Parution: janvier-février 2009
Bénévolat en Haïti


Par Raymond-Marie Guay, MD



Le Dr Raymond-Marie Guay
À l’été 1970, une religieuse infirmière, missionnaire en Haïti, vient me rencontrer au service d’oto-rhino-laryngologie de l’Hôtel-Dieu de Lévis. Elle me décrit la situation des gens de ce pays, où il n’y avait alors aucun médecin ORL. Les gens sont très pauvres, mal nourris et sujets à toutes sortes d’infections qui sont rarement traitées. Elle me cite en particulier les cas d’amygdalites fréquentes et répétées. Personne pour opérer ces gens, qui n’ont d’ailleurs pas d’argent pour se payer des médicaments.

Invitez-moi, ma sœur, lui dis-je, et j’irai opérer bénévolement ces pauvres miséreux.

Au printemps 1971, un anesthésiste retraité, le Dr Eugène Allard, quatre infirmières, mon épouse et moi partions pour Haïti. J’avais emprunté des plateaux d’instruments de l’Hôtel-Dieu de Lévis. Nous avons apporté seringues, aiguilles, gants, compresses, matériel pour l’anesthésie, etc.

À Camp Perrin, petit village de montagne du sud-ouest, où Sœur Tremblay dirige un  dispensaire sur la propriété d’un petit séminaire des Pères Oblats, on nous érige une cloison trois quarts dans un coin du dortoir des élèves, qui sont alors en vacances. Une table de bois sert de table d’opération. Le Dr Allard fait des prodiges de débrouillardise pour raccorder les bonbonnes de gaz à l’appareil d’anesthésie.

Les patients sont examinés et des rendez-vous leur sont donnés après l’obtention d’examens sanguins satisfaisants. En trois semaines, environ 225 amygdalectomies ont été faites, à raison de 15 par jour en moyenne. Aucune complication n’est survenue : « bon dié bon », disait Sœur Évelyne. Mon  épouse, Gaetane, et des dames haïtiennes nettoyaient les instruments et les stérilisaient dans un chaudron d’eau bouillante. Les linges étaient stérilisés dans un four de cuisine. Nous avons répété la même chose en 1972 et à deux autres reprises, dont une fois à Pilate, dans le nord du pays. À une autre occasion, le Dr Allard et moi nous sommes joints à une équipe américaine pour aller opérer en République dominicaine.

Gaetane et moi avons toujours défrayé nos frais de transport lors de ces visites, le gîte et le couvert étant fournis sur place. En quittant, nous laissions une certaine somme en dédommagement. Je suis retourné souventes fois en Haïti (19 fois, me dit mon épouse), dont la dernière il y a un peu plus d’un an.

Toutes ces expériences de bénévolat m’ont enrichi plus qu’elles ne m’ont coûté. J’ai appris à aimer ce merveilleux pays qu’est Haïti. J’aime les Haïtiens. Malgré leur pauvreté et leur misère, ils sont souriants et aimables, surtout si vous les saluez sur la rue. Ils m’ont enseigné la patience, la joie de vivre avec peu, la résignation devant l’inévitable et la confiance en Dieu.

En terminant, je souhaite  que de nombreux médecins aient le goût et la possibilité d’œuvrer comme bénévoles auprès des plus démunis. C’est enrichissant.
Le Dr Rraymond-Marie Guay honoré
Lors de son 35e gala annuel, tenu le 29 novembre 2008, l’Association des médecins haïtiens à l’étranger (AMHE) a honoré le Dr Raymond-Marie Guay pour souligner l’importance
de son action en Haïti et le remercier de son dévouement.
Son prix lui a été remis par la présidente de l’AMHE, la Dre Marie-Paule Delva.


La Dre Marie-Paule Delva et le Dr Raymond-Marie Guay