Mot du président
Pouvons-nous concilier santé et environnement lorsqu’on parle de l’exploitation du bois de nos forêts?
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Parution: avril 2009
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Le Dr Sébastien Toussaint
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Il fut une époque où la forêt québécoise était considérée comme une richesse inépuisable. L’industrialisation aidant, nous avons assisté à une exploitation abusive et irresponsable de nos ressources. Cette forêt jadis luxuriante allait désormais porter des blessures évidentes et influencer l’imaginaire collectif.
Le point culminant de cette prise de conscience collective a été atteint avec la diffusion du film
L’Erreur boréale. Malgré les éléments de controverse suscités par ce dernier, la démonstration d’un état de richesse versus un état de destruction de notre bien collectif nous a permis de réaliser combien notre forêt est vulnérable face à une exploitation abusive.
Ailleurs sur la planète, nous assistons impuissants au même phénomène, mais à une échelle beaucoup plus importante. Au Brésil, par exemple, la forêt amazonienne reconnue comme étant le
poumon de la planète est en train de subir une déforestation sans précédent. Là-bas, l’État, influencé par l’industrie, y voit une opportunité d’accroître sa richesse collective. Il a même augmenté les droits de coupe durant la dernière année. Actuellement, l’État brésilien et sa population en sont au même niveau de conscience que nous l’étions il y a vingt ou trente ans. La plupart du temps, cette déforestation fait place à des monocultures pour lesquelles le sol n’est pas adapté. On procède au brûlage systématique des zones déboisées. Cet anéantissement de la biodiversité est le prélude à des désastres environnementaux.
La corrélation entre notre santé et la qualité de l’air n’est plus à faire lorsqu’on parle de déboisement ou de brûlage des terres. Nous assistons à ce phénomène tels des « fumeurs passifs ».
Une société en constant changement
La forêt a représenté et représentera toujours une importante source de revenus pour une partie de la population du Québec et d’ailleurs. Cependant, cette réalité est vite dépassée une fois que la déforestation a pris une ampleur telle que les gens ne peuvent plus en vivre. Au Québec, on s’est mis à prôner la transformation secondaire dans nos régions-ressources afin de résoudre cette problématique et de contrer l’exode de la population. De plus, on s’est tourné vers une utilisation davantage récréative et touristique de notre forêt, laissant place dans notre imaginaire à un côté bucolique plutôt que véritablement écologique.
Le bois au banc des accusés
Le doute quant à la saine gestion de nos forêts persiste toujours, et ce, malgré que nous sachions que les façons de faire ont bien changé. L’image de l’arbre comme symbole de vie (et donc à ne pas couper) s’est imposée et est bien enracinée dans nos esprits maintenant. Certaines villes, dont la Ville de Montréal, sont même à vouloir légiférer sur une interdiction du chauffage au bois. Pourquoi alors ne pas légiférer aussi sur d’autres types de chauffage? Le chauffage au granule, par exemple, n’est-il pas un chauffage au bois? C’est davantage le matériel utilisé qui cause de hautes émissions polluantes plutôt que le chauffage au bois lui-même.
En tant que médecins, nous savons que le chauffage au bois n’est pas idéal. Mais qu’en est-il de l’impact des autres modes de chauffage sur l’environnement et la santé? En ce moment même, nous en sommes à convertir le chauffage de certains de nos hôpitaux en région en utilisant les résidus de la biomasse afin de diminuer les coûts institutionnels et de limiter l’impact environnemental de l’exploitation de nos forêts. Ces projets ne se font pas sans égard à la qualité des émissions atmosphériques.
Selon bien des experts, l’utilisation de matériaux de construction tels que l’acier, l’aluminium, le béton et bon nombre de matériaux composites a un coût environnemental beaucoup plus élevé que l’utilisation du bois. L’énergie nécessaire à la fabrication de ces matériaux a un impact significatif sur les gaz à effet de serre.
Du bois certifié « bio »
Il faut utiliser le bois dans le respect de l’environnement et le considérer comme une ressource écologique et renouvelable. Un peu comme pour le café équitable ou les produits biologiques, il faudrait être en mesure de certifier notre bois « bio ». Selon certains experts, nous disposons d’une approche similaire pour nos forêts, peu connue du public : la certification « FSC ». Cette dernière permet d’attester que l’utilisation de la forêt, dont est issu le bois et l’aménagement forestier répondent à des normes environnementales et d’exploitation responsables.
Il ne faut surtout pas prendre de décisions à la légère uniquement pour se donner bonne conscience. En matière d’environnement et de santé, l’effet bénéfique escompté peut se transformer en des effets opposés dévastateurs. Il faut changer nos perceptions à la base et viser à accroître nos connaissances générales sur la gestion de nos forêts et la valeur écologique du bois. Une certification « bio » ou l’illustration de l’utilisation non traditionnelle du bois sont d’excellents moyens pour défaire des mythes et concilier santé et environnement. L’utilisation du bouleau jaune du Québec pour fabriquer les freins du métro de Montréal ou de la cellulose pour certains de nos médicaments sont des exemples probants.
Agir dans notre cour
Ce n’est pas tout! Il ne suffit pas d’intégrer cette vision à la gestion de nos forêts, il faut aussi l’appliquer dans nos milieux de vies. Ainsi, des villes ou des quartiers tout en béton devraient laisser davantage de place aux arbres et aux parcs. Des initiatives communautaires devraient être soutenues en ce sens.
En s’engageant dans la voie de la santé et de l’environnement, l’AMLFC désire concrétiser davantage son engagement social en fonction des priorités et des enjeux sociaux d’aujourd’hui. Sensibiliser la population, susciter des discussions et s’impliquer dans des projets sont au nombre de nos ambitions. La mise sur pied récemment d’un groupe de travail nous permettra d’aborder des enjeux environnementaux sous l’angle de la santé de notre population.
Dr Sébastien Toussaint
Président de l'AMLFC