plus tragiques. Grâce à ce regard jamais désabusé, jamais blasé, le Dr Julien soutient et relève les enfants et leur famille, aussi écorchés soient-ils. Sur lui n’adhère aucune désespérance.
Sur le terrain, pas autrement
Lorsqu’il est arrivé à Montréal au début des années 1990, le Dr Julien s’est joint au CLSC Hochelaga en enfance-famille. Et parce qu’il a « beaucoup aimé la richesse de ce milieu », il s’est mis à faire de plus en plus de visites à domicile. Mais au CLSC, on lui reprochait d’être trop souvent hors de son bureau. Il a donc quitté l’équipe pour pratiquer plus librement. Et a continué de visiter les familles dans leur quotidien, sur leur terrain.
« C’était grandiose! Cette manière de pratiquer change toute
Peu à peu, raconte-t-il, les gens se sont regroupés autour de lui. Gens d’affaires, infirmières, personnel d’établissements scolaires se ralliant à son projet social. « Et aujourd’hui, l’adhésion populaire est immense. J’ai le soutien des milieux médical et universitaire; c’est inespéré! »
Suivre les détours de son propre chemin
Sa voie, pourtant, n’a pas toujours été aussi claire. Si Gilles Julien était certain de désirer travailler auprès des enfants, rapidement, la pédiatrie courante l’a laissé sur sa faim. Malgré une pratique fort convenable, il s’ennuyait déjà après quelques années seulement, las de
Un matin où une opportunité s’est présentée, il l’a saisie, troquant une clinique proprette assurant son avenir pour les horizons africains. On l’a pris pour un fou d’ainsi fermer boutique, de renoncer au confort et à la sécurité pour s’installer en des terres incertaines avec sa jeune famille de trois enfants. Mais Gilles Julien voulait changer le monde!
Il n’a rien pu changer du tout. Un an plus tard, il rentrait au Québec. Ébranlé, perplexe devant la direction à prendre, il a occupé différentes fonctions en santé communautaire et en santé publique au Québec, prenant entre autres la direction du département de santé communautaire de l’Hôtel-Dieu de Montmagny avant d’assumer les mêmes fonctions à l’hôpital Sainte-Justine.
Les dossiers chauds l’intéressaient. Celui d’une femme de la Beauce, en particulier, qui travaillait avec des méthodes nouvelles et qui dérangeait beaucoup le milieu de la santé. « Pourtant, elle faisait un travail formidable! » Une période qui lui a permis de s’occuper d’enfants avec des difficultés motrices. Il a également été responsable médical pour le secteur Santé des Inuits du Nord québécois au Centre hospitalier de l’Université Laval. « À travers ces multiples expériences, j’ai beaucoup appris sur ‘l’autre côté des choses’. Tranquillement, je cheminais vers ce que je voulais faire... »
Puis, cet originaire de la Mauricie a pris la direction de Montréal « pour y camper sa pratique ». Son projet se précisait : il allait travailler avec les enfants démunis.
Un système en défaillance
Selon Gilles Julien, deux problématiques minent l’approche de santé pour les enfants. D’abord, le fait que les intervenants actuels travaillent trop éloignés de la réalité quotidienne des gens. Il insiste sur la nécessité de se rapprocher des enfants, de leur famille; d’intervenir dans leur milieu propre. La fréquentation des familles, outre le bénéfice de réhumaniser les interventions, permet de mieux comprendre le comportement des enfants dont certaines réactions agressives sont souvent l’unique défense contre un milieu malsain ou dysfonctionnel. Malheureusement, les préjugés, profondément enracinés lorsqu’il s’agit de pauvreté, freinent cette démarche qui, pourtant, participe à la pleine mesure des forces des enfants et de leur famille.
En second lieu, le pédiatre reproche aux différents intervenants de travailler en silo. « Personne ne se parle! » Par la création de réseaux interdisciplinaires avec les écoles, les groupes communautaires intégrés dans le milieu, la DPJ et le CLSC, par l’échange d’information entre tous ceux qui s’occupent des enfants, les stratégies décupleraient d’efficacité. Les institutions se doivent de partager leurs pouvoirs.
En fait, notre mauvaise approche gaspille nos ressources. « Nous n’avons pas besoin d’injecter de nouvelles ressources financières, il suffit de se réorganiser : revoir notre façon de considérer les enfants, travailler ensemble afin de garantir le respect des familles et le bon développement des enfants. » Bref, la santé globale de l’enfant, outre sa condition physique, passe par une meilleure écoute des enfants eux-mêmes et de leurs parents, sans jugement.
Un mouvement en spirale
La pédiatrie sociale, une approche de santé globale centrée sur l’enfant et basée sur la prévention et l’éducation des familles dans les milieux à risque, vise à assurer le respect des droits de l’enfant et de ses besoins en privilégiant le développement, la protection et la stimulation de tous ordres. Elle valorise la famille, soutenue par les diverses ressources qu’assure la communauté : réseaux familiaux, scolaires, communautaires et institutionnels.
La DPJ a souvent reproché au Dr Julien cette philosophie profamille qui comporte des risques. Pourtant, être ballotté d’une famille d’accueil à l’autre coûte cher à la santé émotive d’un enfant ne serait-ce qu’au niveau de la problématique du lien d’attachement et à
Par ailleurs, Gilles Julien a démarré certains projets concrets pour accompagner les familles en difficulté, comme le projet « Bébé Kangourou ». Il y a un an, douze familles ont bénéficié d’un cadre étroit pour se forger des outils, basés sur leurs forces, afin de prendre soin de leur nouveau-né, pour qui a été organisée une fête d’accueil. Les parents se sont mobilisés, venant rencontrer l’équipe quatre demi-journées par semaine.
Sans reprendre son souffle, le Dr Julien poursuit avec tous ces autres projets en cours. Le projet de ramener les ruelles aux enfants, qui consiste à aménager une première ruelle avec asphalte, arbres, jeux et éclairage; un projet de services personnalisés pour préparer les enfants à l’entrée à l’école, que le Dr Julien espère étendre à tout le réseau scolaire d’ici trois ans; un projet qui allie médecine et justice en travaillant à l’application des droits des enfants avec une grande firme d’avocats qui défendra trente causes difficiles par année. Le défenseur des enfants bouillonne d’idées.
« Ce que je désire, c’est créer un mouvement avec en son centre l’enfant et autour duquel tous les intervenants gravitent. » De plus en plus vite, la spirale s’allonge, gagne en force avec tous ces partenaires qui souhaitent s’engager. « L’Association des parents francophones hors Québec,