Parution : septembre-octobre 2009

Les groupes SEXPERT

Par Mélissa Larue


Lorsqu’on m’a proposé d’écrire un article pour ce Bulletin, j’ai tout de suite sauté sur l’occasion de partager avec vous un projet étudiant qui me tient à cœur : SEXPERT. Cependant, lorsqu’on m’a demandé de fournir des données statistiques en rapport aux résultats de nos rencontres aux médecins membres de l’AMLFC, la tâche me parut soudainement plus ardue. Je viens tout juste de terminer ma première année de médecine et, avouons-le, je ne vous connais pas encore très bien, chers futurs patrons et, éventuellement, collègues.  J’ai donc décidé de vous présenter SEXPERT comme un exemple des initiatives prises par ma génération d’étudiants afin d’aider, à notre façon et avec nos moyens, à créer une population généralement plus en santé. Bien sûr, comme je suis étudiante à l’Université Laval, je vais vous parler plus particulièrement du fonctionnement au sein de ce groupe, mais sachez qu’il y a des groupes SEXPERT à Montréal, McGill, Trois-Rivières et Sherbrooke.

Tout d’abord, je crois qu’un bon moyen de vous présenter SEXPERT est de vous en donner ma vision personnelle. Nous sommes un groupe d’étudiants (majoritairement en médecine) ayant un intérêt particulier pour la population adolescente et nous avons décidé d’utiliser notre groupe d’âge pour joindre les adolescents et les amener à se responsabiliser par rapport à leur santé sexuelle. Nous n’avons pas la prétention d’aller jouer un rôle d’éducation dans les écoles secondaires que nous visitons. Le but est davantage d’offrir aux jeunes une occasion de dédramatiser la discussion sur la sexualité et de leur donner des ressources valables et fiables, les endroits où trouver les réponses à leurs questions ainsi que les outils nécessaires pour prendre en main leur santé sexuelle.

L'équipe de SEXPERT de l'Université Laval. Deuxième rangée, première de gauche, Mme Mélissa Larue.
Historique de SEXPERT
Un premier comité SEXPERT fut créé à l’automne 2005 à McGill et un deuxième en 2006 à Laval. La création de ces groupes est une conséquence indirecte de la réforme scolaire entamée en 2000, qui répartissait l’enseignement lié à la santé sexuelle dans différents cours à la suite de l’abolition du cours de formation personnelle et sociale qui, jusque-là, avait la fonction d’enseigner les différents aspects de la santé sexuelle. Bien que dans certains milieux la prise en charge de cette tâche par d’autres professeurs ait été faite de façon adéquate, plusieurs ont tout simplement manqué le bateau, n’atteignant pas les objectifs de transmission des connaissances en matière de première relation, de méthodes contraceptives, d’ITSS et de grossesse, pour n’en nommer que quelques-uns. Il n’y a donc plus une base d’information uniforme donnée à nos jeunes dans le cadre académique. Il se crée alors inévitablement dans la population adolescente des lacunes auprès de plusieurs, les empêchant de bien comprendre les risques et les conséquences auxquels ils peuvent s’exposer pour s’épanouir dans les débuts de leur vie amoureuse. De plus, cette transmission inadéquate de l’information garde trop souvent les jeunes ignorants des ressources qui sont mises à leur disposition.  Le groupe SEXPERT cherche donc à compléter l’information que les jeunes reçoivent et à les sensibiliser à leur propre santé sexuelle. Nous nous considérons davantage comme des guides; nous voulons leur donner des outils pour qu’ils trouvent les réponses à leurs questions, qu’ils puissent faire des choix avec lesquels ils se sentiront bien, qu’ils se respectent et qu’ils se fassent respecter dans leurs relations amoureuses.

Comment fonctionne SEXPERT
La première étape de notre démarche pour atteindre les jeunes est de s’allier à leur milieu scolaire. Un premier lien est fait avec la direction des écoles par l’intermédiaire des infirmières scolaires à qui nous présentons le projet.  Lorsque le projet est présenté, nous nous assurons que l’école nous permettra de rencontrer tous les groupes visés par le projet. Il est primordial pour nous que tous les jeunes du même milieu aient droit à ces séances et non pas seulement certains groupes favorisés par la direction. Une fois le projet accepté, nous prenons le temps de nous informer sur le milieu des jeunes que nous allons rencontrer; nous nous renseignons sur les informations qu’ils ont reçues à ce jour, des problématiques spécifiques rencontrées (grossesses non désirées, homophobie, hypersexualisation, etc.). À l’Université Laval, c’est le groupe du 3e secondaire que nous avons décidé de rencontrer puisque c’est un âge charnière pour plusieurs adolescents. En effet, plusieurs infirmières et médecins en milieu scolaire avec lesquels nous avons discuté nous ont rapporté que cette année-là représentait pour plusieurs le stade des premières relations amoureuses, des premières expériences sexuelles, du début de l’utilisation de la contraception. Au cours de l’année 2008-2009, nous avons rencontré plus de mille élèves dans cinq écoles des environs de Québec. Nous nous rendons en groupes de deux présentateurs dans les classes afin de leur proposer diverses activités se voulant à la fois divertissantes, dynamiques et informatives. Chaque paire de présentateurs aura la chance de rencontrer deux fois son groupe. Dès la première rencontre, le contrat est clair avec les jeunes. Nous n’avons pas les réponses à toutes leurs questions; il est possible que nous leur demandions de chercher eux-mêmes la réponse; nous ne répondons à aucune question sur nos vies privées et ils ne sont forcés en aucun cas de dévoiler des détails sur eux. Le respect mutuel est la règle d’or de nos présentations. Lors de cette rencontre, des activités et des sujets plus légers sont présentés aux jeunes. Nous y abordons l’utilisation d’un vocabulaire respectueux de la sexualité, les modes de transmission et les caractéristiques des diverses ITSS, l’utilisation du condom et les mythes et réalités. À la fin de cette première visite, les étudiants sont invités à inscrire une question, de façon tout à fait anonyme, sur un papier et à le déposer dans une boîte à la sortie de la classe. Ces questions permettent alors aux présentateurs de mieux orienter la deuxième rencontre sur les sujets qui intéressent le groupe et de glisser des réponses à leurs questions dans une deuxième série de mythes et réalités en matière de sexualité. Pour ajouter à la pertinence de l’information transmise, plusieurs présentateurs essaieront le plus possible d’inclure les réponses aux questions des jeunes dans des activités pour ne pas dévoiler les questions. Lors de la seconde rencontre, des sujets un peu plus sérieux ou laissant place à la discussion sont alors touchés comme l’hypersexualisation, l’homosexualité et l’homophobie, les relations amoureuses, les drogues du viol, la grossesse à l’adolescence, etc. Bien sûr, les paires de présentateurs étant toutes différentes, l’organisation des rencontres est très variée. De plus, la variété des activités offertes permet de s’adapter facilement au caractère du groupe. Ces rencontres prennent davantage les allures d’une discussion entre amis ou avec un grand frère ou une grande sœur que d’un cours académique. Cette proximité dans la discussion permet aux jeunes de s’exprimer librement et de poser plus de questions.  Il est impressionnant de voir à quel point un lien se crée rapidement entre le groupe et les présentateurs.  Il n’est pas rare de voir des jeunes venir nous poser des questions ou partager leur expérience. Tout au long de ces deux rencontres, nous nous efforçons également de rediriger les étudiants vers le site www.masexualite.ca ainsi que vers leur infirmière scolaire et leur clinique jeunesse.

Impact du projet
Le projet étant encore très jeune, il est difficile de quantifier ou de qualifier l’impact de ces présentations. Sans prétendre bouleverser la situation actuelle, plusieurs petites victoires nous laissent croire que notre rôle est important.  Voici quelques exemples simples, survenus depuis le début de notre présence dans la région de Québec :

  • Un jeune est venu nous confier un problème d’agression sexuelle et nous avons pu le confier à des autorités compétentes;
  • À quelques reprises, des infirmières scolaires nous ont avisés que des jeunes avaient demandé à recevoir un plan B (la pilule du lendemain) ou de l’information sur les ITSS à la suite de la présentation;
  • Une jeune est venue me remercier d’avoir démythifié le pap test et les tests de dépistage des ITSS. 

Pour chacun de ces jeunes, il est important de poursuivre notre mandat, même s’il ne s’agit que d’une personne par école à qui nous évitons une grossesse en l’informant de la disponibilité du plan B à son école, ou encore de cette autre qui sait maintenant comment utiliser un condom de façon appropriée. Nous croyons fermement à l’importance de la prévention dans la population et à la prise en charge de sa propre santé par chaque personne. C’est dans cette optique que nous nous investissons pour aller rencontrer des jeunes. Nous espérons ainsi contribuer à améliorer leur bien-être.

La formation
Nous sommes fiers de notre projet, et la popularité grandissante de nos services dans différents établissements de notre région nous encourage à poursuivre. Nous espérons continuer à recruter au sein des nouveaux étudiants en médecine afin de répondre aux demandes de plus d’écoles.

Afin d’offrir un service de qualité aux adolescents que nous rencontrons et d’aider nos présentateurs à être plus informés et à l’aise pour aller échanger avec les étudiants, le groupe SEXPERT offre beaucoup de formation. Tout d’abord, le groupe travaille continuellement à l’élaboration de nouveau matériel et à la création de nouvelles activités afin de rendre les rencontres le plus efficaces et le plus dynamiques possible. Aussi, à chaque début d’année scolaire, une journée de formation est organisée afin de présenter le projet et le matériel aux nouveaux présentateurs, et leur permettre de s’exercer. Finalement, des « midis-conférences » sur différents thèmes, telles les drogues du viol, la diversité sexuelle, les ITSS et la contraception, sont offerts.

En terminant, j’espère avoir réussi à vous transmettre mon intérêt pour le travail réalisé par SEXPERT auprès des jeunes. Notre projet vous a intrigué, intéressé, passionné? Sachez que nous sommes constamment à la recherche de collaborateurs et de nouvelles idées! N’hésitez surtout pas à communiquer avec nous.

pedagosexpert@gmail.com



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