Mot du président

L’hémisphère sud-américain : une médecine à l’avant-garde
Collaboration spéciale de Claudine Auger

Parution: juin 2009


Le Dr Sébastien Toussaint
En général, nous n’imaginons pas que les sociétés au sud de l’équateur connaissent des avancées technologiques qui nous dépassent, absorbés que nous sommes, peut-être, par la vitesse du développement technologique qui nous entoure. Nous imaginons encore moins qu’elles aient su trouver des solutions à des problèmes auxquels nous nous butons encore aujourd’hui... Pourtant, lors du 15e Colloque international de médecine ambulatoire multidisciplinaire (CIMAM) de l’AMLFC, tenu en Argentine les 16 et 17 mars dernier, nos confrères argentins nous ont laissé stupéfaits devant leur ingéniosité et leur faculté à développer rapidement des outils performants qui révolutionnent l’accessibilité aux célèbres dossiers patients.

Aujourd’hui, ils bénéficient d’un dossier patient électronique convivial et accessible aux différents départements et cliniques de leur site. Les données cliniques sont mêmes « géoréférencées », permettant au personnel offrant des services à domicile de tracer le parcours idéal et aux gestionnaires d’identifier par quartiers les besoins de leur clientèle.

C’est à la fin des années 1990 que les médecins argentins de l’Hôpital Italiano de Buenos Aires ont décidé de régler, une fois pour toutes, la question de l’informatisation. Ils ont avant tout pris le temps d’identifier et d’analyser deux obstacles majeurs, tout aussi connus au Québec : la difficulté de convaincre les médecins des avantages réels à intégrer les dossiers électroniques des patients dans leur pratique et la difficulté de concevoir des systèmes informatiques qui répondent aux besoins cliniques. Pour nos confrères argentins, le grand exploit n’a pas été seulement de déployer une technologie avant-gardiste, mais également de s’assurer du support de la communauté médicale en l’infiltrant d’agents de changement des plus persuasifs...

En effet, l’évidence s’est rapidement imposée : pour vaincre cette résistance au changement du corps médical, seuls des acteurs eux-mêmes médecins, convaincus et compétents, sauraient rassurer les praticiens quant à la sécurité dans les soins, la clarté des dossiers et le temps à gagner par l’usage de dossiers patients électroniques. En outre, pour s’assurer d’avoir des outils efficaces, il fallait trouver des informaticiens qui, encore là, seraient crédibles auprès des médecins puisque possédant l’expérience du terrain. Bref, il fallait dénicher... des médecins informaticiens!

C’est dans cette optique que l’équipe de l’Hôpital Italiano de Buenos Aires, soucieuse d’enraciner le projet dans un terreau prometteur, a décidé de créer de toutes pièces un programme académique innovateur et très pointu : une spécialité en médecine interne et en informatique médicale. En conjuguant les deux disciplines, ces internistes informaticiens partagent désormais leurs tâches entre la médecine clinique et la création d’outils informatiques adaptés aux besoins réels et concrets de la communauté médicale. En effet, qui pourrait être mieux placé que ces médecins hybrides pour répondre à ce défi?

En identifiant les obstacles minutieusement et en abordant la problématique à sa source – et ce, en très peu de temps puisque le projet date à peine d’une dizaine d’années – cette nouvelle discipline récemment créée a permis un virage complet dans ce qui semblait une impasse. Ce choix judicieux de se doter d’une telle spécialité médicale apporte à nos collègues argentins une avance considérable qui les mènera, fort probablement, vers une croissance marquée.

Quant à nous, au Québec, nous passons encore un temps précieux à chercher des solutions pour faciliter la communication et l’échange de données sur nos patients. En outre, l’intégration des systèmes informatiques coûte actuellement une fortune à nos établissements, au point où on se demande parfois si ceux-ci ne servent pas seulement à enrichir des intérêts privés. L’exemple argentin change dès lors le paradigme. Ils n’ont plus à se soucier de la compatibilité des systèmes ou de la gestion d’interfaces. Ils sont propriétaires et concepteurs. Ils sont les seuls maîtres à bord.

Devant la situation qui est la nôtre, et qui comporte des obstacles similaires à ceux qu’ont vécu nos confrères argentins quant au développement informatique des dossiers patients, notre propre réflexion doit inévitablement inclure les données de leur succès et nos actions à venir, quelles qu’elles soient,  doivent s’inspirer de celui-ci.

Dr Sébastien Toussaint
Président de l'AMLFC