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Parution : mai-juin 2009
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Le Dr Aurel Schofield, porteur de la cause francophone |
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Par Claudine Auger |
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Originaire de Baie-Sainte-Anne, village côtier du Nouveau-Brunswick, le jeune Aurel Schofield quitte famille et amis au début des années 1970 pour étudier la médecine à l’Université Laval, à Québec. Si c’est dans la Vieille Capitale qu’il rencontre sa future épouse, il ne s’y enracine pas pour autant et retourne s’installer dans sa province d’origine. Il y a là une mission qui l’attend. Diplômé omnipraticien, le Dr Schofield recherchait avant tout une pratique diversifiée. Entre l’urgence, l’obstétrique, la clinique privée et une grande implication communautaire, il aura de quoi s’occuper. En outre, il travaillera étroitement auprès des adolescents et des victimes d’agressions sexuelles ou de violence et facilitera leur traitement par l’élaboration d’un modèle d’intervention qu’il diffusera sur différentes scènes provinciales et internationales. Il se laissera aussi rapidement interpeller par l’enseignement. Sensibilisé par son expérience aux difficultés à obtenir des services et de la formation en français dans sa propre province, le Dr Schofield joindra l’équipe du Dr Omer Doiron dès le début des années 1980 afin de participer à la mise sur pied du premier programme de formation de médecine familiale francophone au Nouveau-Brunswick. Son indéfectible volonté et sa détermination à porter son projet d’une formation en français et de services de qualité dans la langue maternelle des francophones minoritaires en région le mèneront à des réalisations importantes. Situation des communautés francophones hors Québec En 1998, la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada (FCFA), organisme initialement fondé en 1975 sous le nom de Fédération des francophones hors Québec et dont la mission est d’assurer la représentation politique, la promotion et l'appui au développement de ces communautés, fait de la santé un de ses objectifs prioritaires. L’année suivante, le groupe Acadie-Sherbrooke inc. organise la Conférence internationale francophone dans le cadre du 8e Sommet de la Francophonie se tenant à Moncton, au Nouveau-Brunswick. Cette conférence coprésidée par le Dr Aurel Schofield, parrainée par l’Organisation mondiale de la santé et réunissant 650 participants venus de 23 pays de la Francophonie, avait pour thème « Adapter la formation et la pratique aux besoins des communautés »1. Cet événement éveillera les consciences et entraînera des actions concrètes de la part du gouvernement fédéral qui met alors en place deux initiatives : le Comité consultatif des communautés francophones en situation minoritaire (CCCFSM), comité consultatif au ministre de la Santé, et le Plan d’action fédéral pour les langues officielles, dont une division importante est consacrée à la santé. Du CCCFSM naissait quelque temps plus tard la Société Santé en français, dont le Dr Schofield est un des membres fondateurs. Le dynamisme de cet organisme a, depuis, largement soutenu le développement de services de santé destinés aux francophones minoritaires.
En 2001, un rapport de la FCFA identifiait les caractéristiques socioéconomiques des 71 communautés francophones en situation minoritaire au Canada, mettant en lumière que 50 % à 55 % des francophones de ces communautés n’avaient jamais, ou presque jamais, accès à des services de santé en français, que ce soit en clinique privée, en milieu hospitalier ou en centre de santé communautaire. En raison de cet isolement, en plus de certains autres facteurs socioéconomiques, les membres de ces communautés sont plus susceptibles d’avoir des problèmes de santé. Selon le Dr Aurel Schofield, si l’arrivée de la Société Santé en français a créé une ouverture manifeste dans ce dossier, beaucoup de chemin reste encore à parcourir. Le cas du Nouveau-Brunswick Au Nouveau-Brunswick, les balbutiements de la formation médicale remontent à 1969 grâce à l’Entente Québec/Nouveau-Brunswick. Cette Entente visait l’augmentation du nombre d’étudiants francophones en médecine et l’exposition de ces derniers aux régions rurales francophones par le biais de stages cliniques, en espérant qu’ils s’y installent une fois leurs études complétées. Une douzaine d’années plus tard, rien n’avait beaucoup changé. Devant cette situation, certains acteurs de la scène médicale, dont le Dr Aurel Schofield, se mobilisèrent afin de créer, en 1981, le premier programme de formation de médecine familiale francophone du Nouveau-Brunswick. Grâce à trois stratégies principales, soit l’augmentation du nombre de places en médecine, la mise en place d’un processus d’admission concerté, qui ne met pas les étudiants du Nouveau-Brunswick en compétition avec ceux du Québec, et la mise en place d’un programme de stages cliniques basés dans la communauté, l’unité de formation a connu un essor remarquable durant une quinzaine d’années. Les retombées parlent d’elles-mêmes : en 1995, près de 90 % des étudiants francophones en médecine familiale et 75 % des étudiants en spécialité revenaient pratiquer dans leur province d’origine.
En 1996, la décision fut prise de concentrer 75 % des étudiants francophones du Nouveau-Brunswick admis en médecine dans une seule Faculté au lieu de les répartir entre les trois Facultés de médecine francophones du Québec. La création d’une masse critique d’étudiants a assuré un développement étapiste de la formation médicale au Nouveau-Brunswick. C’est dans cette optique que s’est développé un partenariat entre l’Université de Moncton et celle de Sherbrooke : en 2004, la délocalisation du Programme de doctorat en médecine de l’Université de Sherbrooke a permis la mise en place du Centre de formation médicale du Nouveau-Brunswick, hébergé sur le site de l’Université de Moncton. Tous les partenaires y trouvent leur compte. L’Université de Moncton, responsable des infrastructures et des services à la vie étudiante, participe à la mise en place du projet tout en gagnant la riche expertise de sa partenaire. L’Université de Sherbrooke atteint ses objectifs de soutien au développement d’autres milieux en favorisant son rayonnement. Quant aux étudiants, c’est une occasion extraordinaire d’avoir accès à un tel programme dans leur communauté tout en ayant accès à des stages dans le réseau de Sherbrooke. Cette formation de qualité leur offre un regard sur deux systèmes de santé. Finalement, puisqu’ils n’ont plus besoin de s’exiler, les étudiants établissent en majorité leur pratique dans leur province. Acteur discret, mais non moins actif, le Dr Schofield a largement participé à ces avancements pour les services de santé de la communauté francophone du Nouveau-Brunswick. Militant sur tous les fronts, ce pédagogue engagé assumera d’abord des charges d’enseignement, puis de direction, avant de prendre la responsabilité du programme d’enseignement médical de la Corporation hospitalière de Beauséjour. En 1996, il sera nommé coordonnateur de la formation médicale francophone de sa province. Membre fondateur et président entre 2003 et 2005 de la Société Santé et Mieux-être en français du Nouveau-Brunswick, le Dr Schofield travaille également auprès de Santé Canada et de l’Organisation mondiale de la santé.
La force de frappe Relevant les défis d’une communauté en situation minoritaire, les francophones du Nouveau-Brunswick ont réussi, grâce à l’effort soutenu de leur engagement, à développer et à structurer efficacement les ressources nécessaires à leur épanouissement. Deux avantages ont joué en leur faveur : leur nombre, puisqu’ils représentent près du tiers de la population de leur province, et le temps, leurs démarches ayant été amorcées depuis plus de trois décennies déjà. « Les communautés francophones des autres provinces canadiennes sont beaucoup plus petites et moins concentrées. Ainsi isolées, il leur est plus difficile de s’organiser », commente le Dr Schofield, soulignant que le Nouveau-Brunswick peut agir à titre de modèle. Sauf à Ottawa, où un volet francophone est offert à la Faculté de médecine, il n’existe aucun programme officiel en français à l’extérieur du Nouveau-Brunswick. Néanmoins, quelques activités de formation de médecine en français sont développées au Manitoba, en Colombie-Britannique (Vancouver) et dans le nord de l’Ontario. « Il leur reste beaucoup à faire, tout est à faire! Quant à nous, le développement n’est pas terminé, mais nous devons également consolider les acquis », conclut-il. Selon le Dr Schofield, trois axes d’action doivent être mis en priorité. En premier lieu, faciliter l’identification des étudiants francophones afin de les soutenir et de leur offrir des services, une tâche actuellement difficile à cause de l’accès limité aux banques de données confidentielles des universités; ensuite, poursuivre les ateliers de lexique, activités offertes à l’initiative de la Société Santé en français aux professionnels de la santé francophones formés ou pratiquant en anglais, ateliers ayant connu un franc succès; finalement, développer et rendre accessible partout au Canada de la formation professionnelle continue en français. Depuis sa création, la Société Santé en français a permis un progrès notable. Elle doit maintenant s’allier des partenaires où le rôle spécifique de chacun, défini selon leurs forces, profitera à l’ensemble de la démarche. Le Dr Schofield prévoit, pour l’AMLFC, une place de choix : « Je prépare un plan de travail que je désire soumettre à l’Association. Il y a plusieurs éléments à explorer et le rôle de l’AMLFC pourrait être majeur, car elle est une ressource essentielle pour la communauté médicale francophone. » L’appel est lancé. [1] Ces informations sont tirées de www.educationforhealth.net/publishedarticles/article_print_76.pdf |
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