Les communautés francophones vivant en situation minoritaire évaluées à 1 million de personnes (4,4 % de la population canadienne) sont dispersées un peu partout au pays. Les plus fortes concentrations sont en Ontario (509 265) et au Nouveau-Brunswick (239 400), alors qu’ailleurs, on peut compter de 63 000 francophones (Alberta) à moins de 500 francophones (Nunavut) (Statistique Canada, 2002). Ces communautés présentent un profil diversifié : elles sont en général moins jeunes, moins scolarisées et moins nombreuses sur le marché du travail, bien que leur revenu moyen soit cependant similaire à celui des anglophones. Elles sont davantage concentrées dans des régions où l’économie est plus instable rendant ainsi plus difficiles le développement et l’accès aux ressources sociales
Vivre en situation linguistique minoritaire peut-il influencer la santé?
C’est la question que notre équipe de recherche étudie en conduisant des analyses secondaires de l’enquête de santé dans les collectivités canadiennes (ESCC 2001-2003-2005). Différents rapports suggéraient que la minorité francophone puisse présenter un profil sanitaire différent et nous avons voulu documenter et préciser ce problème. Nos résultats confirment que la minorité francophone se perçoit en moins bonne santé que la majorité anglophone. En ce qui concerne la relation entre la situation minoritaire et la santé perçue, nos modèles de régression montrent qu’en tenant compte des différences de structure d'âge, les francophones minoritaires sont moins enclins à déclarer une bonne santé que les anglophones majoritaires, tant chez les hommes que chez les femmes. Chez les femmes, cet écart diminue après révision des variables de style de vie et disparaît après avoir ajusté le revenu et l'éducation. Pour les hommes, l'écart demeure important après avoir ajusté pour l'ensemble des variables du cadre conceptuel.
Le tableau ci-dessous présente quelques résultats illustratifs des déterminants de la santé des francophones en situation minoritaire (exclue le Québec). Les résultats plus pointus révèlent d’importantes variations géographiques selon la province d’appartenance. En effet, des analyses contextuelles sont nécessaires pour raffiner l’analyse des déterminants sociaux de la santé. En regard de sous-groupe, nous avons pu explorer la situation des aînés en Ontario et nous avons constaté que 66 % des répondants francophones déclaraient parler anglais avec leur médecin, contrairement à 91 % des anglophones parlant leur langue; 65 % des francophones considèrent comme bonne et excellente l’accessibilité aux services de santé (vs 71 % des anglophones), la qualité (65 % des francophones vs 73 % des anglophones); l’accessibilité des services communautaires (65 % des francophones vs 73 % des anglophones); la qualité des services communautaires (77 % des francophones vs 83 % des anglophones). Ces résultats sont inquiétants pour nos populations plus âgées qui, en raison de leurs multiples comorbidités, nécessitent plus de soins. Il paraît impératif d’approfondir ces inégalités et les raisons pour lesquelles les aînés francophones semblent moins satisfaits à l’égard des services.
Bien que le portrait de santé des communautés francophones en situation minoritaire reste encore partiel, les résultats permettent de soutenir que le rapport minoritaire/majoritaire semble traduire une inégalité sociale et une irrégularité d’accès aux ressources qui, traversée par les autres déterminants sociaux de la santé (statut socioéconomique, éducation et « littératie », immigration) contribue de facto aux disparités de santé. Ils montrent l’importance d’approfondir et de mieux comprendre l’ensemble des déterminants de la santé ainsi que les interactions entre les contextes, les milieux de vie locaux, l’impact des politiques et la santé.
Beaucoup reste à documenter sur l’impact du fait linguistique minoritaire sur la santé, tout particulièrement en regard de l’accessibilité au système dans sa langue et plus encore en regard de la qualité des services. Cette préoccupation est de plus en plus manifeste comme en témoigne un nombre accru d’études sur les effets des barrières linguistiques et culturelles sur l’accès aux services de santé, sur la qualité des soins, sur les droits des patients, sur l’efficacité de la communication patients-médecins, et sur la santé elle-même. Au Canada, en vertu de la Loi sur les langues officielles, les gouvernements sont non seulement tenus d’offrir les services dans les langues officielles du pays, mais ils sont tenus d’offrir des services de qualité égale aux deux communautés sociolinguistiques. À la lumière de ces premiers résultats à l’échelle nationale, il y a tout lieu de croire que les minorités linguistiques ne sont pas égales devant la santé.
Santé des francophones en sitation minoritaire (exlcuant le Québec)
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Mauvaise santé perçue *
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16,65
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13,14
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65 ans et plus *
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19,46
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17,74
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Moins d’un niveau d’études secondaires *
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20,73
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12,39
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Faible revenu (0-19e percentile) *
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20,43
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17,28
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Région rurale *
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29,53
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17,75
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Deux maladies chroniques et plus *
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20,08
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17,17
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Difficulté à accomplir une tâche *
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18,28
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15,96
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Pas de médecin
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09,90
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10,36
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Moins de 5 portions de fruits et légumes
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60,35
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60,54
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Fumeur régulier et occasionnel *
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72,43
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65,83
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Buveur régulier et occasionnel *
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81,39
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79,30
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Inactif (sur le plan physique) *
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53,69
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52,21
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IMC +30*
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18,26
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16,55
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Faible sentiment d’appartenance *
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37,42
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34,49
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* P <,0001
ESCC : Données pondérées fondées sur un échantillon de 256 966 : 12 584 francophones; 244 382 anglophones
www.louise.bouchard@uottawa.ca
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