Mot du président
La cause environnementale : porteurs de dossiers recherchés
2e partie
Parution: septembre 2008


Le Dr Jean-Marie Martel
Mon précédent Mot du président faisait état de l’importance de définir des stratégies à long terme pour contrer les effets de la pollution sur la santé. En effet, les joueurs impliqués – notamment les industries qui financent la recherche – se préoccupent davantage de découvrir de nouveaux traitements plutôt que d’investir énergiquement dans la prévention. Je poursuis ici mon entretien avec M. Philippe Bourke, directeur général du Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec (RNCREQ). À la recherche de pistes de solution pour dynamiser le débat...

Visibilité à court terme : vision de catastrophe
Toute forme d’énergie – disons même toute technologie – manifeste sa présence et ses conséquences sur l’environnement. Dès que l’utilisation de cette énergie atteint des proportions industrielles, elle cause problème. Ses impacts présenteront un danger ou un autre pour la santé ou pour l’environnement. Bref, chaque solution créée pour détourner les effets néfastes de l’emploi d’une ressource par l’homme génère de nouveaux maux de tête parce qu’habituellement, il ne voit pas plus loin que le bout de sa lorgnette! La vision à court terme s’alimente aux résultats momentanés et à la rentabilité immédiate.

Plus inquiétant encore : la désuétude de notre mécanisme d’évaluation environnementale. En plus de fonctionner par projets, il ne s’appuie pas sur une vision d’ensemble à long terme. De son côté, la population se place avec insouciance entre les mains des gouvernements, convaincue que ceux-ci ont vérifié, planifié, étudié les impacts. « Mais il y a des milliers de zones imprévues où rien n’est fait! Sans parler des intérêts économiques qui sous-tendent chaque décision... », s’écrie Philippe Bourke, qui ajoute que la plupart du temps, les scandales sont banalisés et vite oubliés. La nécessité d’une vision globale à long terme est criante. Et dans cette démarche, si effectivement le gouvernement doit jouer un rôle essentiel, il n’est pas le seul...

Porteurs de dossiers recherchés
Les groupes écologistes et autres environnementalistes se sont décuplés depuis trente ans et ont gagné en crédibilité. Avec la force de leur détermination, ils ont débroussaillé le terrain. « L’écologiste est entendu mais pas écouté », précise cependant Philippe Bourke. Plus que jamais, la cause environnementale exige des spécialistes venant de différents horizons pour discuter de la rentabilité collective. Des scientifiques, des médecins, des économistes impliqués et dont la voix donnerait du poids à la cause. En trois mots : des porteurs de dossiers crédibles. Des « lanceurs d’alerte ».

Prenons le célèbre cas du Suroît : les gouvernements se sont butés à d’importantes manifestations de la part de la population pour un enjeu environnemental, population ralliée par des porteurs de dossiers solides. « Depuis, renchérit Philippe Bourke avec un regard coquin, Hydro-Québec fait la promotion du vert! » Les médias, il est vrai, ont joué un rôle non négligeable. Leur suivi régulier des enjeux environnementaux crée un impact réel. L’influence de cet impact médiatique contribue à modeler le comportement.

Agiter la carotte!
Par la force des choses, les mentalités évoluent. Une part grandissante de la population n’aspire qu’à être mobilisée. Selon Philippe Bourke, près du cinquième des consommateurs, hautement sensibles à l’environnement, changent spontanément leurs comportements. Une part équivalente, grâce à des explications tangibles et efficaces, suivra cette même tendance. Une sensibilité dont pourraient profiter les porteurs de dossiers!

Un fait ressort de cette discussion : l’approche écologique est à repenser. D’une part, en favorisant l’angle du long terme qui engloberait l’ensemble des enjeux. D’autre part, en sollicitant, pour animer le débat, des porteurs de dossiers aux compétences variées. Mais surtout, en impliquant l’humain : placer la population au cœur des stratégies environnementales décuplera les chances de succès. Impliquer les communautés humaines – et médicales – selon les enjeux concrets liés à chaque territoire afin qu’elles prennent conscience de leur dépendance aux différents écosystèmes et de l’impact de ceux-ci sur leur santé, leur sécurité et leur rentabilité économique. Bref, elles doivent y trouver leur intérêt. Car il ne s’agit pas de limiter la croissance, mais de la rendre compatible avec l’environnement.

Dr Jean-Marie Martel
Président de l'AMLFC

En collaboration avec Claudine Auger