Mot du président
Docteur, que pensez-vous de l’interdisciplinarité?
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Parution: septembre 2009
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Le Dr Sébastien Toussaint
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Lors du 16
e Colloque international de médecine ambulatoire multidisciplinaire (CIMAM) de l’AMLFC, qui a eu lieu à Marrakech au Maroc en juin dernier, une journée d’échanges interdisciplinaires entre médecins et infirmières avait été organisée en partenariat avec le Secrétariat international des infirmières et infirmiers de l’espace francophone (SIDIIEF). Depuis, plusieurs échanges avec des médecins et des infirmières m’ont incité à partager avec vous la réflexion qui suit.
La collaboration s’impose de plus en plus dans nos pratiques depuis quelques années face au vieillissement de la population, et donc à l’augmentation des clientèles vulnérables et des maladies chroniques. Le gouvernement du Québec a mis en place les groupes de médecins de famille et le Collège des médecins du Québec a introduit les ordonnances collectives ainsi que les infirmières praticiennes spécialisées puis en première ligne.
À l’aube de l’entrée en vigueur de la modification de la loi médicale sur les ordonnances collectives, l’AMLFC s’était démarquée avec son congrès sur la collaboration entre médecins et pharmaciens. L’AMLFC n’en était pas à sa première expérience puisqu’elle a toujours intégré des présentations interdisciplinaires lors de son congrès annuel, même si c’était à plus petite échelle. La participation des pharmaciens avait été tellement importante à l’époque qu’elle avait presque fait oublier la faible participation des médecins. Plus récemment, le comité de la FPC et de veille stratégique de la FPC (formation professionnelle continue) de l’AMLFC a ciblé malgré tout l’interdisciplinarité comme l’une de ses principales orientations.
Mais qu’en est-il véritablement de l’ouverture des médecins face à l’interdisciplinarité? Qu’en est-il de l’appréciation de ces changements dans leur pratique?
Mentionnons d’abord que les médecins qui ont déjà adhéré aux nouvelles pratiques de collaboration ne changeraient leur décision pour rien au monde. Il s’agit d’y goûter pour ne plus s’en passer, diront certains. Malgré tout, plusieurs autres médecins n’y voient que peu d’avantages et, paradoxalement, prétextent le manque de temps pour ne pas s’impliquer dans des projets de cette nature. Pourtant, les histoires à succès abondent. Les médecins partagent de plus en plus leur expérience entre eux. La jeune génération de médecins y trouve son compte et y adhère préférentiellement. La tendance est là et va en augmentant.
Par contre, lorsque nous discutons d’interdisciplinarité avec eux, en dehors de leur cabinet ou de leur environnement de travail, les médecins se font plus timides. Ils ne convoitent pas plus particulièrement des formations de nature interdisciplinaire. À la limite, le terme « interdisciplinaire » serait même un frein pour certains quant à leur participation à telle ou telle activité. Pour plusieurs, l’interdisciplinarité fait référence à une médecine de second rang. Cela imprègne leur imaginaire. Nombreux sont les médecins qui ont adapté leur pratique mais qui tiennent toujours à leur « autonomie d’apprentissage ». Ils aiment participer à des activités de développement professionnel continu qui leur soient réservées. Ils aiment profiter de ces moments pour partager leur expérience et effectuer du réseautage.
Les exemples de bonnes pratiques interdisciplinaires présentés lors de la journée conjointe entre médecins et infirmières dans le cadre du 16e CIMAM de l’AMLFC ont été grandement appréciés. Les médecins présents, quoique peu nombreux, se sont montrés curieux et intéressés lors des périodes de questions. Les exemples présentés, autant en médecine de première ligne qu’en médecine de deuxième ligne, ont su mettre un terme aux préjugés de plusieurs vis-à-vis de l’interdisciplinarité.
De façon générale toutefois, on peut affirmer qu’aujourd’hui encore, il est nécessaire de démythifier les pratiques de collaboration interdisciplinaire auprès des médecins. Il faut probablement aborder l’interdisciplinarité différemment : parler de collaboration plutôt que d’interdisciplinarité, intégrer des sessions faisant état d’exemples concrets de bonnes pratiques interdisciplinaires plutôt que de promouvoir des colloques sur l’interdisciplinarité, préserver la qualité au lieu de la quantité, miser sur une pratique à la fine pointe plutôt que de second rang... et faire oublier, enfin, tous les préjugés!
Dr Sébastien Toussaint
Président de l'AMLFC