2002_11_01

Le Dr Wilhelm B. Pellemans de retour à la présidence de l’AMLFC
par Sylvie Poulin
Vous avez souvent vu sa photographie dans le Bulletin, à l’occasion de l’une ou l’autre des activités de l’AMLFC. Il est depuis longtemps le président du comité de la formation médicale continue et le directeur du programme scientifique du congrès annuel de l’Association. Mais que savez-vous d’autre du Dr Wilhelm B. Pellemans, le nouveau président de l’Association pour les deux années à venir? Qu’il n’est pas si « nouveau » que ça, puisqu’il a déjà occupé ce poste en 1987, en 1988-90 et en 1995-96? Le Dr Pellemans a accepté de nous livrer quelques petites notes biographiques… Là où il se montre nettement plus loquace, c’est quand il s’agit de parler de l’AMLFC, du système de santé et des vins italiens!« Je suis né aux Pays-Bas, et je suis arrivé au Canada à l’âge de 17 ans. Le choix du Québec était associé à la francophonie; nous avions en effet l’habitude de parler le français à la maison. Bien des gens ignorent que le français est l’une des langues officielles des Pays-Bas, même si elle n’y est plus beaucoup parlée de nos jours.« J’ai d’abord fait des études en biologie (des mammifères), et j’ai commencé ma carrière en enseignant cette discipline (dans les collèges classiques). Simultanément, je poursuivais une formation de niveau baccalauréat en pédagogie. Par la suite, je suis allé du côté de l’anthropologie, dans l’axe de la génétique des populations, jusqu’à la maîtrise. C’est ce qui m’a amené à Sherbrooke, où je suis devenu professeur en sciences du comportement et en histologie. Comme je disposais de beaucoup de temps (!), j’ai demandé à suivre le cours de médecine. Enfin, je suis entré en chirurgie, un domaine qui m’intéressait, en particulier la chirurgie plastique. Pour résumer tout ça, je suis plasticien. »
Le Dr Wilhelm B. Pellemans

De retour à Montréal pour terminer sa formation de spécialité, le Dr Pellemans est recruté par l’hôpital du Sacré-Coeur. Puis, il se joint à la Cité de la santé (Laval) lorsque cet établissement ouvre ses portes. Il y travaillera jusqu’en décembre 2000 et y assumera diverses fonctions (membre et président du CMDP, chef adjoint de département, chef de plastie, responsable des admissions et du séjour). Depuis, il exerce la chirurgie plastique dans le secteur privé. De 1978 à 2000, il a également été professeur adjoint puis chargé de clinique à la faculté de médecine de l’Université de Montréal.

« Je me suis vite intéressé à l’AMLFC (le Dr Pellemans en fait partie depuis 1971) parce que l’Association était francophone et qu’elle avait un certain degré d’internationalisation. Haïti, Liban, France… Au début, comme membre ordinaire, j’ai participé à quelques congrès-voyages organisés par l’AMLFC. Je suis entré au conseil d’administration en 1984. Dans le contexte, il y avait tout un défi à relever… »

« Je me suis vite intéressé à l’AMLFC parce que l’Association était francophone et qu’elle avait un certain degré d’internationalisation. Haïti, Liban, France… »
– Dr Wilhelm B. Pellemans

Le contexte en question, comme le décrit le Dr Pellemans, résultait notamment de l’apparition, tout au long des années 1970, des Fédérations et d’autres regroupements de nature obligatoire, « organismes qui se sont posés comme porte-parole des médecins et qui se sont engagés dans divers dossiers (syndicaux, de services, de formation continue, etc.). Par ailleurs, il y avait un petit manque d’organisation dans l’ensemble de l’Association. Je crois qu’un certain désintérêt commençait à se manifester.

« Bref, l’Association était déstabilisée. Mais des gens comme François Lamoureux, Bernard Leduc et Jean Léveillé se sont mis à la tâche pour redresser la situation. Ça m’intéressait aussi, alors on a travaillé ensemble. Quand je suis devenu président la première fois, ma priorité a été de refondre tous les règlements (régie interne, catégories de membres, etc.). Le mandat de fond, lui, ne changeait pas – l’AMLFC a toujours visé à rendre la médecine francophone aussi large, sociale et adéquate que possible. Sauf qu’il fallait se donner les moyens de le faire. » Aujourd’hui, précise le Dr Pellemans, l’Association a un petit coussin, un avoir propre qui la met à l’abri d’une disparition soudaine.

Le Dr Pellemans possède donc une longue expérience des affaires de l’AMLFC. C’est une médaille qui a son revers, dit-il en faisant allusion au manque de sang neuf au sein des divers comités et du conseil d’administration. « Comme dans toute autre association à adhésion volontaire, le problème de la relève se pose. Comment éviter que ce soient toujours les mêmes qui reviennent? On est en train de plancher là-dessus. On voudrait bien que la nouvelle génération de médecins s’intéresse sur le plan philosophique à une organisation comme la nôtre. J’ai l’intention de travailler beaucoup au maintien de ce qui est en place et sur la question d’une relève active à l’AMLFC. »

À l’ordre du jour

S’il est un sujet auquel le Dr Pellemans apportera également beaucoup d’attention, c’est bien celui de la visibilité de l’AMLFC. « Je considère que l’Association a vécu un certain repli. Je veux dire par là qu’elle ne participe pas aux grands débats publics. Contrairement à toutes les autres organisations, qui se démènent pour faire valoir leurs points de vue, nous ne sommes pas présents sur la scène sociomédicale du Québec et du Canada.

« Je voudrais que l’AMLFC se fasse entendre « à l’extérieur ». Pas politiquement ou syndicalement – d’aucune façon! -, mais en tant que porte-parole des tendances et des idées en cours. On a commencé, d’ailleurs, avec ces entretiens réguliers dans L’Actualité médicale qui portent sur l’aspect « science » de la médecine. Je crois qu’il faut aussi exprimer des opinions, participer aux discussions sur ce que sera la médecine de demain. On pourrait prendre position sur la question des urgences, par exemple. »

À la lecture du livre publié à l’occasion du centenaire, observe le Dr Pellemans, on voit qu’au cours de ses premières décennies, l’Association s’est manifestée dans les débats sur les grandes tendances médicales, au Québec en particulier. « Mais les médecins ont été évacués de pratiquement toutes les tribunes depuis les années 1970. Maintenant que l’AMLFC est solide sur ses pattes, comme organisation, il serait peut-être bon qu’elle se repositionne sur l’échiquier sociopolitique de la médecine au Québec et au Canada.

« L’Association pourrait certainement représenter un canal très valable pour les gens qui ont des choses à dire, sans être subordonnée à des impératifs syndicaux ou autres. Cela veut dire véhiculer l’opinion de ses membres et arriver peut-être elle-même à émettre des commentaires, positifs ou négatifs, sur la situation. » La médecine si extraordinaire qui se pratiquait au Québec est aujourd’hui en lambeaux, estime le Dr Pellemans, qui ajoute du même souffle que notre système de santé, complètement détérioré, ne se rétablira pas de sitôt sous la gouverne des différentes personnes qui se succèdent au Ministère.

« Il est temps que l’AMLFC reprenne la voie des idées. Il faut qu’elle soit capable de débattre des orientations de la médecine et de proposer une vision réelle dans ce domaine. Parce qu’il est évident qu’on assiste à une transformation profonde. L’arrivée des technologies et l’évolution de la science médicale modifient beaucoup la perspective diagnostique et thérapeutique. »

Selon le Dr Pellemans, la forte tension que les médecins vivent actuellement résulte à la fois de ces importantes transformations, qui influent énormément sur leur façon de procéder, et des changements survenus dans les attitudes et les attentes des patients. « Exiger que le médecin soit au courant de tout et capable de diagnostiquer-traiter n’importe quoi dans les plus brefs délais possible, ce n’est pas réaliste. Malheureusement, les médias et le gouvernement amplifient ce mythe. Et par conséquent, on a commencé à pratiquer une médecine défensive, par peur de l’erreur, peur de se faire taper sur les doigts. Ces craintes sont inutiles et improductives. La médecine n’est pas une science exacte, et nombre de facteurs vont la changer encore. Il faudra faire avec.

« Je suis d’avis qu’en autant qu’un médecin s’applique à bien suivre ce qu’on appelle les règles de l’art, à faire son plus grand possible pour aider ses patients, c’est ce qui compte. Et c’est l’une des clés d’une meilleure relation médecin-patient. Un jour, on devra bien admettre que jamais rien n’a dépassé un bon examen du patient pour établir un diagnostic et ensuite un traitement. Aucun test ne remplace le jugement clinique. »

Le Dr Pellemans a sa petite idée aussi sur les discussions concernant les ressources en médecine, les plans d’organisation et les DRMG. « On parlemente dans l’optique que la médecine de 2002 est du même acabit que celle d’il y a 25 ans, avec des médecins qui travaillent 90 heures/semaine, qui prennent peu de vacances, etc. Je crois au contraire qu’on ne manque pas de ressources mais qu’elles ne sont pas utilisées de façon efficiente. »

Où s’en va l’AMLFC?

« Pour ce qui est de ses activités et services, l’AMLFC fait très bien les choses, affirme le Dr Pellemans. À preuve, elle a souvent été copiée par les Fédérations, entre autres au chapitre des colloques tenus à l’étranger. Nous avons une permanence extrêmement efficace et dévouée, quoique peu nombreuse par rapport à celle de ces organismes. Et s’il est vrai que nous avons également moins de moyens financiers (puisque l’adhésion-cotisation à l’AMLFC n’est pas obligatoire), nous disposons par contre d’une plus grande indépendance. Personne ne peut nous dicter nos prises de position! »

Mais l’AMLFC demeure trop discrète… « Le conseil d’administration essaie actuellement de trouver des solutions efficaces et peu coûteuses pour le « marketing » de l’AMLFC auprès des médecins et sur la place publique. Nous voudrions démontrer à nos membres que leur cotisation volontaire à l’AMLFC (déductible de l’impôt) leur offre un bon rendement sur le plan des services, de la défense de la langue française en médecine, et du rayonnement à l’intérieur et à l’extérieur du pays.

« Prenons l’exemple du récent colloque tenu en Chine : c’est quelque chose qui nous est assez unique. Outre l’intérêt du voyage, c’est rentable pour les médecins en raison des crédits de formation. Mais parce qu’il y a de l’argent en jeu, la FMC suscite une belle compétition, ce qui est complètement ridicule pour une province comme la nôtre! Au petit nombre que nous sommes, il nous faudrait un organisme regroupant tous les efforts, un peu comme le Conseil de l’éducation médicale continue du Québec. Sauf que là aussi, l’action concertée manque douloureusement. » Le Dr Pellemans estime pourtant que des progrès ont été accomplis et que les bonnes idées abondent. Qui, d’après vous, a pensé en premier à s’adjoindre des gens de l’industrie dans les comités de FMC? « L’AMLFC… Et les autres regroupements lui emboîtent maintenant le pas. »

L’Association a plus que jamais sa raison d’être, déclare le Dr Pellemans, parce qu’elle est la seule dont la ligne de pensée est axée sur la médecine francophone dans ses dimensions scientifique, sociale et culturelle. « Nous, c’est la question de la francophonie qui nous engage. Et on ne lâchera pas tant que des gens comme Michel Bergeron (de l’Université de Montréal), Jacques Boulay, Serge Quérin et bien d’autres, qui défendent le fait français avec beaucoup de vigueur et qui estiment qu’une nation a le droit de travailler dans sa langue, continueront de nous appuyer.

« Je n’ai pas choisi ce mandat simplement parce que c’est plaisant d’y être (ça demande tout de même du travail!), mais parce que je crois aux objectifs de l’Association. Je voudrais que les membres se rendent compte que faire partie de l’AMLFC, c’est se démarquer comme médecins francophones, fiers de l’être et désireux de continuer à travailler dans notre langue avec nos patients. Sans complexe. »]