Parution : septembre-octobre 2009

16e édition du CIMAM de l'AMLFC 
Quand le partenariat fait la force!

Par Claudine Auger


La collaboration, une philosophie à endosser
Il y a eu le succès du Congrès international francophone de médecine sexuelle, en septembre 2008, formation organisée dans la synergie de quatre organismes partenaires, dont l’Association des médecins de langue française du Canada. La réussite de l’événement illustrait clairement l’opportunité réelle de décupler énergie et créativité. L’AMLFC en prenait bonne note et a décidé de s’aventurer de nouveau dans cette voie à l’occasion du 16e Colloque international de médecine ambulatoire multidisciplinaire (CIMAM) en s’unissant au Secrétariat international des infirmières et infirmiers de l’espace francophone (SIDIIEF). L’événement, axé sur le thème de l’oncologie, avait lieu à Marrakech, au Maroc, les 9 et 10 juin dernier, également en partenariat avec le Centre d’oncologie au Centre hospitalier universitaire Ibn Rochd, sous le haut patronage de Son Altesse Royale la princesse Lalla Salma.

Le Palais des congrès de Marrakech
C’est donc dans le cadre du IVe Congrès mondial du SIDIIEF que l’activité de formation de l’AMLFC s’est tenue. « Cette première collaboration, dans un désir d’interdisciplinarité partagé, est prometteuse : de part et d'autre, les organisateurs souhaitent renouveler l’expérience », a expliqué Mme Céline Monette, directrice générale de l’AMLFC et membre du comité scientifique.

Le SIDIIEF, organisme au service du corps infirmier
Existant depuis une dizaine d’années déjà, le SIDIIEF est une organisation sans but lucratif dont le siège est situé au Québec. L’organisme a rapidement été reconnu officiellement en tant qu’organisation internationale non gouvernementale par le ministère des Relations internationales du Québec et obtenait, en avril 2005, un statut consultatif auprès des instances de l’Organisation internationale de la Francophonie. Ces reconnaissances témoignent de l’idéal d’ouverture sur l’espace francophone de ce réseau d’échanges dans les domaines de la pratique clinique, de la gestion, de la formation et de la recherche en sciences infirmières. Le SIDIIEF, dont la principale mission demeure de faciliter le partage des expériences et des savoirs infirmiers à travers le monde francophone, a accueilli, en juin dernier lors de son IVe Congrès, près de 1400 infirmières et infirmiers provenant de plus de 25 pays de la francophonie, autant de participants attentifs pour discuter des enjeux de santé publique à l’échelle mondiale.

Leur identité imprégnée de la francophonie, les deux organismes nouvellement partenaires se retrouvent sur un vaste territoire dont on oublie souvent l’ampleur. En cette ère de mondialisation et d’ouverture, le partage d’une langue ouvre sur des perspectives enrichissantes. Rattaché à l’Organisation internationale de la Francophonie , qui compte cinquante-cinq États et gouvernements membres et treize observateurs, le réseau du SIDIIEF regroupe des gestionnaires, des praticiens, des formateurs et des chercheurs de langue française désireux de laisser émerger les synergies qui profiteront à tous. Une invitation à saisir!

Des objectifs stratégiques dans une lignée commune 
Cet intérêt pour la francophonie s’est imposé de lui-même comme point d’ancrage entre l’AMLFC et le SIDIIEF. On imagine aisément qu’une collaboration entre les deux organisations puisse mener au développement d’un réseau international encore plus large, plus solide. À la lumière des changements qui ont marqué l’AMLFC ces dernières années, les activités professionnelles ont inévitablement été transformées. Le CIMAM, activité de formation professionnelle continue (FPC) bien ancrée dans le calendrier de l’Association, profite de ce nouvel éclairage en s’adressant désormais à une communauté médicale francophone internationale plus vaste que jamais. Ce premier partenariat avec le SIDIIEF, outre le partage des ressources dans l’organisation propre au congrès, aura permis l’apprentissage de part et d'autre et une manière de s’apprivoiser mutuellement, dans la visée d’une collaboration à long terme.

Conférenciers de gauche à droite : Sœur Thérèse Garnier, infirmière au Maroc, Mme Anne Plante, infirmière au Québec, la Dre Marie-Françoise Mégie, Mme Maud-Christine Chouinard, Ph.D., infirmière au Québec et le Dr Nader Habib, président du comité scientifique
Mais surtout, la réalisation de ce premier projet entre les deux organisations, en privilégiant l’échange entre les médecins et le corps infirmier, s’est largement appuyée sur une philosophie commune : l’interdisciplinarité. « Dans un univers médical encore réticent à l’interdisciplinarité, tant chez les médecins que chez les infirmières, l’AMLFC n’hésite pas à faciliter la rencontre de ces deux cultures en transformation, à la recherche d’un équilibre, ni à provoquer l’ouverture », ajoute fièrement la directrice générale de l’AMLFC.

Par ailleurs, la formation continue demeure une préoccupation majeure du SIDIIEF et Mme Monette, également directrice de l’unité de FPC de l’AMLFC, y voyait un autre élément favorisant le rapprochement avec son nouveau partenaire. « Tant pour notre partenaire que pour notre Association, la FPC fait partie intégrante de notre stratégie : nous allons dans la même direction », souligne Mme Monette.

Bref, ce premier événement organisé conjointement aura permis à l’AMLFC et au SIDIIEF de se familiariser l’un l’autre dans l’espoir de développer d’autres projets. « Notre objectif était d’apprendre à se connaître; il s’agit désormais de construire sur nos réussites », conclut avec enthousiasme Mme Céline Monette.

Les promesses d’un partenariat bien amorcé
Profitant de la présence des membres du conseil d’administration du SIDIIEF, habituellement dispersés autour du globe, le président de l’AMLFC, le Dr Sébastien Toussaint, et la directrice générale, Mme Céline Monette, ont pu discuter avec leurs nouveaux collaborateurs lors d’une brève rencontre. Considérant avec satisfaction le succès de ce premier événement conjoint, les partenaires se sont penchés sur les prochaines étapes, définissant un bref plan d’action des projets communs à venir.

Mais surtout, cette rencontre d’évaluation a permis de définir clairement le but d’un tel partenariat, en accord avec les orientations précises qui lui donnent une base solide : une formation professionnelle continue soutenue et de haute qualité, le développement et le soutien de l’interdisciplinarité et, évidemment, l’ouverture sur la francophonie. Et vu le déploiement du SIDIIEF auprès de la communauté francophone internationale, Mme Monette s’interroge, évoque des perspectives prometteuses : « Est-ce que le SIDIIEF sera la porte d’entrée de l’AMLFC sur une francophonie plus vaste? Nous sommes ouverts à toutes les possibilités... »

Coup d’œil sur l’interdisciplinarité : la formation interprofessionnelle

Le Consortium pancanadien pour l’interprofessionnalisme en santé (CPIS) a été créé afin de promouvoir et de soutenir la collaboration entre les domaines de la santé et de l’éducation. Les études publiées depuis une dizaine d’années sur la formation interprofessionnelle (FI), qui suscite de plus en plus l’intérêt, démontrent que :

  • La FI peut améliorer la pratique en collaboration et la prestation de services, ainsi qu’avoir un impact positif sur les soins offerts aux patients;
  • La FI , généralement bien reçue par ceux qui y participent, peut potentiellement permettre aux étudiants et aux praticiens d’acquérir le savoir et les habiletés nécessaires pour pratiquer la collaboration professionnelle;
  • La FI peut être prodiguée de manière efficace dans divers contextes de formation et de pratique.

Source : Examens des données probantes, www.cihc.ca
Pour en savoir davantage sur le sujet, consultez également :
www.hc-sc.gc.ca/hcs-sss/hhr-rhs/strateg/interprof/synth-fra.php

Coup d’œil sur l’interdisciplinarité :
principaux obstacles à l’instauration de programmes de formation interprofessionnelle

  • La perception de la FI comme une expérience atypique;
  • Le manque de compréhension de son propre rôle;
  • Le manque de temps;
  • Le manque de soutien pour la culture organisationnelle;
  • La méconnaissance du matériel de cours.

Coup d’œil sur l’interdisciplinarité : la pratique en collaboration

La pratique en collaboration signifie que les professionnels de la santé pratiquent de concert avec d’autres membres de leur profession ou d’autres professions et avec leurs patients et leur famille.

La pratique en collaboration peut avoir un impact positif sur certaines problématiques comme :

  • Le temps d’attente;
  • La salubrité des lieux de travail;
  • Les ressources humaines de la santé;
  • La sécurité des patients;
  • La situation des services en région éloignée;
  • La gestion des maladies chroniques;
  • La santé et le bien-être de la population.

Source : La pratique en collaboration, www.cihc.ca

L’oncologie, thématique du 16e CIMAM
Le Pr Afif My Hicham, pneumologue au Maroc
C’est le thème de l’oncologie, spécialité déjà favorable à l’interdisciplinarité, qui a orienté le choix des conférences présentées lors du 16e CIMAM. Avec un plaisir sincère, le Dr Nader Habib, président du comité scientifique, a spécifié que la collaboration avec le SIDIIEF s’était déroulée « au-delà de ses espérances » et a résumé ainsi la teneur de la programmation : « Nos confrères marocains, dont les connaissances sont à la fine pointe, ont largement su satisfaire notre curiosité! »

Lors de ces conférences, quelques messages se sont imposés avec évidence. Ainsi, si on admet d’emblée l’importance de la sensibilisation aux dangers du tabac, le Pr Afif My Hicham, présentateur de la conférence Épidémiologie et prévention des cancers bronchopulmonaires,  a démontré l’efficacité de celle-ci. Alors qu’au Maroc, le tabac fait ravage auprès de la population masculine – les femmes ne fument pas, contrairement au Québec où le cancer du poumon tue davantage que le cancer du sein, même s’il est moins fréquent – une campagne de prévention s’est révélée un succès étonnant, générant des listes d’attente dans les cliniques pour les fumeurs désireux de mettre fin à leur dépendance à la cigarette et en quête de soutien.

Le Pr Abdellatif Benider, oncologue au Maroc et membre du comité scientifique
Dans la même lignée, les avantages du dépistage ont été soulignés avec éloquence lors de la présentation sur le cancer du sein et le cancer colorectal. Si une femme sur huit risque de se voir atteinte du cancer du sein, le dépistage peut lui sauver la vie. Tout aussi convaincu, le Dr Joël Claveau, dans une présentation fort imagée sur le cancer de la peau, a vanté les bénéfices du dépistage : au moindre doute sur une lésion, un omnipraticien devrait immédiatement adresser son patient à un spécialiste.

Toujours à propos du dépistage, le Pr Rachide Bezzade a révélé des données stupéfiantes quant au cancer du col utérin chez les Marocaines : une femme sur quatre-vingts seulement passerait une cytologie – le célèbre pap test –  annuellement. Le programme de dépistage inexistant, les patientes se présenteraient souvent avec un cancer du col utérin avancé, faisant de ce dernier le cancer le plus meurtrier chez les femmes du Maroc, sans parler de la honte dont elles sont accablées et de l’isolement qu’elles subissent. Quant au vaccin contre le virus du papillome humain (VPH), il est tout simplement inaccessible. La problématique est complexe dans cette communauté musulmane : certes, il y a les coûts associés au dépistage et à la prévention. Mais dans un pays où la polygamie va de soi, où les femmes sont des cibles faciles et où tout ce qui entoure la sexualité est profondément tabou, l’environnement culturel est un frein à la prévention de ce type de cancer. On s’en remet simplement à Dieu.