Parution : mars-avril 2009

Ce mystérieux monde du placement…

Par L. Conrad Pelletier, M.D., MBA



Le Dr L. Conrad Pelletier
Quelques notions d’analyse économique
Au cours des deux dernières années, nous avons passé en revue différents types d’actifs et instruments financiers parmi les plus courants. Cette année, nous allons traiter de la gestion de portefeuille. Comme celle-ci est fortement influencée par la conjoncture économique, nous débuterons tout d’abord avec quelques notions d’économie. Voici donc, pour commencer, un peu d’histoire de la science économique.

Les Britanniques ont eu une influence marquante sur les sciences économiques. Adam Smith (1723-1790), économiste d’origine écossaise, est reconnu comme le père de l’économie moderne. Son œuvre principale,  The Wealth of Nations, publiée en 1776, est à la base du « libéralisme économique ». Smith y défend le libre-échange, la loi implacable du marché qu’il dénomme la « main invisible » et la division du travail qui sera à la base de la révolution industrielle en Grande-Bretagne. Sa philosophie du libéralisme économique, qui prône le laisser-faire, aura une influence marquante jusqu’au 20e siècle et encore aujourd’hui avec la résurgence du néolibéralisme.

À l’opposé, John Maynard Keynes (1883-1946), aussi un économiste britannique, est le père de l’interventionnisme étatique en économie. Son ouvrage majeur publié en 1936, The General Theory of Employment, Interest and Money, démontre la relation entre l’emploi, le taux d’intérêt et la politique monétaire, et propose la pensée économique qui favorise l’intervention active de l’État à certains moments de la conjoncture économique pour assurer le plein emploi. C’est la théorie appelée « keynésianisme », qui s’oppose au libéralisme économique de Smith et qui a eu une influence majeure sur les politiques économiques en Occident depuis la Dernière Guerre. C’est cette théorie qui est à la base des interventions massives des États actuellement pour faire face à la crise financière et économique qui sévit maintenant à travers le monde.

Entre les deux, bien sûr, Karl Marx (1818-1883), Allemand d’origine, mais qui a vécu une grande partie de sa vie active à Paris, fut l’inspirateur du « marxisme » qui a marqué tout le 20e siècle. Dans son œuvre principale Le Capital, publiée en 1867, Marx développe l’idée de l’aliénation et de l’exploitation du travailleur, la notion de prolétariat et son fameux « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous! ». Communiste convaincu et militant, c’est lui qui a donné à ce mouvement du siècle dernier toute sa crédibilité, philosophie socioéconomique qui s’est effondrée avec le mur de Berlin.

Milton Friedman (1912-2006), prix Nobel d’économie en 1976 et professeur d’économie à l’Université de Chicago, est reconnu comme le fondateur du monétarisme. Cette doctrine met l’accent sur l’ajustement monétaire mondial qui découle des données d’activité économique et des prix. Son approche, opposée à celle de Keynes, est à l’origine du courant récent de néolibéralisme qui soutient la théorie du libre marché, utopie dont l’écroulement récent des marchés fait la preuve.

John Forbes Nash (1928), mathématicien américain, prix Nobel d’économie en 1994, s’est distingué par son apport à la science économique dans son livre intitulé The Theory of Games and Economic Behavior publié en 1944, et par ses travaux sur la théorie de l’équilibre dans les jeux non coopératifs et l’économie. Un excellent film (A Beautiful Mind) a raconté l’histoire de ce savant dont la carrière fut interrompue par une schizophrénie paranoïde qui s’est manifestée dès l’âge de 30 ans.

Enfin, un économiste canadien, John Kenneth Galbraith (1908-2006), a eu une influence marquante sur les politiques économiques mondiales et sur tous les présidents américains depuis Roosevelt jusqu’à Lyndon B. Johnson, et en particulier sur l’adoption du plan Marshall pour la reconstruction de l’Europe d’après-guerre en 1948. Professeur à l’Université Harvard, il a développé la théorie économique de la filière inversée, selon laquelle ce sont les entreprises qui imposent les produits aux consommateurs, et non l’inverse, et que de ce fait ces derniers se retrouvent prisonniers de la technostructure administrative des entreprises.