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Parution : novembre-décembre 2009
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La médecine familiale : enfin, prendre la place qui lui revient |
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Par Claudine Auger |
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Une spécialité au même titre que les autres
En fait, peut-être la médecine familiale n’a-t-elle jamais été considérée comme une spécialité à cause de son rôle qui suppose qu’elle reste à la surface d’un large horizon. Sa première fonction est de diagnostiquer les pathologies fréquentes. On attend d’un omnipraticien qu’il soit polyvalent, une caractéristique de cette pratique qu’apprécient ses disciples même si elle impose certaines frustrations, comme l’explique le Dr DiTommaso : « Le médecin de famille règle 90 % des problèmes de ses patients. Pour les cas restants, il est le chemin vers le spécialiste. Pour moi, c’est un deuil de devoir adresser un patient. Je suis toujours curieux de connaître la suite des événements. » Quand penche la balance... Le Dr Antoine Groulx, professeur de clinique au département de médecine familiale et de médecine d’urgence de la Faculté de médecine de l’Université Laval, également président désigné du Colloque québécois de médecine familiale, se passionne pour le sujet. Étudiant à la maîtrise en administration de la santé, il rédige un mémoire sur la promotion de la médecine familiale. Quant à la dévalorisation dont elle est l’objet, elle est enracinée dans un écart qui n’a cessé de se creuser au cours des cinquante dernières années entre la rémunération des omnipraticiens et celle des spécialistes. « C’est avant tout une question de gros sous. En poursuivant ses études deux ou trois ans de plus, on double son salaire. » En effet, l’équation est simple. Une situation que la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) espère faire basculer lors des négociations qui s’amorceront en janvier 2010. La FMOQ se dit prête au combat, qui s’annonce houleux.
Pourtant, la pénurie actuelle de médecins de famille modifie en sa faveur la perception générale. « Tout d’un coup, on veut être mon ami », confie le Dr DiTommaso avec humour. « Avant, on croyait que j’avais raté ma formation... Il m’aura fallu vingt ans de pratique pour que mes parents cessent de me demander quand je serais spécialiste! » Des plans différents, une direction commune Lorsque le MSSS a décidé de s’attaquer au problème, il a défini un objectif commun de valorisation de la médecine familiale que toutes les Facultés de médecine ont endossé. Après les études sur le sujet, une évidence s’imposait : l’action principale devait viser l’exposition précoce des étudiants à la médecine familiale. Comme le souligne le Dr Jacques Ricard, médecin-conseil pour le MSSS : « L’élément qui a le plus de chance d’influencer les étudiants est le rôle d’un modèle clair et défini. Dès le début de leurs études, les étudiants doivent être en contact avec des médecins de famille, et surtout des médecins de première ligne, ceux des Groupes de médecine familiale (GMF), par exemple, qui travaillent en collaboration et en interdisciplinarité. » Car, comme il l’explique, les médecins de famille du Québec orientent de plus en plus leurs activités vers la deuxième ligne, ce qui inquiète d’ailleurs le ministère. Plusieurs gestes doivent s’unir pour renverser la vapeur et en ce sens, les idées ne manquent pas, tant celles qui pourraient atteindre les étudiants en général avant même l’arrivée en médecine, que celles touchant les années de préclinique ou l’externat : lancer une campagne médiatique grand public, publiciser les réalisations des professeurs et des chercheurs-médecins de famille, augmenter le nombre et la visibilité des médecins de famille lors des cours de base comme l’apprentissage par problèmes (APP) et le mentorat, faire visiter les lieux de pratique des omnipraticiens, créer un stage d’insertion en médecine familiale dès la première année d’études, améliorer la qualité du stage de médecine familiale, pour ne citer que ces idées d’action. Et apparemment, cet heureux remue-ménage inspire les étudiants eux-mêmes. En septembre dernier a eu lieu le 1er Symposium étudiant sur la médecine familiale, à l’initiative de deux étudiants, Évelyne Borduas-Roy et Louis-Philippe Gagnon, un projet chaleureusement appuyé par le Groupe d’intérêt en médecine familiale (GIMF) de l’Université Laval. « L’événement a été un franc succès, poursuit le Dr Ricard, regroupant six cents étudiants des quatre Facultés de médecine, et dont la plupart en première et en deuxième année, qui ont assisté à des ateliers fort appréciés démontrant la diversité des tâches de cette pratique. » Vu le succès de ce Symposium, le MSSS s’est engagé à soutenir financièrement l’événement pour les quatre prochaines années. En outre, il offre également son appui à l’organisation d’activités de valorisation de la médecine familiale. « La situation est si criante, ce n’est plus un choix que de reconnaître cette priorité de formation en médecine familiale. Heureusement, toutes les instances optent pour une approche similaire. Est-ce la bonne direction? On ne peut que s’appuyer sur ces nombreuses études qui démontrent l’importance d’avoir des médecins de famille dans l’équipe d’enseignants, de favoriser les groupes d’intérêt et de ne pas négliger ce levier supplémentaire qu’est la rémunération », résume le Dr Groulx. L’éveil tranquille Il faut évidemment laisser aux programmes universitaires de valorisation de la médecine familiale qui s’installent depuis à peine trois ou quatre ans le temps de s’enraciner et de porter ses fruits. « À mon avis, il faudra encore attendre deux ou trois ans pour palper les résultats. C’est long, former des médecins! Et encore plus pour changer les mentalités. Mais en ce moment, une porte s’ouvre largement afin de donner aux étudiants en médecine une exposition qui leur permettra de faire un choix éclairé », avance avec confiance le Dr Groulx. Le Dr DiTommaso, quant à lui, énumère diverses activités promotionnelles qui permettent aux étudiants de mieux comprendre cette discipline trop longtemps mise à part : « Il y a les GIMF qui multiplient les rencontres afin de présenter les avantages de l’omnipratique; les journée de savoir-faire (skills day), journée spécifique où un petit nombre d’étudiants mettent en pratique les compétences diversifiées des médecins de famille, démontrant qu’ils traitent bien plus que des grippes; des soupers mentorat où entre chaque service, les médecins de famille invités changent de table afin de rencontrer le plus d’étudiants possible... » Une multitude de gestes concrets qui, associés, transformeront les perceptions, on l’espère, en faveur d’une discipline essentielle en mal d’un respect pourtant mérité, comme l’exprime, laconique, le directeur du programme prégradué du département de médecine familiale de l’Université de Montréal : « Je crois qu’on mérite autant que les autres. Pas plus, ni moins de respect pour le rôle de chacun. » En fait, la médecine familiale se redéfinit de fond en comble. Son rôle, avant toute autre chose, doit être clarifié et faire consensus. Selon le Dr Groulx, qui a analysé la situation avec rigueur et minutie, le médecin de famille doit s’imposer comme gestionnaire d’une équipe de soins, comprenant les infirmières et infirmiers cliniciens et praticiens, les diététiciennes et diététiciens, les psychologues, les ergothérapeutes et les autres intervenantes et intervenants qui se greffent à une équipe pour soigner un malade. Quant au médecin de famille, que les compétences qu’il a développées au cours de sa formation et de son expérience pratique soient exploitées efficacement et qu’elles servent à poser un diagnostic de pathologies, fréquentes ou graves. En fait, si le présent n’est pas simple pour les omnipraticiens, ni pour les malades en quête d’un médecin qui pourrait les prendre en charge, souhaitons que les transformations qui se mettent en place dessineront un avenir meilleur. D’une manière ou d’une autre, souligne avec sagesse le Dr Groulx, dont le ton posé dégage un optimisme rassurant, « c’est une belle révolution que celle que nous vivons actuellement... » Regard sur l’horizon De cette crise actuelle et mémorable, la médecine familiale en ressortira à jamais transformée. Selon le Dr Groulx, le regard de l’observateur peut osciller entre deux pôles. D’un côté, une perspective sombre où les négociations salariales et la surcharge de travail des omnipraticiens voilent tout espoir. De l’autre, une pratique en pleine mutation, alimentée par un soutien croissant des diverses instances et par des négociations imminentes qui, inévitablement, changeront la donne. |
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