2000_11_01

Le Dr Jean Léveillé, nouveau président de l’AMLFC
Par Danielle Lapointe
Comme président de l’Association des médecins de langue française du Canada, le Dr Jean Léveillé entend manifester un leadership qui se traduit par la volonté de rassembler les forces vives de la profession médicale à l’intérieur de l’Association pour mieux la porter en avant. « Il faut donner aux médecins le goût de devenir membres de l’AMLFC », dit-il. Le Dr Léveillé a démontré tout au cours des années ses grandes qualités de rassembleur. Les défis le passionnent. Il entend être à la hauteur de la confiance que ses pairs ont mise en lui. Il veut qu’il y ait un successeur capable de fêter le 100e anniversaire de l’AMLFC. Le Dr Léveillé fait partie du conseil général, du conseil d’administration et de l’exécutif de l’AMLFC, dont il a été vice-président et également secrétaire-trésorier. Il a donc acquis une connaissance intime de l’Association, de son passé et de ses différents aspects.
Le Dr Jean Léveillé

« C’est une association relativement unique, mentionne le Dr Léveillé. Au début des années 1900, elle avait pour nom l’Association des médecins de langue française d’Amérique du Nord. Encore aujourd’hui, l’Association compte des membres aux États-Unis et à travers le Canada. » Un des objectifs visés par le Dr Léveillé est justement d’accroître le nombre d’adhérents nord-américains. « Nous ferons connaître la qualité de nos interventions, dit-il, et ce que l’on peut mettre en commun au niveau de la communauté médicale nord-américaine francophone. »

En 2002, le Dr Léveillé sera toujours président de l’AMLFC au moment de la commémoration du centenaire. « Pour moi, dit-il, c’est quelque chose de très important. Au Québec, des associations centenaires, nous n’en avons pas beaucoup. Lorsqu’une association basée uniquement sur le volontariat atteint cent ans, il faut léguer aux générations futures l’histoire de cette association. » C’est en ce sens qu’un livre sur l’Association sera publié.

C’est par l’entremise du Dr François Lamoureux que le Dr Léveillé a connu l’Association. Deux éléments l’ont beaucoup intéressé dès le départ : premièrement, l’adhésion est volontaire. La mission de l’AMLFC n’est pas la défense d’intérêts corporatifs ou syndicaux. Deuxièmement, l’Association a toujours été un point de ralliement des médecins francophones pour améliorer leurs connaissances. Pour ce qui est de la langue française, le Dr Léveillé souligne : « Nous avons le privilège d’être les héritiers de l’une des plus belles langues du monde. De pouvoir montrer aux gens qu’en langue française on peut faire des choses intéressantes, c’est important. La langue française est une langue qui se caractérise par sa richesse. Elle permet de rendre en finesse l’expression de la pensée. S’il n’y avait que la langue anglaise à travers le monde, la mosaïque culturelle s’appauvrirait considérablement. » Un des objectifs du nouveau président est de faire connaître l’intérêt de développer les relations francophones et francophiles en médecine.

« Nous ferons connaître la qualité de nos interventions et ce que l’on peut mettre en commun au niveau de la communauté médicale nord-américaine francophone. »
– Dr Jean Léveillé

Sous la gouverne du Dr Léveillé, l’AMLFC est également appelée à devenir un interlocuteur plus visible qu’elle ne l’est actuellement afin de permettre à un public plus large que le public médical de connaître les médecins qui ont fait de grandes choses. « L’AMLFC a également comme qualité, mentionne le Dr Léveillé, de rallier les gens et de souligner le travail exceptionnel de médecins qui ont fait beaucoup. L’AMLFC décerne en alternance, aux deux ans, son Prix de l’oeuvre scientifique et sa Médaille du mérite. Est-ce que c’est suffisamment connu du grand public? Le dîner-gala est une occasion de rassembler la communauté et de souligner le travail exceptionnel de certains médecins. Mais les réalisations de ces médecins ne sont pas suffisamment diffusées. Il faudra faire en sorte que le grand public connaisse mieux l’apport des médecins dans la société. »

Le Dr Léveillé met l’accent sur un autre aspect de la mission de l’Association. À une autre époque, l’AMLFC était un interlocuteur social. Il souhaite que les médecins membres de l’Association assument un rôle social élargi, qu’ils participent aux débats dans le secteur de la santé qui canalisent l’attention de la société québécoise. Il estime que l’AMLFC, qui regroupe autant les généralistes que les spécialistes, les étudiants que les résidents, représente un forum idéal pour faire valoir les points de vue. « C’est un autre aspect qui représente un atout », dit-il.

Une autre valeur en tête de liste, c’est celle de la formation continue, à laquelle le Dr Léveillé s’est beaucoup attaché au cours des années. Il croit que l’Association doit se maintenir à la fine pointe des nouvelles connaissances en matière de pédagogie médicale. « Ce n’est pas tout de faire de la formation, dit-il. Il faut bien la faire. L’Association a eu la sagesse d’aller chercher des compétences, de se faire guider dans cette voie. C’est une association qui ne craint pas de se remettre en question et qui demeure un chef de file au sein du groupe médical francophone. Un agrément récent de cinq ans du Collège des médecins du Québec en formation médicale continue en fait foi. »

Le Dr Léveillé s’intéresse depuis près de dix-huit ans au volet exposition du congrès annuel de l’Association, dont le Dr Pierre Duplessis a été le premier coordonnateur. Dès la deuxième année, le Dr Léveillé a pris la relève. Il a toujours été convaincu qu’on devait aller chercher l’appui du public pour faire progresser la médecine. Mais pour gagner l’appui du public, il faut lui expliquer de quoi il retourne. « L’aspect éducatif a pris beaucoup d’ampleur avec les années dans un contexte multidisciplinaire et multiprofessionnel. Les gens peuvent constater, en visitant les différents stands, d’où nous sommes partis et vers quoi nous allons, dit-il. Cet événement amène les équipes à sortir de leur laboratoire et à partager leur expérience. Elles en ressortent enrichies. Il s’établit une complicité entre le public et les professionnels de la santé. Amener les gens à comprendre ce que l’on fait permet d’ouvrir le dialogue. De montrer que des équipes de langue française sont capables de grandes réalisations, qu’elles sont reconnues au niveau international est un autre aspect intéressant. »

L’AMLFC est un agent catalyseur également de la réalité francophone hors Québec. Prochainement, un congrès francophone se tiendra en Alberta. L’Association a aussi organisé des colloques au niveau provincial, national et international. Le Dr Léveillé a aussi été le président du Congrès international de médecine nucléaire de langue française en 1990, qui avait lieu pour la première fois en Amérique du Nord et auquel l’AMLFC a été associée. Le Dr Léveillé se rendra à Paris en septembre 2000 pour assister au congrès européen de médecine nucléaire, dix ans après que le Québec ait organisé ce grand congrès international qui avait d’ailleurs été jumelé au World Congress.

L’engagement de l’AMLFC se manifeste aussi par son appui à des causes telles que celle de l’hôpital Montfort. Cet établissement hospitalier universitaire, comme le souligne le Dr Léveillé, jouit d’une très grande réputation au point de vue formation. « Cette réputation d’excellence est telle que des résidents de langue anglaise choisissent d’y parfaire leur formation malgré que celle-ci soit donnée en français. C’est peu commun. Nous avons intérêt à reconnaître et à faire connaître les réalisations des francophones d’un peu partout. Quand des événements comme ceux qui ont affecté, qui continuent d’affecter et même menacent l’existence d’un établissement comme l’hôpital Montfort, l’Association se doit d’être là pour aider. Cette présence permet d’encourager les gens à poursuivre. »

Toujours question d’engagement, l’Association est l’un des organismes fondateurs du Programme d’aide aux médecins du Québec, maintenant bien connu de tous. Une autre belle initiative est la Chaire AMLFC des professeurs visiteurs qui a été mise sur pied pour répondre aux besoins en formation médicale des pays visités et à la demande de ceux-ci. D’autre part, l’Association met aussi l’accent sur les nouveaux modes de communication, l’informatique et l’Internet. Du côté des publications, mentionnons la parution récente du Guide familial des symptômes, les éditions du livre Le sida et, tout dernièrement, la Page de l’AMLFC dans L’Actualité médicale, qui est consacrée aux prises de position et aux opinions de l’Association.

Le passé garant de l’avenir

Le Dr Léveillé baigne dans la médecine depuis qu’il est tout jeune, son père était pédiatre à l’hôpital Saint-Justine et avait son bureau privé à la maison. Très tôt, le Dr Léveillé s’est intéressé à la biologie et à la biochimie. Alors qu’il faisait son cours classique au Collège André-Grasset, il a eu comme professeur de biologie le Dr Jean-Claude Bourque, un médecin qui est allé par la suite pratiquer aux États-Unis et qui a su susciter chez lui un vif intérêt pour les sciences de la vie et pour la médecine.

Au début des années 1960, le Dr Léveillé débutait sa formation en médecine à l’Université de Montréal. Il a complété une résidence en médecine interne avec option en pédiatrie et a par la suite entrepris une formation en sciences de laboratoire. Dans le domaine pédiatrique, il a été intéressé par différentes sous-spécialités. C’est ainsi qu’il s’est orienté vers la médecine nucléaire, complétant de ce fait une deuxième résidence en même temps qu’il exerçait la pédiatrie à temps partiel. Sa résidence en médecine nucléaire s’est poursuivie à l’Hôtel-Dieu de Montréal, et ensuite à l’Université de Sherbrooke. Il a choisi de compléter sa formation en médecine nucléaire à Sherbrooke à l’instigation du Dr Étienne LeBel, qui a eu une influence déterminante sur sa carrière.

Le Dr Léveillé a voulu entreprendre une surspécialité en milieu américain. Cependant, l’arrivée de jumelles – après un premier enfant moins de deux ans auparavant – a mis un frein à ce projet. Le Dr Léveillé a alors opté pour des voyages en solo et des séjours de formation plus courts. Il a ainsi effectué divers stages aux États-Unis, principalement à l’université de Chicago, en médecine nucléaire. Il s’est également rendu à Boston. Le Dr Léveillé a eu des offres pour travailler aux États-Unis, mais comme il est très attaché à la langue française et qu’il croit fermement en la possibilité de réussir des choses ici, il a décidé de demeurer au Québec.

Au département de médecine nucléaire de l’Hôtel-Dieu de Montréal, le Dr Léveillé s’est consacré à bâtir des équipes qui ont insufflé un dynamisme nouveau à cette spécialité en émergence. Il s’est vite avéré nécessaire de s’adjoindre la collaboration de gens spécialisés et partageant une même vision. Dans un même temps, il fallait relever le défi de l’informatisation en médecine nucléaire. Le Dr Léveillé n’a pas ménagé les efforts pour que la symbiose entre ces deux univers puisse s’opérer. Le département de médecine nucléaire de l’Hôtel-Dieu de Montréal est devenu l’un des plus importants au Canada et jouit aujourd’hui d’une réputation au niveau international.

Le département de médecine nucléaire de l’Hôtel-Dieu de Montréal a été en quelque sorte un fer de lance, a développé des liens avec beaucoup de centres hospitaliers et a collaboré à la création de nombreux départements de médecine nucléaire en région. Il a offert et offre encore des services en médecine nucléaire à d’autres hôpitaux. À son contact, plusieurs hôpitaux ont été sensibilisés à la valeur du nucléaire, ce qui les a amenés à se doter eux aussi d’un département de médecine nucléaire.

Le Dr Léveillé a assumé la direction du service de médecine nucléaire de l’Hôtel-Dieu pendant de nombreuses années. Il a aussi présidé le CMDP de cette institution. Il s’est intéressé à tous les débats concernant l’Hôtel-Dieu, a siégé au comité sur la fusion de l’Hôtel-Dieu, de l’hôpital Saint-Luc et de l’hôpital Notre-Dame, et est membre du conseil d’administration du CHUM depuis 1996. Il est aussi membre de l’exécutif du CHUM et de l’exécutif du CMDP du CHUM.

Un défi de taille

En 1969, la médecine nucléaire a été reconnue comme spécialité par le Collège des médecins du Québec. « C’est une bataille que nos prédécesseurs ont menée, entre autres Étienne LeBel, Jacques Lamoureux, Raymond Bernier, souligne le Dr Léveillé. Ils ont réussi à faire reconnaître la médecine nucléaire dès 1969, alors qu’aux États-Unis elle n’a été reconnue qu’en 1972. Dans les autres provinces, elle a été reconnue en 1976.De cela, un syndicat indépendant de celui de l’Association des radiologistes du Québec est né. Le Dr Léveillé en a été le vice-président puis le président pendant dix-huit ans environ. Il a été au coeur de la lutte pour le développement de la médecine nucléaire. Il fut un chef de file. Il a fait partie du groupe qui a contribué à faire lever ce moratoire qui a duré dix ans. Ce n’est qu’à partir de ce moment que l’on a pu améliorer tant soit peu des équipements devenus désuets.
Le Dr Jean Léveillé

De façon générale, en Amérique du Nord, la formation en médecine nucléaire est orientée vers la radiologie tandis qu’au Québec, elle l’est davantage vers la médecine interne, s’inspirant plutôt du modèle européen que du modèle américain. Une fois le moratoire levé, l’engagement a été pris de mettre en place les structures nécessaires pour offrir des services en médecine nucléaire dans toutes les régions du Québec. Pour s’assurer d’une continuité et veiller au grain, le Dr Léveillé a assumé la présidence de l’Association des médecins spécialistes en médecine nucléaire du Québec, dont il est aujourd’hui le président sortant. Il s’implique aussi activement au sein du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada et du Collège des médecins du Québec. Il a été pendant plusieurs années président du jury lors des examens de ces Collèges.

La médecine, c’est important, certes; mais, question d’équilibre, il faut également savoir se consacrer à autre chose. Le Dr Léveillé a opté pour l’écriture entre autres, et nous pouvons le lire tous les mois dans L’Actualité médicale, où il publie sa chronique sur l’ornithologie, laquelle est une autre de ses passions. Pourquoi l’orni-thologie? « C’est une influence de ma femme, dit-il, qui aime bien l’observation. De mon côté, j’aime beaucoup la photographie. À sa suggestion, j’ai commencé à photographier les oiseaux, et de là me suis initié à la vie de la faune aviaire. » Mentionnons que les photographies d’oiseaux du Dr Léveillé ont la cote et qu’à la suite de demandes qu’il a reçues, certaines de celles-ci figurent maintenant sur divers sites Internet tandis que d’autres ont été publiées dans différentes revues d’ornithologie. Sa collection se chiffre à plus de 20 000 photographies.

L’aventure, la découverte d’autres cultures et les échanges avec les gens d’autres pays constituent une troisième grande passion du Dr Léveillé. Chaque année, en septembre, un nouveau périple l’attend, et c’est sacré. Son épouse et lui ont voyagé avec le Club Aventure, le Groupe Explorateur, Rythmes du monde, ou encore seuls tous les deux, accompagnés uniquement de guides. Ainsi en fut-il au Kenya (en camping). Et quand on dit aventure… « Une nuit, les lions ont rôdé pendant à peu près une heure autour de la tente puis s’en sont allés, dit le Dr Léveillé. Je n’étais pas armé, les guides non plus. C’est sûr qu’il faut respecter certaines règles et avoir de bons guides. C’est une toute autre façon de vivre. » Le couple Léveillé a exploré le Yémen et la Mongolie, s’est rendu en Chine à deux reprises et a visité le Népal. Lors de leurs voyages en groupe, le Dr Léveillé raconte que sa femme et lui ont eu la chance d’avoir accès à des zones interdites, qu’ils ont fait l’ascension de monts sacrés, interdits également, dont l’un en Chine, un lieu de pèlerinage que l’on atteint après avoir marché quelque 9 kilomètres et gravi environ 7 000 marches. « C’était très impressionnant. Nous étions les seuls à ne pas être des Chinois parmi les gens en pèlerinage. L’armée était là aussi, dit le Dr Léveillé. La visite de grands monastères bouddhistes a été une autre expérience unique. Grâce à des ententes locales et du fait que nous étions peu nombreux dans notre groupe, nous avons pu assister aux cérémonies des moines bouddhistes et être initiés à certains de leurs rituels. » L’Inde, le Kurdistan, les Îles Mentaï (au large de Sumatra), l’Indonésie, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, les Îles du Pacifique figurent aussi sur la liste des itinéraires parcourus. Le dépaysement est garanti, la découverte est au rendez-vous et l’ouverture d’esprit permet des rencontres inoubliables. « J’ai eu la chance de vivre bien des expériences passionnantes, soutient le Dr Léveillé. J’en ai tiré une grande richesse personnelle. »]