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Parution : mars-avril 2009
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Le partage de la joie de la connaissance |
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Par Claudine Auger |
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Native de Beauharnois, petite municipalité sur la Rive-Sud de Montréal, près de Châteauguay, Louise Samson replonge aisément dans l’univers champêtre de son enfance. D’ailleurs, pour vous y amener avec elle, elle évoque les images de la télésérie Les filles de Caleb. « Tout comme Émilie Bordeleau, mon père enseignait aux jeunes du village, tous niveaux scolaires confondus », raconte-elle avant de poursuivre sur la vocation de son père, celle de l’enseignement. Passionné par son travail, véritable amoureux de la connaissance, après les années dans l’école de rang, il a poursuivi au secondaire, auprès d’une clientèle défavorisée. « Entièrement dévoué à sa cause, car c’est ce que représentait l’enseignement pour mon père, une fois par semaine, il emmenait un élève manger avec lui afin de s’assurer qu’il ait un bon repas », se souvient sa fille. Ce don de soi, Louise Samson l’a perçu chez son père, mais également parmi les autres villageois : « Les gens se mobilisaient spontanément pour les activités bénévoles. Cette collaboration naturelle des citoyens créaient une grande cohésion sociale. » On ne doute pas un instant que ce mode de vie ait façonné son propre désir d’ouverture à l’autre. Chez les Samson, les études allaient de soi comme une manière de vivre et l’unique fille d’une fratrie de quatre se rappelle avoir longuement « joué à l’école » étant petite. En fait, dans sa famille, entre ses parents et ses trois frères beaucoup plus âgés qu’elle dont deux ont suivi les chemins de leur père le don de soi s’est incarné par l’enseignement, comme Louise Samson l’explique bien : « L’enseignement est le partage de la joie des connaissances. » Son frère aîné, dont vingt années la séparent, lui lisait régulièrement l’encyclopédie. Encore aujourd’hui, les réunions de famille se passent un dictionnaire à la main, confesse Louise Samson dans un rire clair. Louise Samson a ainsi grandi dans une constante stimulation intellectuelle, un plaisir de jouer avec la connaissance, un désir de mener toujours plus loin l’apprentissage. Née pour l’enseignement, appelée par la médecine La jeune Louise était donc une élève enthousiaste. Pensionnaire à Montréal, l’étude était son quotidien. « J’ai adoré mes années de pensionnat. On étudiait trois heures par soir et on se couchait tôt. Mais surtout, j’avais une grande famille de copines! Et les sœurs prenaient soin de nous comme de leurs propres enfants », se rappelle Louise Samson. Elle parle avec admiration et respect du dévouement des religieuses, ces femmes éloquentes, brillantes, qui transmettaient leurs connaissances avec passion. « Elles ont été mon premier contact avec des femmes possédant maîtrise et doctorat ! », s’exclame celle pour qui l’éducation demeure d’une grande importance. « Quels modèles! », conclut-elle. Puis est arrivé le temps de l’université. Pour Louise Samson, la voie de l’enseignement était une certitude. Mais les sciences l’attiraient tout autant. Rapidement, elle a compris la compatibilité possible entre ses deux centres d’intérêt. Lors de sa quatrième année d’études, alors qu’elle avait opté pour la médecine, elle s’engageait comme tutrice. « Ah! Je mettais beaucoup de cœur à la tâche, poussant les étudiants, mais j’étais bien trop sévère ! », confie-t-elle en riant. Elle n’a jamais cessé de tisser des liens entre ses deux passions, l’enseignement et la médecine. La radiologie : de la magie! En dernière année de médecine, lors d’un stage en radiologie avec le Dr Jacques Bourque au Centre hospitalier Saint-Vincent-de-Paul, Louise Samson a assisté à un véritable tour de magie, elle en est convaincue : « C’était une radiographie pour une urographie endoveineuse. J’ai vu le colorant tracer le contour de la lésion, le Dr Bourque suivait le cancer de ses doigts! C’était surnaturel! J’ai décidé que je ferais de la radiologie. » Des années plus tard, tout aussi fascinée par sa discipline, la radiologiste pulmonaire expérimentée qu’est devenue Dre Samson témoigne de sa spécialité avec émotion : « C’est esthétiquement beau, un rayon X! Pourtant, on ne s’habitue pas à discerner un cancer... On voit inévitablement le patient à travers la radio. Et ça me préoccupe sincèrement. » Loin d’être enfermée dans sa chambre noire et démentant le stéréotype souvent véhiculé à l’égard des radiologistes, la Dre Louise Samson est sensible à l’échange réel avec le patient et ne néglige pas le suivi auprès du médecin traitant. En fait, elle considère même la radiologie comme un carrefour, une plaque tournante d’un hôpital où se rencontrent les médecins traitrants et les spécialistes. « En outre, ajoute-t-elle dans un élan, pour ce que coûte un rayon X, il apporte beaucoup à la santé! » En fait, sa seule nuance par rapport à son travail et il concerne tous les professionnels de la santé demeure la pression imposée et qui risque, si on n’y prend garde, de menacer la qualité des soins tout autant que l’état de santé physique et mentale de ceux qui œuvrent dans ce domaine. « C’est un défi quotidien de gérer cette pression immense de la performance. Mais je suis arrivée à une certaine sérénité. Il y a des coins que je refuse de tourner ronds! Je tiens à respecter les standards pour lesquels j’ai été formée et que d’ailleurs, j’enseigne! Je dois rester crédible. » La vision d’une rassembleuse Sur les bancs de l’école, elle était la première à lever la main, prête à répondre ou à partager une idée. D’aussi loin qu’elle se souvienne, elle a toujours été « chef de quelque chose ». En un mot, Louise Samson peut être définie comme une rassembleuse : « J’ai des idées, à ne plus savoir quoi en faire! Et j’embarque les gens dans mes plans, m’organisant pour que personne ne puisse me dire non », explique-t-elle un sourire en coin, sans remords puisque de son avis, l’humain désire des projets audacieux, il aime créer et se réaliser. Ainsi, son parcours en gestion, ou plutôt son style de direction, est celui d’une visionnaire. Ayant présidé de nombreux comités, elle a toujours préféré la planification stratégique, naturellement peu portée vers la gestion des budgets ou celle du personnel. Sans détour, Louise Samson expose ses idées, s’entoure d’une équipe et trouve le moyen de concrétiser les projets qui lui tiennent à cœur! Le chemin jusqu’à la présidence du Collège royal Après avoir terminé sa résidence en radiologie à Montréal, la jeune Dre Samson s’est installée à Sherbrooke. Elle désirait pratiquer dans un centre universitaire et on l’avait convoquée pour lui offrir un poste qu’elle a accepté sans hésitation. Elle y est restée trois ans avant de revenir dans la métropole retrouver son amoureux. Elle pratiquera d’abord à l’Hôpital Sacré-Cœur avant d’intégrer définitivement l’équipe de l’Hôtel-Dieu. Dès le début de sa pratique, alors qu’elle était encore à Sherbrooke, Dre Louise Samson a fait concrètement connaissance avec le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada en tant que représentante du Collège des médecins du Québec. Au fil des mandats, elle a participé à de multiples comités. Puis, elle a été nommée vice-présidente de la FPC. En 2004, après plus de deux décennies de fréquentation active de l’organisme, les hauts cadres du Collège royal ont sollicité sa candidature à la présidence. Les dés en étaient jetés. Quelque temps plus tard, le conseil d’administration votait pour la Dre Louise Samson à la présidence de la prestigieuse organisation. Avec simplicité, alors que les défis relevés sont à peine derrière elle, Louise Samson réalise l’impact d’une telle charge : « Je n’ai jamais pensé que j’étais féministe. Dans mon parcours, j’ai été privilégiée, mes collègues masculins ont toujours été respectueux. Mais je réalise que je suis féministe, j’aspire à cette égalité. J’ai été très fière que la première femme à ce poste soit Québécoise, en plus d’être la première radiologiste. » Des standards pour un enseignement de qualité Lorsque Dre Louise Samson évoque son implication auprès du Collège royal durant toutes ces années, il est aisé de comprendre que sa principale motivation a été et demeure l’enseignement. « Le Collège royal est une institution entièrement indépendante puisqu’elle est financée uniquement par les cotisations de ses membres. Elle peut sans préjugés déterminer des standards d’enseignement élevés », explique la Dre Samson. Dans cette ambition d’une formation médicale de qualité, Louise Samson a participé à la création de nombreux programmes, dont ECOS, une procédure d’examens cliniques adaptés à la radiologie : « J’ai eu carte blanche pour forger une logistique d’examens qui mettrait en évidence le profil d’un étudiant. Il n’y avait aucune référence en radiologie, nous avons bâti de rien. » La radiologiste a également participé au développement d’un programme de FPC qui offre au médecin un cadre bien défini afin de faciliter de manière autonome son maintien des compétences. Autre initiative du Collège royal à laquelle Louise Samson a collaboré, le désormais célèbre CanMEDS, Canadian Medical Education Directions for Specialists, est devenu, tant sur la scène canadienne qu’internationale, un modèle d’intégration des différentes compétences qu’un médecin en exercice devrait posséder. Au-delà de soi-même Louise Samson peut se féliciter d’avoir laissé sa trace au Collège royal. Durant sa présidence, elle aura, entre autres choses, scruté à la loupe les bases de la gouvernance afin de la rendre plus efficiente, permis la collaboration avec la médecine familiale, ouvert le Collège royal à la francophonie et tissé de nombreux liens nouveaux... tout en poursuivant sa pratique avec autant de passion. Mais surtout, ajoute-t-elle sur le ton de la confidence : « Un poste comme celui-là pousse inévitablement au-delà de ses limites, car il n’y a là que les vedettes de la médecine. Tes faiblesses sont mises en évidence, et le regard sur toi-même change fondamentalement. » Devant cette femme accueillante, humaine et si vivante, on a pourtant du mal à décerner les failles! Peut-être parce qu’elle-même ne voit jamais rien comme un échec : « Devant quelque chose qui ne fonctionne pas, j’analyse, je m’ajuste et je recommence. » Tout simplement.
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