2004_11_01

Le Dr Jacques Étienne Des MarchaisParution: novembre 2004
Le nouveau président met l’épaule à la roue… du changement
Par Sylvie Poulin

Tel le Petit Poucet qui parsemait son parcours de cailloux, le Dr Jacques Étienne Des Marchais a, tout au long de sa carrière, laissé sa marque par des réalisations novatrices.Choisir de transmettre le savoirLe Dr Des Marchais a débuté ses études de médecine en 1959. Déjà, à cette époque, s’exprime son vif intérêt pour la formation et l’influence exercée par un modèle éducatif. Dès sa première année à l’Université de Montréal, il accepte d’enseigner la biologie dans un collège privé. De plus, il participe à la création du Mouvement universitaire national d’entraide outre-mer, le MUNDO, qui regroupe alors les universités de Sherbrooke, Montréal, Québec et Ottawa.« L’objectif était de sensibiliser les gens aux conditions de vie des habitants des pays en développement. Nous avons été plusieurs à offrir d’aller servir dans ces pays. Pour moi, ce fut le Rwanda, tout de suite après ma première année de résidence. Je pratiquais alors une médecine de première ligne, mais je m’intéressais beaucoup au système locomoteur, et j’ai décidé de me préparer intensément à faire de la chirurgie pour mon séjour en Afrique. »
Le Dr Jacques Étienne Des Marchais

Son dévouement se traduira par une participation à la fondation de la faculté de médecine rwandaise, durant la période 1965-67. Ces deux années de travail apportent au Dr Des Marchais une sérieuse expertise en traumatologie, et mettent au jour son besoin de réorienter sa pratique. « Après cette expérience africaine, j’ai tenu à acquérir une formation en chirurgie orthopédique. Il est très gratifiant, dans cette discipline, de constater les résultats tangibles de nos interventions cliniques. »

À son retour au pays, après avoir terminé sa deuxième année de résidence, il entreprend d’obtenir une maîtrise en sciences de l’anatomie. Puis, en 1972, il joint l’équipe d’orthopédie de l’hôpital du Sacré-Coeur de Montréal, où il restera jusqu’en 1986. « Chacun de mes confrères avait acquis une expertise dans un domaine particulier de l’orthopédie. À l’époque, l’épaule était un champ de compétence tout à fait nouveau. Je m’y suis intéressé, et les cas qu’on m’a soumis se sont faits de plus en plus nombreux. Dans la foulée, j’ai participé au lancement de l’Association internationale des chirurgiens de l’épaule. »

Entre-temps, il obtient de la Michigan State University une maîtrise de recherche en éducation médicale, débute sa carrière académique à l’Université de Montréal et met sur pied un stage d’immersion clinique de quelques semaines pour les étudiants ayant terminé leur première année d’études. « C’était plutôt révolutionnaire. Mais passionnant! Nous avons d’emblée constaté les besoins de formation des moniteurs de ces stages. Alors, avec deux de mes collègues, nous avons créé un programme de formation des intervenants. »

Bâtir des cathédrales

Le Dr Des Marchais n’a cessé d’additionner les certificats de compétence auprès d’institutions diverses. Plus encore, en 1981, alors qu’il est adjoint au doyen pour l’éducation médicale, il fonde l’URDEM (Unité de recherche et de développement en éducation médicale) et établit un programme inédit de formation pour les professeurs de médecine, initiative qui lui vaut la reconnaissance instantanée de ses collègues.


« Au sein d’un groupe, le devoir impose de conserver les compétences particulières – maintenir le statu quo– tout en favorisant la croissance. »
– Dr Jacques Étienne Des Marchais


Si bien qu’en 1986, le Dr Gilles Pigeon, doyen de l’Université de Sherbrooke, demande au Dr Des Marchais d’être le maître d’oeuvre d’une imposante réforme du programme MD. Il cherche un homme dynamique, exigeant pour lui comme pour les autres, très tolérant au risque et capable de mener à terme cette colossale transformation.

« J’ai eu la chance de ne pas avoir à convaincre les gens du besoin de changement. Cette étape était déjà accomplie. Disons que le terrain où poser les fondations de la cathédrale était déjà disponible; il ne restait qu’à élaborer les plans, trouver les matériaux et les ouvriers, et orchestrer les ressources. L’originalité de cette démarche, c’est que nous avons dans un certain sens défait la maison pour en reconstruire une autre, alors qu’ailleurs dans le monde, on ne repensait les programmes qu’au démarrage d’une nouvelle faculté de médecine.

« C’est ainsi que Sherbrooke est devenue une figure de proue. Nous n’avions pas inventé le concept de l’apprentissage par problèmes, mais nous étions les premiers au monde à oser l’adopter pour revoir complètement le programme de formation prédoctorale. Nous avons par la suite présenté des séminaires en Europe, et reçu des gens de partout en Amérique du Nord, pour expliquer notre démarche. »

Le Dr Des Marchais n’a pas chômé depuis. À divers titres, il a fait entendre sa voix au Bureau provincial de médecine du Collège des médecins du Québec, au Conseil médical du Canada (CMC), à l’Association canadienne pour l’éducation médicale, au Network of Community- Oriented Educational Institutions for Health Sciences, de même qu’au Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada et au Comité central des examens du CMC.

Il a à son actif un nombre considérable d’écrits – auteur de cinq livres, il a présenté des centaines de communications et conférences en plus de rédiger des brochures, des manuels ainsi que de nombreux articles de journaux. Pendant plusieurs années, il a mené de front la carrière de clinicien et celle d’éducateur. Ces vocations, loin de le déchirer, ont fait de lui un homme achevé, un communicateur hors pair ayant une vision réaliste et sereine du milieu dans lequel il a toujours évolué.

Depuis 1975, le Dr Des Marchais a ajouté à sa pratique l’expertise médico-légale. « J’aime cet aspect du travail, j’y trouve un corollaire à mon travail en éducation médicale. Le processus est le même : la cueillette des données, l’interprétation, puis l’analyse et la conclusion et, finalement, la décision justifiée. L’an dernier, j’ai eu à présenter mes rapports dans près de 80 cas au tribunal. C’est, disons-le, assez exigeant. »


Le Dr Jacques Étienne Des Marchais
Servir l’AMLFCLe Dr Des Marchais aurait pu aller jouer au golf, et personne ne lui en aurait tenu rigueur. Mais il a plutôt décidé d’apporter un vent de renouveau à l’AMLFC. Sa vitalité et son goût pour les innovations ne l’empêcheront pourtant pas de protéger les acquis. « Au sein d’un groupe, le devoir impose de conserver les compétences particulières – maintenir le statu quo – tout en favorisant la croissance.« J’ai maintes fois vécu ces processus d’évolution au sein des organismes où j’ai oeuvré. On constate que dans toute organisation humaine, sociale ou communautaire, il existe une volonté de se réinventer, parce que les besoins changent. Il faut donc déceler, évaluer les éléments positifs, pour les préserver mais aussi les améliorer.« Je crois profondément que si vous invitez des personnes intelligentes autour d’une table de discussion, et si vous leur présentez une problématique à résoudre, la solution qui jaillira du groupe risque d’être meilleure, parce qu’issue d’un consensus. Voilà pourquoi mon rôle n’est pas de vendre mes idées, mais plutôt de susciter l’émergence de pistes nouvelles. »

Le Dr Des Marchais est conscient que les volontés de changement peuvent susciter une certaine résistance. « Mais il y a à l’AMLFC une tradition d’innovation. Nous devons reconnaître qu’il y a des choses possibles, et d’autres pas. Il nous faudra miser sur des améliorations réalistes et réalisables. Commencer par “nommer”, pour subséquemment examiner et analyser, question de voir si les besoins ont changé. Développer de nouvelles orientations, cela demande du temps. »

Orchestrer l’évolution

Il n’arrive pas à la présidence de l’AMLFC les mains vides. Le Dr Des Marchais a élaboré un plan dont les orientations s’inscrivent, pour certaines, dans des actions à court terme. Les exigences liées à ses fonctions ne l’effraient aucunement. D’un tempérament rassembleur, il désire attirer dans son entourage des forces nouvelles qui feront progresser l’Association.


« Mon rôle n’est pas de vendre mes idées, mais plutôt de susciter l’émergence de pistes nouvelles. »
– Dr Jacques Étienne Des Marchais


« Dans un regroupement, il faut des gens de toutes sortes. Et généralement, les leaders qui font le plus avancer un groupe sont ceux qui se situent à la limite entre la majorité silencieuse et les innovateurs eux-mêmes. Mais il ne faut jamais perdre de vue les leçons tirées de l’histoire de l’AMLFC. »

Il entend donc favoriser un climat consensuel et une participation accrue des membres siégeant au conseil général et dans les différents comités de l’Association. « Nous faisons partie d’un monde où les communications, de tous genres, sont primordiales. Il est essentiel que nous développions et utilisions les outils adéquats pour que l’information soit distribuée efficacement à nos collègues qui acceptent de donner bénévolement de leur temps à l’AMLFC. »

De plus, le Dr Des Marchais se donne comme objectif de poursuivre le processus de recrutement. « J’ai commencé à solliciter des collègues, et je veux faire une bonne place aux médecins de différentes ethnies, de même qu’aux femmes. Nous allons également devoir repenser la durée du mandat au conseil général, de manière à pouvoir offrir l’espace nécessaire au sang neuf.

« Finalement, pour faciliter et augmenter notre bassin de membres, nous aurions intérêt à nous ouvrir davantage aux diverses régions que dessert l’Association, particulièrement par la création d’un comité consultatif où siégeraient des représentants de ces régions. Il nous faut tirer parti des différences d’âge et des expériences diverses de façon que l’AMLFC soit la plus représentative possible de son membership. »

Enfin, le Dr Des Marchais compte procéder, en collaboration avec le comité des finances de l’Association, à une analyse critique des ressources financières et de leur utilisation. Dans un marché assez restreint de francophones, l’AMLFC dépend entièrement des cotisations volontaires de ses membres. Si elle a réussi par le passé à présenter des produits originaux, elle a aussi été abondamment imitée, et donc, en a subi le contrecoup dans sa capacité d’attirer de nouveaux membres. Il est primordial que des choix pertinents et éclairés soient faits dans ce domaine.

Les enjeux sont nombreux pour le président nouvellement élu. En plus des objectifs déjà énumérés, le Dr Des Marchais se donne pour mission de revoir la position de l’AMLFC par rapport à ses partenaires sociaux, sur des sujets tels que la formation continue et les services. Il songe également à la création de nouveaux comités qui analyseront des besoins différents.

« Nous pourrions mettre sur pied un comité des règlements et un autre qui travaillerait aux communications. Nous avons un comité d’étudiants, mais nous pourrions aussi avoir un comité des aînés; je crois que nous avons une fonction particulière envers cette clientèle. Vous savez, un individu peut faire partie d’une association comme la nôtre tout au long de sa vie professionnelle, jusqu’à la retraite. Il y a là une grande réserve d’expériences diverses dont nous pouvons bénéficier. L’AMLFC a été chanceuse, par le passé, de pouvoir compter sur l’expertise précieuse de ses membres plus âgés. »

Le Dr Des Marchais sera le catalyseur des forces en présence. Son dynamisme et sa volonté permettront à chacun de trouver sa place, de participer aux débats, de communier au processus décisionnel. C’est avec sérénité que le nouveau président envisage les deux années à venir pour l’AMLFC. ]