Parution: janvier-février 2009
Symposium francophone de médecine 2008
Trouver son rythme de croisière


Par Claudine Auger


Le Dr Gilles Julien, lauréat de la Médaille du mérite 2008 de l’AMLFC,
recevant son prix des mains de Mme Céline Monette, directrice générale de
l’Association, et du Dr Jean-Marie Martel, alors président de l’AMLFC

Le 29 octobre dernier, au Palais des congrès de Montréal, s’ouvrait le Symposium francophone de médecine. En choisissant à nouveau d’intituler cette troisième édition «Médecine de première ligne : maintenir ses compétences», l’Association des médecins de langue française du Canada voulait signifier l’importance du défi à relever pour tous ces médecins de première ligne quant au renouvellement constant de leurs connaissances dans un système de santé de plus en plus complexe et exigeant.

Variété et qualité
Misant sur les éléments qui ont fait leurs preuves quant au succès de l’événement, le comité scientifique du Symposium – composé des Drs Johanne Blais, présidente, François Croteau, André-H. Dandavino, Munir Habra et Diane Poirier – a planifié un programme diversifié qui permettait aux congressistes d’élaborer un plan de formation sur mesure selon les besoins spécifiques à leur pratique, grâce aux conférences de pointe, aux nombreuses conférences simultanées, aux différents ateliers et aux conférences- repas. Le choix, pourtant, pouvait s’avérer déchirant : les conférenciers invités, pour la plupart des sommités dans leur domaine pointu d’expertise, ont offert des présentations de qualité, transférant leurs connaissances de manière dynamique, accessible et souvent agrémentée d’un brin d’humour. De quoi tenir l’assemblée en alerte.

Pour le comité scientifique, dont l’implication indéfectible et le dynamisme précèdent la réputation, le mot d’ordre est demeuré non négociable : un contenu libre de toute influence commerciale. Ainsi, les quelque soixante exposants associés à l’univers médical n’étaient liés d’aucune façon au contenu des conférences, dont la programmation a été établie uniquement à partir des besoins des médecins.

Si la qualité du Symposium francophone de médecine ne se dément pas, son coût concurrentiel reste un atout indéniable pour les participants qui, encore cette année, se sont présentés en grand nombre malgré l’offre importante de congrès se déroulant à cette même période.

La Dre Johanne Blais
Le Dr Gilles Voyer
La Dre Lise Dugas
Le Dr André Roch

Les mille et une surprises de la langue française
La formation professionnelle continue constitue un des moteurs de l’AMLFC, mais la langue française en est son âme. D’ailleurs, dès l’ouverture du Symposium, elle s’est exprimée avec humour alors que le comité de la promotion du français en médecine a proposé quelques défis linguistiques : deux jeux avaient été réalisés par le Dr Gilles Voyer, professeur agrégé à la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke.

Dans un premier jeu, les participants devaient trouver les mots appropriés pour chacune des définitions données. Parmi ceux-ci, mentionnons : nosographie, séméiologie, allopathie, forcipressure, scialytique et ridectomie (pour «lifting», qu’aucun participant n’a su traduire !). Avec le jeu de la probiscuité, les congressistes étaient invités à trouver les termes français correspondant à certains termes anglais utilisés couramment en médecine. Ainsi, licence devient permis de pratique, compliance devient observance, les dommages au cerveau deviennent les lésions ou atteintes au cerveau.

Des congressistes satisfaits
Les congressistes interrogés n’ont pas caché leur enthousiasme : « Ici, c’est le haut de gamme! J’encourage tous les médecins à venir en 2009 ! » a lancé la Dre Lise Dugas, une omnipraticienne du Nouveau-Brunswick, profitant de l’occasion pour faire du réseautage avec ses collègues francophones. Venu de Sudbury, en Ontario, où il oeuvre à la valorisation du français en médecine, le Dr André Roch a proposé à l’AMLFC de recruter des membres dans son coin de pays. « Pendant plusieurs années, l’AMLFC s’est préoccupée davantage des médecins du Québec. J’espère qu’en grandissant, elle entendra aussi la voix bien francophone des médecins hors Québec ! » Un appel du fond du coeur…

En général, les participants ont grandement apprécié la qualité scientifique du Symposium francophone de médecine, le contact avec les conférenciers, l’organisation simple et efficace des lieux et l’opportunité de découvrir les nouveaux produits des exposants. Tous ont apprécié recevoir un CD-ROM comprenant les présentations des conférenciers. Le Symposium francophone de médecine de l’AMLFC s’inscrit désormais comme un moment de retrouvailles et une occasion de formation incontournable!

Des congressistes


Exposants

Quelques conférences en vrac...

Le nouveau consensus sur la démence : de quoi devenir dément ?
Neurologue oeuvrant à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont et à l’Université de Montréal, le Dr Alain Robillard a participé à la 3e Conférence canadienne de consensus sur le diagnostic et le traitement de la démence (CCCDTD), dont l’objectif était de mettre à jour les diagnostics et traitements de la maladie d’Alzheimer et autres démences. Soucieux de conscientiser son auditoire à l’épidémie de démence actuelle, le Dr Robillard favorise la prévention primaire et secondaire, particulièrement la prévention vasculaire compte tenu de l’impact majeur sur l’apparition de symptômes démentiels. Si, comme tant d’autres, il préconise de saines habitudes de vie, le conférencier a affirmé que peu d’indices permettent d’aviser un patient qu’il sera un jour atteint de démence. La dépression, à un âge avancé chez un individu qui n’a jamais connu d’épisode dépressif, est souvent le premier symptôme de la maladie d’Alzheimer. Le Dr Robillard a conclu en mentionnant que la prise en charge de ces patients relèvera de plus en plus des médecins de famille puisque les cliniques de la mémoire et les spécialistes ne suffiront bientôt plus à la demande. Le maintien des patients à domicile, milieu de vie idéal, exigera des ressources supplémentaires.

La résonance magnétique mammaire (RMM) et ses indications
Avec émotion, la radiologiste Nathalie Duchesne a dédié cette conférence aux femmes africaines, souvent atteintes dès la fin de la vingtaine, qui se battent avec des moyens rudimentaires pour vaincre le cancer du sein. Spécialisée en radiologie du sein, la Dre Duchesne a détaillé l’analyse de cette pratique : la difficulté de trouver un équilibre entre le temps d’écoute de la RMM et la résolution spatiale; le positionnement, essentiel à des images de qualité; le moment idéal, soit entre le septième et le quatorzième jour du cycle. La conférencière a fortement préconisé une RMM avant toute opération, afin de fournir au chirurgien un portrait réel de l’étendue des lésions, une donnée qui change souvent la visée de l’opération. Aussi, selon elle, six mois après une chirurgie et toutes les années suivantes, une patiente devrait passer une RMM, la mammographie n’étant pas un suivi suffisant.

La réadaptation pulmonaire
Le Dr François Maltais, du Centre de pneumologie de l’Université Laval, croit que la maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC) se soigne. Malgré le scepticisme, il a participé à la mise sur pied d’un programme de réadaptation pulmonaire qui connaît un succès réel : en comparaison avec des patients traités uniquement avec la pharmacothérapie, dont l’amélioration de la tolérance à l’effort est d’environ 40 %, le programme de réadaptation – dont les principales composantes sont l’exercice et l’enseignement ou l’autogestion – est une intervention plus qu’efficace (136 % d’amélioration). La combinaison des deux approches permet une amélioration de la qualité de vie incomparable. En renforçant la fonction musculaire, la respiration est bonifiée. Si le conférencier est convaincu que nombre de patients fréquenteraient moins les hôpitaux grâce à un tel programme, le défi demeure celui de l’accessibilité. Le Dr Maltais mentionne aussi la possibilité d’une réadaptation à domicile sans déploiement excessif de matériel.

Docteur, vous avez l’air fatigué !
Ancrés qu’ils sont dans une société de performance, imprégnés d’une culture médicale qui exige de repousser constamment leurs propres limites, les médecins semblent nager en plein déni collectif : ils se croient invincibles! La Dre Sandra Roman, du Programme d’aide aux médecins du Québec, a distingué deux formes de fatigue : la fatigue physique, causée par un sommeil insuffisant, de mauvaise qualité et par la perturbation des rythmes circadiens; et la fatigue de compassion, cet « épuisement intense, tant physique qu’émotif et même spirituel, accompagné d’une profonde douleur morale ».

Soulignant « qu’après 24 heures consécutives d’éveil, la diminution des performances cognitives et psychomotrices équivaut à une alcoolémie de 0,1 % », la Dre Roman a insisté sur le fait que le sommeil est programmé génétiquement et non modifiable. En outre, les besoins en sommeil ne changent pas avec l’âge, mais celui-ci devient plus perturbé et de moindre qualité. Elle a également souligné qu’en général, on s’adapte très difficilement au travail de nuit, notre horloge interne étant synchronisée, entre autres, avec la lumière. Tout aussi vulnérables que le reste de la population à la dépression ou au suicide, les médecins doivent apprendre à reconnaître les signaux d’alarme. Mieux encore, les prévenir...

Les maladies inflammatoires intestinales
Le Dr Raymond Bourdages, gastroentérologue à l’Hôtel-Dieu de Lévis, a d’abord distingué cliniquement la colite ulcéreuse, dont l’atteinte diffuse se limite au côlon, et la maladie de Crohn, qui affecte tout le tube digestif sur différents segments. Le conférencier a ensuite présenté les différentes méthodes d’investigation disponibles : les examens sanguins, les examens des selles, l’imagerie médicale et, surtout, les examens endoscopiques qui permettent d’identifier les maladies inflammatoires intestinales.

Finalement, le Dr Bourdages a discuté des classes de médicaments utilisés dans les différentes phases des maladies inflammatoires intestinales. Si près des trois quarts des colites ulcéreuses sont traitées avec succès avec les 5-AAS, ce traitement est peu approprié pour la maladie de Crohn par contre, à l’exception de 10 à 12 % des patients qui y répondent aussi favorablement que pour la colite ulcéreuse. Près du tiers des patients traités par stéroïdes oraux risquent la dépendance, le mal revenant dès l’arrêt de la médication. Le médecin peut alors se tourner vers les immunomodulateurs, dont la réponse thérapeutique atteint entre 60 et 70 %. Quant aux antibiotiques et aux probiotiques, il y a peu ou pas de bénéfices à les utiliser pour les maladies inflammatoires intestinales. En ce qui concerne les nouveaux traitements, le Dr Bourdages favorise une utilisation plus précoce des anti-TNF-a. La chirurgie demeure une option difficile et délicate. Le conférencier a conclu en soulignant l’essentielle collaboration qui doit exister entre les différents médecins consultants afin d’assurer un suivi adéquat au patient.

La Dre Nathalie Duchesne
Le Dr François Maltais
La Dre Sandra Roman
Le Dr Raymond Bourdages